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branchements de la philosophie : il faut montrer encore comment ils suffisent à porter toutes les ramifications actuelles ou possibles. Et d'abord la philosophie rationnelle ou logique se divise en formelle et en matérielle. A cette dernière appârtiennent toutes les questions de certitude et de méthode (critique et méthodologie). A la première se rapporte la philosophie du langage, science à peine ébauchée. Les langues, les grammaires, la philolologie peuvent servir de matière à une philosophie particulière, vaste et très fructueuse, si elle est bien cultivée. A la logique se rapporte encore la philosophie des sciences ou la classification de toutes les connaissances humaines. Celles-ci, en effet, bien qu'elles soient objectives dans ce qu'elles expriment · et nous révèlent, sont formellement des perfections de notre esprit ; elles résultent toutes d'un ensemble de vérités acquises et bien enchaînées. Il appartient donc à la logique de définir leurs rapports et de manifester leur unité, qui est l'unité même de la science.

8. Subdivisions de la philosophie réelle. — La philosophie réelle ou naturelle se divise en deux parties : la métaphysique générale ou ontologie et la métaphysique spéciale. La première traite : 19 de l'être en général (transcendantaux : unité, vérité, bien) ; 29 des catégories (substance et accidents) ; 39 des causes. La seconde traite : 1° de la nature ou du monde en général (cosmologie) ; 2° de l'homme (anthropologie philosophique, psychologie) ; 39 de Dieu (théodicée ou théologie naturelle). Il est facile de rattacher à ces divisions la philosophie de la nature, la psychologie expérimentale et rationnelle, la psycho-physique et tout ce qui concerne les rapports du physique et du moral. La philosophie de l'art ou esthétique peut prendre place à côté des traités du vrai et du bien ; car le beau, lui aussi, est objectif et absolu. Et quant à la partie subjective de l'esthétique, celle qui traite des facultés de percevoir le beau et de le créer : goût, talent, génie, etc., elle se rapporte à la psychologie, au traité des facultés de l'âme. Il faut le remarquer en passant, certains traités complexes, comme celui de l'esthétique, empruntent leurs éléments de divers côtés ; mais cette complexité de certaines sciences philosophiques ne trouble pas l'ordre général, elle n'accuse aucune insuffisance dans la division.

| 9. Subdivisions de la philosophie morale. — Enfin, la philosophie morale comprend l'éthique proprement dite (fondement de la morale), le droit naturel et, en général, toutes les sciences qui traitent de l'homme moral. L'homme peut être considéré individuellement, ou en famille, ou en société : d'où la morale individuelle, domestique, sociale, les sciences politiques, le droit international, la science des justes rapports de l'Eglise et de l'Etat. De plus, comme toutes les sociétés et l'humanité entière ont un passé, qui nous est de mieux en mieux connu et grandit à mesure que le temps poursuit sa marche, il y a place pour la philosophie de l'histoire, science relativement récente et de grand avenir. Cette philosophie est liée à celle de la religion ou philosophie religieuse. Enfin, comme l'homme moral qui se développe grâce à la civilisation chrétienne, ne laisse pas de ne faire qu'un avec l'homme physique, il y a lieu de ne pas les séparer outre mesure dans notre étude, mais de tenir compte de l'anthropologie des naturalistes, de l'ethnologie, de la sociologie.

10. Examen critique de quelques divisions. — Plusieurs divisent d'abord la philosophie en subjective et en objective. Acceptant cette division, Sanseverino ramène à la philosophie subjective la logique, la dynamilogie, l'idéologie, la critériologie et l'ontologie ; à la philosophie objective : la théodicée, la cosmologie, l'anthropologie et la morale (1). — Mais, sans compter que la

(1) Sanseverino est l'un des nouveaux scolastiques qui ont le mieux

division du sujet et de l'objet est secondaire, relative à l'homme et par conséquent psychologique, on ne peut comprendre l'ontologie parmi les sciences subjectives, vu que l'ontologie ou métaphysique générale a pour objet non ce qui paraît ou ce qui n'est qu'en nous, mais bien ce qui est en soi. En ramenant l'ontologie aux sciences subjectives, on autoriserait, contre les intentions de Sanseverino lui-même, la confusion de la métaphysique avec la logique. C'est là le point vers lequel convergent les efforts des subjectivistes, d'Hegel en particulier. Ensuite l'auteur n'est pas fondé à séparer l'anthropologie de la dynamilogie pour attribuer la première à la philosophie objective, et la seconde à la philosophie subjective : il rompt par là l'unité de la psychologie. Ajoutons enfin qu'il peut paraître injuste de ramener simplement la morale à la philosophie objective ; car la moralité est plutôt dans l'intention et la bonne volonté que dans les actes extérieurs.

Mais la division qui doit le plus attirer notre attention est la division proposée généralement par les philosophes français, depuis Cousin, et reproduite, avec quelques variantes, dans tous les programmes universitaires. La philosophie y est divisée en psychologie, logique, morale et théodicée. On ajoute ensuite à l'un ou à l'autre de ces traités quelques notions de métaphysique, d'esthétique, d'économie politique, etc.

11. Importance donnée à la psychologie. — Ce qui distingue surtout cette division d'avec la nôtre, c'est la place prépondérante accordée à la pyschologie. Celle-ci n'est plus une simple branche de la philosophie réelle ou métaphysique : c'est la tige nourricière sur laquelle viennent se greffer toutes les sciences philosophiques. Logique, morale, théodicée, toutes puisent dans son sein, s'appuient sur ses données, vivent de sa substance, de ce que la conscience recueille et élabore. Ainsi la logique revendique pour sa part les idées, les jugements, le raisonnement, la méthode, et l'on a pu dire qu'elle est « la science de l'entendement infaillible » (1) ; la morale cherche dans la conscience son point d'appui et sa règle, elle est en définitive « la science de la volonté inpeccable » ; la théodicée ne fait que reconnaître en Dieu et lui attribuer sans limite les perfections intellectuelles et morales que l'âme découvre en elle-même ; la métaphysique ne saisit bien son objet, la substance, la cause, la force, l'être, qu'en les prenant sur le fait et dans la conscience ; l'esthétique, en approfondissant les questions d'art et de goût, n'a pas d'autre objet en définitive que « les lois idéales de l'imagination » ; enfin, toutes les sciences sociales et la philosophie de l'histoire ne sont possibles et ne progressent que par la réflexion prolongée de l'esprit sur lui-même. La société présente et l'humanité tout entière ne sont que l'homme agrandi dans l'espace et dans le temps. Pour bien connaître l'humanité, le philosophe doit projeter au dehors l'image de lui-même, chercher tout ce qu'il est et tout ce qu'il pourrait être : il est à lui seul un petit monde, qui résume l'autre et l'explique, — à titre de retour, il est vrai. De là l'importance extrême de la psychologie, exaltée par tant de penseurs, depuis Socrate. Seule la connaissance de soi-même permet d'approfondir la morale, de gouverner les hommes et de pénétrer toutes les sciences philosophiques. La pyschologie les engendre toutes ; il est donc juste qu'elle les précède. Que répondre à d'aussi graves raisons ? Le voici.

mérité de la philosophie. Cette critique ne porte que sur la division qu'il propose et non sur l'ensemble de sa doctrine, dont cette division n'est pas l'expression.

12. Critique. — Reconnaissons d'abord la valeur de la méthode psychologique et les services éminents que la psychologie rend à toutes les sciences. Mais s'il est bon

(1) Paul JANET, Traité élém. de phil., p. 11,

de revenir sur son propre esprit pour mieux connaître ce qui s'en distingue, il est bon aussi d'en sortir quelquefois pour y mieux rentrer. On ne connaît bien ses facultés qu'à la condition de les livrer d'abord à tous leurs objets légitimes. L'intelligence, la volonté, l'imagination ne se règlent pas sur elles-mêmes : leur mesure est au dehors mieux encore qu'au dedans. L'homme ne peut s'étudier lui-même que dans son activité, et celle-ci ne se conçoit pas sans des relations avec le dehors. Nos idées, nos pensées les plus intimes nous expriment un objet, avant de se révéler elles-mêmes ; la connaissance directe précède la connaissance réfléchie, les sciences objectives priment absolument les sciences subjectives. On ne peut donc ramener les premières aux secondes, ni la méthode rationnelle à la méthode psychologique. Cet abus en entraînerait un autre, celui de tout expliquer par le moi et la conscience, le monde, l'étendue et Dieu lui-même, d'absorber peu à peu toutes les sciences philosophiques dans la psychologie pour aboutir à un subjectivisme transcendant et stérile. Nous verrons par la suite que plusieurs spiritualistes ont paru donner dans cet excès, tant il est vrai que la méthode et la division adoptées à l'entrée d'une science engagent déjà ses conclusions. Mais là ne se borne pas notre critique. Non seulement la psychologie ne peut se subordonner les sciences objectives, mais encore elle le cède à une science subjective comme elle. La psychologie, en effet, a pour objet propre le sujet pensant, ses facultés, sa nature, ses habitudes. . Mais le sujet ne se manifeste à lui-même que par ses idées, ses jugements, ses raisonnements. Or, ces idées, avec les actes dont elles sont l'objet, en tant qu'elles sont un moyen de connaître toutes choses, appartiennent à la logique. Celle-ci est donc une science subjective, tout à fait distincte de la psychologie et antérieure. Elle ne lui emprunte aucunement ses premiers principes. Les lois du raisonnement sont indépendantes par elles-mêmes des vérités supposées ou à établir sur la nature de l'âme, sa

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