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spiritualité, etc. La logique, du moins la logique formelle, n'implique aucune autre connaissance, elle est toute à priori. « Pour établir la théorie du syllogisme, Aristote n'a dû recourir à aucune notion de psychologie ou de physique ». Cet aveu est de M. Rabier, qui cependant, à l'exemple de ses maîtres, commence ses Leçons par la psychologie. Ces considérations justifient les scolastiques, qui ouvrent leurs traités de philosophie par la logique. Cousin lui-même adressait à Locke le juste reproche de chercher l'origine des idées avant que d'avoir étudié les idées en elles-mêmes (1). Or, la logique a précisément pour objet les idées et tous leurs caractères, tandis que la psychologie ne saurait faire abstraction de leur origine, non plus que de la nature du sujet pensant.

13., Ordre de l'enseignement des sciences philosophiques. — Nous sommes ainsi amené à nous prononcer sur l'ordre à suivre dans l'enseignement des diverses parties de la philosophie. Il convient de commencer par la logique, qui a pour objet propre les idées, les êtres de raison, qui forment le lien du monde extérieur avec le sujet pensant. La logique est l'instrument qui nous sert à cultiver toutes les connaissances ; elle est, en outre, le meilleur exercice de l'esprit : on ne peut donc légitimement en rejeter l'étude après celle des autres sciences philosophiques et notamment de la psychologie (2).

(1) Philosophie de Locke, Ive Leçon.

(2) S. Thomas estime qu'il convient de commencer l'étude de la philosophie par la logique, bien qu'elle soit particulièrement difficile : « In addiscendo incipimus ab eo quod est magis facile, nisi necessitas aliud requirat. Quandoque enim necesse est in addiscendo non incipere ab eo quod est facilius, sed ab eo a cujus cognitione cognitiosequentium dependet. Et hac positione oportet in addiscendo a logica incipere. » (In libr. Boet., de Trinitate, q. VI, art. 1.) — Plusieurs, que nous trouvons d'ordinaire parmi nos adversaires, pensent de même. Écoutons Stuart Mill. Après avoir insisté sur l'utilité de la logique, il pourSuit : « La logique est aussi l'étude qui convient le mieux aux premiers

Il convient de continuer par la métaphysique générale ou ontologie, qui traite des suprêmes réalités, celles qui expliquent toutes les autres et répondent à nos idées les plus générales (1). Viennent ensuite la cosmologie ou philosophie de la nature, la psychologie et la théodicée. La

temps de l'éducation des élèves en philosophie, puisqu'elle est indépendante des opérations lentes par lesquelles on acquiert, par l'expérience et la réflexion, des idées importantes par elles-mêmes. » (Mes Mémoires, trad. CAZELLEs, chap. I.). — Telle n'est point cependant l'opinion de Mgr Mercier : « La Logique, au début d'un enseignement philosophique, dit-il, est à peine intelligible et sans attrait. L'élève qui n'a pas encore été mis en contact avec la science du réel, est incapable de comprendre la raison d'être d'une science de la science. Il ne s'intéresse pas à des spéculations dont il ne voit pas l'emploi et il est à craindre que son impression d'ennui, sinon de dégoût, ne s'étende alors et pour longtemps à toute la philosophie. » (Revue néo-scolastique, août 1905, p. 346.)

En refusant de partager ce sentiment, nous ne voulons rien exagérer. Toutes les parties de la philosophie s'éclairent et même s'impliquent plus ou moins les unes les autres ; en sorte qu'il y a tout à la fois des avantages et des inconvénients à commencer, par exemple, par la logique ou par la psychologie. D'ailleurs, les nécessités de l'enseignement obligent souvent à intervertir l'ordre qui a été indiqué. Néanmoins, les raisons alléguées subsistent. Ajoutons seulement que la logique introduit du coup dans le monde des idées, si parfaitement distinctes du monde des mots et du monde des images, qui est celui de la grammaire et de la rhétorique. Si le jeune philosophe ne franchit décidément ce seuil dès le début, il est à craindre qu'il ne reste toujours en deçà et que sa philosophie ne se dégage jamais de formes littéraires ou de simples généralisations scientifiques.

(1) Le R. P. Hugon, dans son Cursus philosophiæ Thomisticae, M. Paul Gény, dans les Études (20 août 1908) préfèrent placer l'ontologie après la métaphysique spéciale. M. Paul Gény parle même de « disparition » (5 sept.). La principale raison qu'ils peuvent alléguer, semble-t-il, c'est que l'ontologie manque de corps si on l'étudie la première ; elle ne trouve plus dans l'expérience une base suffisante. C'est pourquoi on plaçait , anciennement la physique avant la métaphysique. — Je réponds que l'ontologie ne manquera point de corps ni de bases suffisantes, si elle est préparée convenablement par des connaissances physiques, naturelles, mathématiques, historiques, littéraires, philologiques, etc. Or, ces connaissances n'ont rien de philosophique, ni surtout de métaphysique, par elles-mêmes. Rien n'autorise donc à placer la métaphysique spéciale avant la métaphysique générale,

cosmologie, dont l'objet est moins complexe, nous prépare à la psychologie et à l'anthropologie ; l'étude du grand monde (macrocosme) nous prépare à celle du petit monde (microcosme) ; et l'une et l'autre nous préparent à l'étude de Dieu : ainsi l'esprit s'élève naturellement des objets sensibles et les plus accessibles aux objets supérieurs. Vient enfin la morale, c'est-à-dire la philosophie pratique, avec toutes les sciences qui en relèvent. La morale elle-même n'est pas indépendante ; elle est fondée à beaucoup d'égards sur la métaphysique et la théodicée, car ses maximes, ses lois, sa sanction ne sont expliquées en définitive que par l'idée du bien et l'existence d'un législateur suprême.

14. Relations, hiérarchie des principales sciences philosophiques. — Toutefois, hâtons-nous de reconnaître que parmi les principales sciences philosophiques il n'en est pas une dont dépendent les autres à tous égards. Il y a solidarité entre elles plutôt que subordination. Elles s'impliquent mutuellement en quelque manière : les premiers principes de la connaissance impliquent ceux de l'existence ; les uns et les autres impliquent ceux de la moralité, et réciproquement. On ne peut donc nier formellement les uns et respecter les autres sans inconséquence. Seulement on peut s'appliquer à l'étude des uns sans se rendre compte scientifiquement de la valeur des autres. On dira donc que la morale suppose, à certains égards, la métaphysique, et que la métaphysique suppose la logique, bien que les principes propres de la morale ne soient pas précisément des conclusions de la métaphysique, pas plus que les principes propres de la métaphysique ne sont rigoureusement des conclusions de la logique. Car il est incontestable qu'on ne peut douter positivement de la logique sans rendre impossible la métaphysique, ni douter positivement de la métaphysique sans ruiner la morale (1).

(1) Kant a douté de la métaphysique et n'a jamais douté de la mo

Les premiers principes de ces trois sciences, nous le verrons mieux par la suite (chap. xvI), sont irréductibles à un seul. Cette irréductibilité fondamentale de la science humaine provient de la complexité de notre nature et de l'imperfection de toutes nos connaissances, d'ailleurs les plus élevées par leur objet. Nulle science particulière n'est la première comme étant le principe ou la tige unique de toutes les autres ; mais plusieurs peuvent revendiquer une certaine primauté. La logique est la première, à titre d'instrument général de toutes les connaissances. La morale est la première en tant qu'elle traite du souverain bien, de la fin dernière et des moyens d'y parvenir. Absolument, la primauté appartiendrait à la métaphysique, qui traite de l'être, et, dans la métaphysique, à la théodicée, qui traite de l'Etre suprême ou de Dieu (v. aussi n° 349).

15. Excellence de la philosophie. — Nous pouvons juger maintenant de l'excellence de la philosophie. Connaître les réalités supérieures, découvrir les suprêmes lois, les premières causes et les dernières fins, assigner leurs origines à nos connaissances et au monde lui-même, expliquer la destinée de l'homme et de l'humanité, rattacher toutes choses à Dieu, idéal et beauté suprême : tel est l'objet de la philosophie. Elle perfectionne l'homme en tant qu'homme, c'est-à-dire dans ses plus hautes facultés : elle complète toutes les sciences et les fonde en quelque manière, en assignant les premiers principes et en tirant les suprêmes conclusions ; elle les ramène toutes à l'unité, en même temps qu'elle conduit chacune à sa perfection.

Par l'objet surtout, la philosophie est la première des connaissances. Si beaucoup de ses conclusions restent douteuses, n'oublions pas que toutes les sciences sont plus ou moins embarrassées d'obscurités et d'hypothèses. Chaque année des préjugés tombent, des théories sont

rale ; mais nous verrons qu'il n'est pas possible de faire au scepticisme sa part.

rectifiées ou remplacées par d'autres ; mais ces variations ne font pas que les sciences imparfaites soient peu estimées. Ainsi doit-il en être de la philosophie. Rien n'est plus désirable que de connaître les réalités supérieures, cette connaissance fût-elle hypothétique et conjecturale (1). Mais la philosophie a mieux à nous offrir que des hypothèses : elle nous offre des certitudes.

16. Utilité de la philosophie. Esprit philosophique. — L'utilité de la philosophie est égale à son excellence et en découle. Qu'y a-t-il de plus important que l'esprit philosophique qu'elle développe : esprit d'analyse et de synthèse, de réflexion et d'ordre ? C'est par lui qu'on excelle dans tous les genres de connaissances : les sciences, les lettres,et l'éloquence, aussi bien que le droit, la politique et l'histoire. Cicéron déclarait que les philosophes lui avaient plus appris, même en éloquence, que les rhéteurs de profession (2). C'est la philosophie, en effet, qui donne des idées justes, générales, lumineuses ; elle ordonne et éclaire tout ce qu'elle touche ; elle développe l'habitude de la réflexion, fortifie l'esprit et le familiarise avec la recherche des lois et des causes. o

L'utilité morale de la philosophie est plus remarquable encore. C'est la philosophie qui permet d'analyser ses propres sentiments, de démêler ceux d'autrui, d'entrer ainsi dans tous les secrets du cœur humain. Or, cette connaissance intime de la nature humaine, observée du dedans et du dehors, est la première condition du sage gouvernement de soi-même et du sage gouvernement des autres. C'est donc avec raison que le moraliste grec, Socrate, insistait sur la maxime : Connais-toi toi-même.

(1) Cf. Aristote (De l'âme, c. 1) : Comme toute science, dit-il, est estimée surtout à raison de son objet, la science de l'âme est des premières. — S. Th. 1a 2o q. 66, a. 5 ad 3.

(2) Orat. c. 4. — Il célèbre ailleurs la philosophie comme la mère des arts, de la civilisation, et l'inspiratrice des bonnes mœurs (ib. l. I, n° 3, et Tuscul. l. V, n° 2.) -

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