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qu'autrefois, quand on la chantoit, la lyre accompagnoit la voix. Le mot ode a la même origine : il fignifie chant, chanfon, hymne, cantique.

Il fuit de-là que la Poëfie lyrique & la Mufique doivent avoir entr'elles un rapport intime, fondé dans les chofes memes; puifqu'elles ont l'une & l'autre les mêmes objets à exprimer. Et fi cela eft, la Mufique étant une expreffion des fentimens du cœur par les fons inarticulez ; la Poëfie muficale, ou lyrique, fera l'expreffion des fentimens par les fons articulez, ou, ce qui eft la même chofe, par les mots. Il ne s'agit que de développer cette idée.

Les hommes ont en eux une intelligence & une volonté, deux facultez dont les opérations font des connoiffances & des mouvemens. Ces opérations ne fe féparent guères plus les unes des autres, que les facultez mêmes qui les produifent ne fe féparent dans notre ame. Quand nous penfons, nos goûts fe mêlent dans nos penfées. Quand nous fentons, nos pensées fe mêlent dans nos goûts. Ainfi, foit que nous parlions, ou que nous écrivions, il y a ordinairement dans ce que

nous difons, de la lumiere & de la chaleur: de la lumiere, elle tient à l'intelligence & à la pensée: de la chaleur, elle tient à la volonté, au fentiment, au goût. J'ai dit ordinairement, parce qu'il y a

des genres, où la lumiere eft feule: par exemple, la Géométrie ; & qu'il y en a d'autres où la chaleur eft feule auffi, comme la Mufique. Mais ici nous ne parlons que des ouvrages en vers ou en profe, qui ont pour objet de plaire & d'inftruire en même tems; des ouvrages qu'on appelle, ouvrages de goût. Il y a nécessairement dans ces fortes d'ouvrages, lumiere & chaleur ; parce que fans l'une le lecteur pourroit s'égarer: & que fans

l'autre il s'ennuiroit.

Ces deux qualitez ne doivent être unies l'une à l'autre que dans des degrez proportionnez, & à la matiere qu'on traite, & à la fin qu'on fe propofe.

Si c'eft la vérité qu'il s'agit de préfenter à l'efprit, ce fera la lumiere qui dominera. Si c'eft le cœur qu'on entreprend de toucher, ce fera la chaleur.

L'Hiftoire, les Differtations, les Argumentations demandent fur-tout à être claires & lumineufes. L'Oraifon, l'Epo

pée, les Drames feront le mélange des deux qualitez, en proportion tantôt égale, tantôt inégale, felon le ton & le caractère des différentes parties du fujet qui fera traité. Mais dans la poëfie faite pour être chantée, ce fera toujours à la chaleur à dominer; & il n'y aura que du plus ou du moins, felon les fujets. En un mot, plus les genres approcheront de la Géométrie, plus ils feront clairs, nuds, froids. Plus ils approcheront de la Mufique, plus ils feront chauds, paffionnez, énergiques : le cœur en pareil cas s'emparera de tout le fujet, & la lumiere fera prefque toute

abforbée dans le fentiment.

On pourra donc définir la Poëfie lyrique,celle qui exprime le fentiment. Qu'on y ajoute une forme de verfification qui foit chantante, elle aura tout ce dont elle a befoin pour être parfaite.

De cette théorie abrégée fortent toutes les regles de la Poëfie lyrique, auffi-bien que fes privileges. C'eft là ce qui autorife la hardieffe des débuts, les emportemens, les écarts. C'est de-là qu'elle tire ce fublime qui lui appartient d'une façon particuliere, & cet enthoufiafme qui l'appro che de la divinité,

Enthoufiafme de l'Ode.

L'Enthousiasme ou fureur poëtique, est ainsi nommée, parce que parce que l'ame qui en eft remplie, eft toute entiere à l'objet qui le lui infpire. Ce n'eft autre chofe qu'un fentiment quel qu'il foit, amour, colere, joie, admiration, tristesse, &c. produit par une idée.

Ce fentiment n'a pas proprement le nom d'enthousiasme, quand il eft naturel, c'eft-à-dire, qu'il exifte dans un homme qui l'éprouve par la réalité même de fon état; mais feulement quand il fe trouve dans un artifte, poëte, peintre, musicien ; & qu'il eft l'effet d'une imagination échauffée artificiellement par les objets qu'elle fe repréfente dans la compofition.

Ainfi l'enthoufiafme des artistes n'eft qu'un fentiment vif, produit par une idée vive, dont l'artiste fe frappe lui-même.

Comme les objets que repréfentent les idées font plus ou moins grands, beaux, bons, importans, intéreffans; qu'ils font petits, difformes, mauvais, plus ou moins; ils peuvent produire des fentimens différens & d'efpece & de degrez, &. par

mes. Chaque artifte, s'il a véritablement droit à ce nom, a le fien, & dans chaque fujet.

Celui du poëte lyrique eft tantôt fublime, tantôt doux & paifible, mais le plus fouvent, dans un certain milieu qui eft entre le fublime & le doux : & il eft tel, foit par la nature même du fujet, foit par le fentiment du poëte, foit par l'un & par l'autre. Car fi le fujet a fa couleur, le poëte a auffi la fienne. Quelquefois celle du poëte gâte celle du fujet; quelquefois auffi le fujet doit prefque tout au poëte.

Le Sublime.

Le Sublime, en général, eft tout ce qui nous éleve au-deffus de ce que nous étions, & qui nous fait fentir en même tems cette élévation.

Il ne s'agit point ici de ce qu'on appelle ftyle fublime, lequel ne confifte que dans une fuite d'idées nobles, exprimées noblement. Le fublime dont nous parlons, est un trait qui éclaire, ou qui brûle.

Il y en a de deux fortes, le fublime des images & le fublime des fentimens. Les images font fublimes, quand elles élévent notre efprit au-deffus de toutes

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