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PORTRAIT DE LA VIERGE

J'ai essayé de donner une idée de l'histoire de la Vierge, s'il est permis d'appeler histoire un tissu de faits controuvés, contradictoires, et dont l'Ecriture ne parle pas. Je ferai prochainement l'histoire des cultes divers et des nombreuses superstitions dont Marie a été l'objet. En attendant, je veux parler de son portrait.

Les principales raisons pour lesquelles les premiers Pères de l'Eglise accusaient les païens d'idolàtrie étaient d'abord les prières qu'ils faisaient devant les images de leurs dieux, ensuite les attitudes et les attributs qu'ils leur donnaient dans les temples et les lieux publics. Arnobe se moque de Jupiter, maître des éléments, de la faulx de Saturne, de Vulcain avec ses outils de forgeron, de la lyre d'Apollon , du trident de Neptune, du paon de Junon, du casque de Minerve, des épis de Cérès, de Mars et de ses exploits.

Les Romains auraient eu beau jeu s'ils eussent connu le bourdon de saint Jacques, les clefs de saint Pierre, le violon de saint Ge. nest, le pourceau de saint Antoine, la chandelle de sainte Geneviève, la colombe de saint Fabien, les serpents de saint Patrice, les rats de sainte Gertrude, le dragon de saint Georges, et qu'ils eussent pu opposer aux saints du nouveau calendrier et à leurs attributs les grands noms et les magnifiques emblèmes de leurs divinités. Si les Romains étaient idolàtres, ils avaient du moins de nobles devises et d'immortels symboles de leur grandeur et de leurs vertus.

Puisque l'Eglise romaine tournait en déri

sion les pratiques religieuses des païens, elle aurait dû, suivant le précepte de saint Jean, « adorer Dieu en esprit et en vérité (1), » et ne pas leur emprunter, comme elle l'a fait, leurs institutions, leurs cérémonies, leur musique, leurs prières, leurs processions, leurs litanies, leurs tonsures, leurs vêtements, surtout leurs statues et leurs images. Il y avait là une telle injustice, une si violente contradiction, que le culte des images a mis l'Eglise chrétienne en feu et a coûté la vie à plus de cinquante mille hommes. Parmi ces images offertes à la dévotion des fidèles, celle de la Vierge est la plus ancienne, et naturellement la plus vénérée. Il y en a de plusieurs sortes.

II

La tradition populaire, confirmée par les auteurs ecclésiastiques, attribue les premiers portraits de Marie à saint Luc qui a fait aussi, dit-on, ceux de Jésus-Christ, de

(1) Veri adoratores adorabunt Patrem in spiritu et veritate. (Ev. sec. Joh., ch. iv, v. 23.)

saint Paul et de saint Pierre. Cependant l'Evangéliste n'est pas le premier en date. Quelques écrivains parlent de deux portraits miraculeux, imagines non manufaclæ, exécutés mystérieusement par la puissance divine. L'un, trouvé sur une colonne de l'église bâtie à Diospolis (Lydda) par les apôtres saint Pierre et saint Jean en l'honneur de la sainte Vierge. Voici ce qu'on trouve là-dessus dans la notice sur les manuscrits grecs de la Bibliothèque impériale de Vienne, publiée par Lanbecius (1).

« Commentaire historique d'un auteur ano» nyme sur un portrait de la bienheureuse » Vierge, mère de Dieu, que saint Germain, >> patriarche de Constantinople, lors de son » saint voyage de Jérusalem, fit peindre » d'après le tableau original, rendu avec les >> plus vives couleurs, sans qu'aucun peintre » y eût mis la main, sur une colonne de l'é» glise bâtie par les saints apôtres Pierre et » Jean à Lydda en l'honneur de la sainte » Vierge qui vivait encore, Ledit saint Ger

on

(1) P. Lambecii hamburgensis commentariorum de Augustissima bibliotheca Cæsareá Vindobonensi, vol. VII. 1665-1679.

» main, peu avant sa mort, ayant porté la » copie de ce portrait en pleine mer pour la » mettre à l'abri de la persécution des icono» maques, vers la fin du règne de Léon l'Isau» rique, il arriva que cette image se confia » elle-même aux flots par un miracle étonnant » et se rendit en nageant de Constantinople à » Rome, auprès du pape Grégoire III. Puis, ► après cent ans révolus, lorsque la persécu» tion des iconomaques cessa, sous l'impéra» trice Théodora, veuve de l'empereur Théo» phile, cette même image revint, toujours » miraculeusement sur les flots, de Rome à » Constantinople. C'est pourquoi l'on célèbre » très-solennellement, le 8 septembre de >> chaque année, le retour de cette image, » surnommée la Romeia ou la romaine, placée » dans la superbe église de Marie, dite la chal» copratienne. »

Il n'y a rien à dire aux bonnes âmes dont la piété se nourrit de ces belles inventions. Je me borne à faire observer aux autres que les seules églises fondées en Asie par les apôtres sont celles d'Ephèse, de Smyrne, de Pergame, de Thyatire, de Sardes, de Philadelphie, de Laodicée. Lorsque saint Jean était à Pathmos, Dieu, dit-il, lui ordonna d'écrire dans un livre

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