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APPARITIONS ET MANIFESTATIONS SPIRITUELLES.

Paris, 4 décembre 4838.

Monsieur et cher frère en Dieu,

J'étais impatiente de vous communiquer un fait qu'on vient d'apporter à ma connaissance et qui m'a vivement impressionnée. Pour vous, monsieur, il sera peut-être de peu d'importance, vous êtes si accoutumé à en avoir encore de plus prodigieux; mais pour moi qui suis demeurée encore avec un esprit de doute et peu certaine que dans tout ce que j'ai vu d'extraordinaire dans les révélations de madame Adèle, une brillante imagination aidée de la communication des pensées, avaient pu y jouer un premier rôle. Ce que j'ai à vous rapporter me donne la certitude que la communication des pensées ne peut y avoir aucune part: vous n'aurez sans doute pas oublié que la dernière fois que j'eus le plaisir de vous voir, j'étais accompagnée de madame Ca... qui vous demanda une séance d'apparition? C'était celle d'une personne de son pays, qui lui avait toujours témoigné beaucoup d'amitié, et madame Ca..., outre l'amitié, avait toujours eu pour elle beaucoup de vénération. Vous savez que madame Ca... désirait s'assurer si c'était bien sa vieille amie

qui communiquait avec elle dans la table et lui faisait avoir les songes révélateurs qu'elle lui annonçait? Madame Adèle, en répondant affirmativement à ces questions, fit de cette dame un portrait que madame Ca... trouva très-ressemblant. Madame Adèle ajouta quelques particularités inconnues à madame Ca...; entre autres, elle lui dit que madame B... aimait beaucoup les fleurs, surtout le réséda; qu'elle lui en voyait un gros bouquet à la main; que l'esprit évoqué devait avoir eu un chagrin secret, qu'elle ne voyait pas qu'elle fut morte de maladie, mais tout d'un coup, comme si le sang s'était porté à la gorge et l'eut étouffée. (Je vois encore madame Adèle, en disant ces paroles, porter la main à son propre cou, comme si elle y ressentait elle-même une douleur.) Madame Ca..., étant éloignée depuis longtemps du pays, ne connaissait aucune des circonstances de la mort de son amie. Vous n'avez peut-être pas oublié, monsieur, qu'elle lui fit demander par madame Adèle si elle était bien aise de communiquer ainsi avec elle et si elle serait contente qu'elle parlât de ces communications à ses filles, qu'elle allait voir dans le voyage qu'elle se proposait de faire dans quelques jours avec son mari dans sa ville natale. L'Esprit, tout en témoignant sa satisfaction d'être en relation avec madame Ca..., la pria de ne rien dire de tout cela à ses filles, parce qu'elles en

seraient trop épouvantées, et, en même temps, elle l'engagea fortement à ne pas accomplir ce voyage, qui, disait-elle, devait être funeste à la santé de son mari. Voici à présent ce qui est arrivé? Le mari de madame Ca... a persisté dans son dessein, et est parti avec sa femme; à leur arrivée dans la famille de madame Ca..., celle-ci s'est empressée de conter à sa sœur les relations qu'elle obtenait avec l'Esprit de leur ancienne amie et a prié sa sœur de la renseigner sur ses derniers moments, sur la maladie dont elle était morte, puis lui posa cette question: Sais-tu si elle aimait les fleurs? Ah! je crois bien qu'elle les aimait, surtout le réséda, pour lequel elle avait une si grande prédilection, qu'elle en semait jusque dans ses caisses d'orangers, son mari lui faisait toujours Ja guerre à ce sujet, parce qu'il prétendait que cela faisait mourir ses orangers. Quant à sa maladie, elle n'en a pas fait, la pauvre femme ! elle s'est pendue!... Je passe sous silence, monsieur, les causes qui ont amené cette affreuse catastrophe, et ont poussé une digne mère de famille à une fin si déplorable, car toute sa famille existe encore; mais il est certain que, comme l'a dit madame Adèle, elle renfermait en elle-même un chagrin secret qui l'a conduit à cet acte de désespoir, et il est demeuré évident pour madame Ca... que cette malheureuse femme craignait qu'elle n'eut connaissance de tous

ces faits; comme l'avait vu madame Adèle, ayant beaucoup d'orgueil, et se trouvant encore un peu engagée dans les liens terrestres, elle pouvait penser qu'elle allait perdre dans la considération de madame Ca..., qui me dit à ce sujet : Mais si les Esprits lisent dans la pensée, comment n'a-telle pas vu qu'elle ne pourrait perdre dans la mienne? Sachant ce que je sais, je ne puis cesser de l'estimer, tous les chagrins qu'elle a essuyés, ses remords, ce désespoir qui la suivait partout, cette séparation volontaire de ses filles qu'elle adorait, ont dû lui causer de si cuisantes douleurs que je ne puis que la plaindre sans cesser de la vénérer ! L'orgueil l'a sans doute encore aveuglée à son état d'Esprit. Elle a été saisie de la crainte de déchoir auprès de moi ! Il est certain que les filles de madame B..., dans les circonstances présentes, et de la manière dont les choses se sont passées, auraient été très-effrayées de l'idée qu'on pouvait converser avec leur mère. Madame Ca..., en se promenant dans leur jardin avec l'une d'elles, ne put s'empêcher de remarquer avec quelle profusion le réséda y était répandu. Ah! dit la jeune fille de madame B..., ma mère l'aimait tant, elle en semait partout !

·

Voilà, monsieur, ce qui m'a vivement frappée. Je passe sous silence d'autres faits, plus extraordinaires, en apparence.

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Recevez, monsieur et frère en Dieu, mes salu

tations distinguées.

Veuve CLAVEL, née NIELOU, 10, rue de la Fidélité, Paris.

Vaux, le 40 décembre 4858.

Monsieur,

Je lis vos Arcanes de la vie future; plus je les lis, plus j'éprouve de sensations. Je suis entre le doute et la croyance; mais pour être vrai, je penche davantage vers cette dernière pour tout ce qui est dit dans cet ouvrage, au sujet des apparitions que vous obtenez au moyen du magnétisme.

Je devais faire un voyage avec un de mes amis, M. Varigault, libraire à Châtellerault. Ce voyage n'est différé. C'était dans le but de vous voir, et obtenir de votre extrême bonté une séance d'apparition.

que

Permettez-moi, monsieur, de prendre la liberté de vous dire que j'ai un vif intérêt pour vos livres, et un grand désir de m'instruire sur les sciences mystérieuses que vous enseignez avec talent.

Qu'il me soit permis aussi, monsieur, de vous demander s'il ne vous serait pas possible de faire apparaître ma fille décédée? de lui demander où elle est ? ce qu'elle fait ? si elle s'ennuie comme moi d'être privé de la voir ? .

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