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CHAPITRE VIII

CONCLUSION.

On peut voir, par ce qui précède, ce qu'est le nouveau dogme. Une prétendue vérité ignorée dans l'Église pendant treize cents ans, et que les plus grands docteurs ont déclarée contraire à la raison, à la piété, à la foi, attentatoire à la dignité de Jésus-Christ, dont elle borne les attributions, dont elle diminue la gloire et les prérogatives.

Dans leurs discussions avec les protestants, les catholiques ont toujours invoqué comme fondamental ce principe de Vincent de Lérins : « Il faut avoir grand soin de ne croire » que ce qui a été cru en tous lieux, toujours » et par tout le monde (1). » Si c'est là véritablement ce qu'on peut appeler catholique, comment reconnaître ce caractère à une doctrine absolument ignorée ou formellement répudiée pendant treize siècles; à une doctrine qui contredit d'une manière absolue ce qui a été cru et enseigné publiquement et dogmatiquement depuis les apôtres jusqu'à saint Thomas?

L'archevêque de Paris, M. Sibour, rentré depuis quelque temps dans les bonnes grâces de la cour de Rome, a dit : « Ce n'est pas un » dogme nouveau que les décrets apostoli» ques vont proclamer, comme des esprits » peu éclairés semblent le croire : l'Église ne » fait pas le dogme; elle le reçoit; elle proclame » les vérités existantes dans le dépôt des Écritures » et de la tradition ; elle n'en invente jamais. »

(1) In Ecclesiâ catholicâ magnopere curandum est uti d teneamus quod ubique, quod semper, quod ab omnibus creditum est. (Averl., chap. 3.)

Si l'Église ne fait pas le dogme, si elle le reçoit, d'où et de qui a-t-elle donc reçu l'immaculée Conception ? Est-ce de l'Écriture? Non. Saint Paul dit que nous sommes tous enfants de colère. Est-ce des Papes? Non. J'ai cité ceux qui déclarent formellement que Marie a été conçue dans le péché originel. Est-ce des Pères? Est-ce des Docteurs? Non. Jusqu'au quatorzième siècle ils sont unanimes à englober tous les hommes sans exception dans la masse de perdition, et la plupart traitent formellement d'hérésie la croyance que Pie IX vient de consacrer dogmatiquement. Est-ce des conciles ? Non. Le concile de Trente a refusé de trancher la question, et laissé là-dessus une liberté complète.

Si le nouveau dogme ne vient ni de l'Ecriture, ni des Papes, ni des Pères, ni des Conciles, d'où vient-il donc?

Gaëte a-t-elle été une nouvelle Pathmos? Pie IX y a-t-il eu une révélation particulière ? Pourquoi, en une affaire si importante pour son Eglise, n'a-t-il pas convoqué un concile ecuménique? Pourquoi cette nouveauté d'un pape proclamant seul, ex cathedrà, un dogme inconnu jusqu'à lui? Est-ce là une démonstration de l'autocratie pontificale, une ma

nière de sacrifier irrévocablement l'autorité des conciles et les libertés gallicanes à l'infaillibilité du pape?

Le concile de Trente avait reçu et sanctionné la constitution de Sixte IV. Pie IX se sépare donc de ce concile? Les évêques assemblés à Rome ont donc encouru, ipso facto, la sentence d'excommunication lancée par Sixte IV, et toutes les peines dont ce pape menaça les défenseurs obstinés de l'immaculée Conception, après que l'évêque de Paris eut relevé Maldonat de l'accusation d'hérésie que lui avait infligée la Sorbonne pour avoir soutenu que la Vierge a été conçue dans le

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Jusqu'au quatorzièine siècle, les théologiens qui, par leur savoir, ont été la lumière de l'Eglise et la gloire des universités, ont traité d'hérésie la croyance à l'immaculée Conception. Les théologiens d'aujourd'hui vont accuser d'hérésie ceux qui soutiendront la doctrine contraire.

En 1589, les docteurs de Paris sont excommuniés pour leur obstination à croire et à enseigner la Conception immaculée. Désormais, on s'exposera à l'excommunication pour n'y pas croire.

La foi n'est donc pas une et la même dans tous les temps ? Saint Paul s'est donc trompé en écrivant aux Hébreux : « Jésus-Christ est » aujourd'hui ce qu'il était hier (1).»

C'est « après l'invocation et sous l'inspiration du Saint-Esprit» que Pie IX va promulguer le nouveau dogme. Le Saint-Esprit n'a donc inspiré ni saint Paul, ni saint Augustin, ni saint Anselme, ni saint Thomas ? Il a donc abandonné l'Eglise pendant treize cents ans?

Saint Augustin disait à Julien : « Je m'at» tache à la doctrine de ces illustres Pères qui » sont les fondateurs de la foi des chrétiens. » Je crois ce qu'ils ont cru, j'enseigne ce qu'ils » ont enseigné, je prêche ce qu'ils ont prê. » ché.» L’Église, aujourd'hui, fait le contraire de ce qu'a fait saint Augustin. Non-seulement elle ne s'attache pas à la doctrine des

(1) Jesus Christus heri et hodie ipse , et in sæcula. (Hch., ch. xiii, v. 8.)

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