Obrazy na stronie
PDF
ePub

1

acte,

dire dans Thèbes que Laires avait été assasiné par
des volerurs, qui n'étaient pas en petit, mais en
grand nombre.

Comment se peut-il faire qu'un témoin de la
mort de Laius dise que son maître a été accablé
sous le nombre, lorsqu'il est pourtant vrai que c'eft
un homme seul qui a tué Laius et toute la suite ?

Pour comble de contradiction, Oedipe dit, au second qu'il a ouï dire que Laïus avait été tué par des voyageurs ; mais qu'il n'y a personne qui dise l'avoir vu : et Jocaste, au troisième acte, en parlant de la mort de ce roi , s'explique ainsi à Oedipe :

Soyez bien persuadé, Seigneur , que celui qui accompagnait Laius a rapporté que son maitre avait été assassiné par des voleurs ; il ne saurait changer présentement, ni parler d'une autre manière : toute la ville l'a entendu comme moi.

Les Thébains auraient été bien plus à plaindre, fi l'énigme du Sphinx n'avait pas été plus aisée à deviner que toutes ces contradictions.

Mais, ce qui est encore plus étonnant, ou plutôt ce qui ne l'est point après de telles fautes contre la vraisemblance, c'est qu'Oedipe, lorsqu'il apprend que Phorbas vit encore , ne fonge pas seulement à le faire chercher; il s'amuse à faire des imprécations et à consulter les oracles, sans donner ordre qu'on amène devant lui le seul homme qui pouvait lui fournir des lumières. Le Chour lui-même, qui eft fi intéressé à voir finir les malheurs de Thèbes,

[ocr errors]

et qui donne toujours des conseils à Oedipe, ne lui donne pas celui d'interroger ce témoin de la mort du feu roi; il le prie seulement d'envoyer chercher Tiréfie.

Enfin Pborbas arrive au quatrième acte. Ceux qui ne connaissent point Sophocle, s'imaginent fans doute qu'Oedipe, impatient de connaître le meurtrier de Laius , et de rendre la vie aux Thébains, va l'interroger avec empressement sur la mort du feu roi. Rien de tout cela. Sophocle oublie que la vengeance de la mort de Laius eft le sujet de sa pièce. On ne dit pas un mot à Phorbas de cette aventure, et la tragédie finit sans que Phorbas ait feulement ouvert la bouche fur la mart du roi fon maître. Mais continuons à examiner de suite l'ouvrage de Sophocle.

1.orsque Créo: a appris à Oedipe que Laïus a été assassiné par des voleurs, qui n'étaient pas en petit", mais en grand nombre, Oedipe répond, au sens de plusieurs interprètes : Comment des vo. leurs auraient-ils pu entreprendre cet attentat, puisque Laius n'avait point d'argent sur lui ? La plupart des autres fcholiaftes entendert autre. ment ce passage, et font dire à Oedipe: Com. ment des voleurs auraient-ils pu entreprendre cet attentat, fi on ne leur avait donné de l'ar. gent ? Mais ce fens - là n'est guère plus raifon. nable que l'autre : on fait que des voleurs n'ont pas besoin qu'on leur promette de l'argent pour les engager à faire un mauvais coup. Puisqu'il dépend souvent des fcholiaftes de faire

dire

[ocr errors]

dire tout ce qu'ils veulent à leurs auteurs, que leur couterait-il de leur donner un peu de bon sens?

Oedipe , au commencement du second acte , au lieu de mander Phorbas, fait venir devant lui Tiréfie. Le roi et le devin commencent par

se mettre en colère l'un contre l'autre ; Tirésie finit par lui dire :

C'est vous qui êtes le meurtrier de Laïus ; vous VOils croyez fils de Polybe, roi de Corinthe, vous ne l'êtes point; Vous êtes Thébain. La malédiction de votre père et de votre mère vous a autrefois éloigné de cette terre ; vous y êtes revenu , vous avez tué votre père , vous avez épousé voire mère, vous êtes l'auteur d'un inceste et d'un parricide ; et si vous trouvez que je mente, dites que je ne suis pas prophète.

Tout cela ne ressemble guère à l'ambiguité ordinaire des oracles. Il était difficile de s'expliquer moins obscurement : et si vous joignez aux paroles de Tirésie le reproche qu’un ivrogne a fait autrefois à Oedipe qu'il n'était pas fils de Polybe, et l'oracle d'Apollon qui lui prédit qu'il tuerait fon père et qu'il épouserait fa mére , vous trouverez que la pièce est entièrement finie au commencement de ce second acte.

Nouvelle preuve que Sophocle n'avait pas perfectionné son art, puisqu'il ne savait pas même préparer les événemens, ni cacher sous le voile le plus mince la catastrophe de ses pièces.

Allons plus loin. Oedipe traite Tirésie de fou et de vieux enchanteur : cependant, à moins que l'esprit ne lui ait tourné, il doit le regarder comme Théâtre. Tome I.

C

un véritable prophète. Eh! de quel étonnement, de quelle horreur ne doit-il point être frappé, en apprenant de la bouche de Tiréfie tout ce qu'Apollon lui a prédit autrefois ? Quel retour ne doit-il point faire sur lui-même, en apprenant ce rapport fatal qui se trouve entre les reproches qu'on lui a faits à Corinthe qu'il n'était qu'un fils supposé, et les oracles de Thebes qui lui disent qu'il est Thé. bain? entre Apollon qui lui a prédit qu'il épouserait sa mère et qu'il tuerait son père, et Tirésie qui lui apprend que ses destins affreux sont remplis ? Cependant, comme s'il avait perdu la inémoire de ces événemens épouvantables, il ne lui vient d'autre idée que de soupçonner Créon, son ancien et fidèle ami (comme il l'appelle), d'avoir tué Laius; et cela sans aucune raison, sans aucun fondement, fans que le moindre jour puisse autorifer ses foupçons ; ct (puisqu'il faut appeler les choses par leur nom ) avec une extravagance dont il n'y a guère d'exemples parmi les modernes, ni même parmi les anciens.

Quoi! tu ofes paraître devant moi ? dit-il à Créon: tu as l'audace d'entrer dans ce palais, toi qui es assurément le meurtrier de Laius, et qui as manifestement conspiré contre moi pour ine ravir ma couronne ?

Voyons, dis-inoi , au nom des Dieulx, as-tu! remarqué en moi de la lacheté ou de la folie, pour que tu ayes entrepris un fi bardi deljein? N'est-ce pas la plus folle de toutes les entreprises que d'aspirer à la royarité sans troupes et sans amis ; comme f, Sans ce secours, il était aisé de monter au trôize !

Créon lui répond :

Vous changeres de sentiment si vous me donnez le temps de parler. Pensez-vous qu'il ait un homnie au monde qui préférât d'être roi avec toutes les frayeurs et toutes les craintes qui accompagnent la royauté, à vivre dans le sein du repos avec toute la sureté d'un particulier, qui, sous un autre nom , posséderait la même puissance ?

Un prince qui serait accusé d'avoir conspiré contre son roi , et qui n'aurait d'autre preuve de son innocence que le verbiage de Créon , aurait grand besoin de la clémence de son maître. Après tous ces longs discours, étrangers au sujet, Créon demande à Oedipe : Voulez-vous me chasser du royaume? (a)

O E DI PE. Ce n'est pas ton exil que je veux ; je te condamne à la mort.

CREON. Il faut que vous fafiez voir auparavant so je suis coupable.

O E DIPE.
Tu parles en homme résolu de ne pas obéir.

CREON.
C'est parce que vous êtes injuste.

O E DI PE.
Je prends mes furetés.
(a) On avertit qu'on a suivi par-tout'la traduction de
M. Dacier.

« PoprzedniaDalej »