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des plus répandues : cet examen achèvera de nous éclairer sur la nature de la philosophie et la manière dont cette science a été comprise. Socrate pensait que la philosophie consiste dans la connaissance du vrai et particulièrement du bien et du juste. — Platon la regardait comme « la science des réalités intelligibles, que la raison seule peut atteindre et qui ne tombent pas sous les sens » (1). — Aristote, Descartes, Spinosa la définissent comme « la science des premiers principes ». Et en effet la philosophie traite des premiers principes, tant de l'être que du connaître et de la conduite. — Cicéron déclare que « la sagesse, selon la définition des anciens philosophes, est la science des choses divines et humaines, et des principes qui les renferment » (2). Si le philosophe romain, de même que les autres anciens, ne dégage pas la philosophie de l'ensemble des sciences, du moins il voit très bien qu'elle est inséparable de la théologie naturelle. — Bossuet dit excellemment : « La sagesse consiste à connaître Dieu et à se connaître soi-même ». On pourrait trouver cette définition trop étroite ; mais il dit d'autre part : « Toutes les sciences sont comprises dans la philosophie ». — Jouffroy dit vrai, mais sa définition manque d'ampleur, quand il écrit : « La philosophie c'est la science de l'homme intellectuel et moral dans ses rapports avec Dieu et le mônde ». — Celle que propose Cousin est bien autrement insuffisante. La philosophie n'est pas « la réflexion entièrement émancipée, définitivement sortie des liens de l'autorité et ne s'appuyant que sur ellemême dans la recherche de la vérité ». Sans compter que la philosophie est autre chose qu'une réflexion, elle doit connaître les traditions et les interroger avec respect et

(3) Rép., l. VI, vers la fin, et VII.

(1) « Sapientia autem est, ut a veteribus philosophis definitum est, rerum divinarum et humanarum, causarumque quibus hae res continentur, scientia ». (De off., lib. II, cap. II).

sincérité avant de se prononcer. — La définition suivante proposée par Paul Janet n'est guère plus satisfaisante : « La philosophie est pour nous, dit-il, la science de l'esprit libre, et la science libre de l'esprit » (1). La philosophie n'est pas seulement la science de l'esprit ; ensuite elle étudie dans l'esprit et ce qu'il y a de libre et ce qu'il y a de nécessaire ; enfin la science libre qu'on nous propose ressemble trop à la libre pensée, à celle qui se préfère elle-même à la vérité. Les définitions suivantes pêchent par leur caractère trop subjectif : La philosophie est la législation de la raison humaine (Kant). — C'est la science de la science (Fichte). Pareilles définitions expriment déjà tout un système. Non moins insuffisantes sont les définitions données par les positivistes, notamment par Littré. La philosophie n'est pas l'ensemble des connaissances, ni « une classification systématique des sciences et l'exposition des principes les plus généraux que renferme chaque science « (2). — Parmi les spiritualistes contemporains, M. Rabier réunit sous le nom de philosophie la métaphysique et la psychologie (3). Mais la philosophie est

(1) Cours de 1888 à la Sorbonne : La philosophie est-elle une science ? Leçon d'ouverture. (Revue phil., avril 1888.) — Depuis lors, Paul Janet a proposé une autre définition non moins défectueuse : « Nous avons défini, dit-il, la philosophie la pensée de la pensée. Cette définition nous a servi à distinguer la philosophie de la science. La science pense le monde, la philosophie pense la pensée du monde. La science est objective ; la philosophie est subjective, au moins immédiatement : elle est objective médiatement » (Revue phil. fév. 1893). — Cette définition tendrait à tout absorber dans la logique. Mais la philosophie n'est pas seulement la science de la pensée ; elle est encore une métaphysique et une morale : elle est donc objective, réelle, pratique, sociale. Ces leçons ont été publiées ensuite dans les Principes de métaphysique et de psychologie (1897). On y lit encore cette définition trop favorable au relativisme : « La philosophie est la science relative de l'absolu. »

(2) Conservation, révolution, positivisme, p. 65.

(3) Leçons de phil. T. I, p. 11.

plus vaste que ces deux sciences, quelque étendue qu'on leur donne. — Charles paraît mieux se rendre compte de l'universalité de la philosophie, quand il écrit : « La philosophie est donc un ensemble de sciences ». Or, il vient d'énumérer la métaphysique, les sciences psychologiques et morales, l'esthétique, la science du langage, l'histoire de la philosophie et la philosophie de l'histoire, etc. Un peu plus loin, il ajoute : « Définie par les objets qu'elle , embrasse, elle est l'étude de l'homme et de Dieu, des rapports de l'un avec l'autre, et de tous les deux avec l'univers (1) ». M. Ernest Naville a consacré tout un volume à la notion ou à la Définition de la philosophie (1894). Plusieurs des propositions où il résume ses conclusions confirment ce que nous avons dit sur l'universalité, l'unité, la distinction, l'objet propre de la philosophie. Citons celles-ci : « La philosophie a, quant à sa matière, une extension indéfinie ». (Prop. 77).— « La philosophie n'est pas l'addition des sciences particulières » (Prop. 82). — « La philosophie est l'étude du problème universel » (Prop. 84). — « La constitution des sciences particulières ne détruit pas l'objet de la philosophie » (Prop. 86) (2).

5. Objets matériel et formel de la philosophie. — En résumé, pour bien définir la philosophie, il faut reconnaître que son objet (l'objet matériel des scolastiques) est universel, et préciser en même temps le côté supérieur des choses et le point de vue vraiment philosophique (objet formel). La philosophie s'étend à tout, mais c'est pour chercher partout les suprêmes réalités (objet formel quod) à la lumière des premiers principes (objet formel quo). Il appartient au philosophe, disent saint Thomas et Aristote,

(1) Éléments de phil. T. I, p. 22, 23. : •

(2) On peut voir encore sur l'objet, la nature de la philosophie, la manière dont elle a été entendue par les diverses écoles, Janet-Séailles : Histoire de la philosophie. Les problèmes et les écoles, p. 1-24.

de considérer les causes les plus élevées : Sapientis est altissimas causas considerare (1).

6. Division de la philosophie. — Déjà Platon, au témoignage de Cicéron, divisait la philosophie en trois parties : 1° la philosophie morale ; 2° la philosophie réelle, celle de la nature et des choses les plus générales ; 3° la philosophie rationnelle (2). Nous dirons plus brièvement que la philosophie comprend trois sciences principales : la logique, la métaphysique et la morale. Cette division, bien comprise dans tous ses termes, est adéquate. Car la philosophie étudie l'être dans sa totalité ; or, l'être peut être considéré de trois manières : comme idéal, réel, moral : de là les trois sciences marquées.

Chacune d'elles est universelle : elle diffère des autres moins par son objet que par la manière dont elle le considère. Les mêmes êtres, en effet, peuvent être étudiés dans les idées que nous en avons, ou bien en eux-mêmes, dans leur réalité, ou bien enfin dans leur usage ou dans la conduite que nous tenons à leur égard. Ainsi Dieu est à la fois l'objet de la logique, de la métaphysique et de la morale : la logique considère l'idée que l'homme peut se faire de Dieu ; la métaphysique démontre l'existence de Dieu et explique la nature divine ; la morale détermine le culte qui lui est dû et traite de la fin dernière, qui n'est autre, en définitive, que Dieu même.

Mais la division proposée se justifie de plusieurs autres manières. La philosophie a pour objet l'ordre : il est du philosophe de découvrir l'ordre en tout et de le procurer

(1) Summa phil., lib. I, cp. 1.

(2) « Fuit jam a Platone accepta philosophandi ratio triplex : una de vita et moribus ; altera de natura et rebus occultis ; tertia de disserendo et quid verum, et quid falsum, quid rectum in oratione praVumque, quid consentiens, quid repugnans judicando ». (Academ. lib. I, no 6).

selon ses moyens : Sapientis est ordinare (1). Or, continue saint Thomas, il y a plusieurs espèces d'ordres : celui que nous ne créons pas, mais que nous découvrons dans la nature ; ensuite celui que nous établissons dans nos pensées, nos jugements et nos raisonnements ; enfin celui qu'il faut établir dans nos intentions et dans tous nos actes, même les plus intimes. De là donc la philosophie réelle, rationnelle, morale. Une quatrième espèce d'ordre, que nous signale encore saint Thomas, s'applique à nos actes physiques et tombe, avec eux, sous les sciences inférieures et les arts. Ajoutons encore, avec saint Bonaventure (2), que la philosophie a pour objet la vérité ; or, celle-ci est triple : il y a la vérité du discours et de la pensée (logique ); il y a la vérité des choses (métaphysique) ; il y a la vérité des mœurs (morale).' De là encore la division que nous avons marquée. Enfin il suffirait d'interpréter la définition que donnent de la philosophie Aristote et Descartes : c'est la science des premiers principes. Parmi les premiers principes, en effet, les uns nous donnent la connaissance ; ce sont les idées, les axiomes : d'où la philosophie rationnelle ; les autres donnent l'existence ; ce sont les causes de toute nature : d'où la métaphysique ; d'autres enfin sont des principes de conduite : d'où la morale.

7. Subdivisions principales de la logique. — Mais il ne suffit pas de distinguer nettement les premiers em

(1) « Sicut dicit Philosophus in principio metaphysicae : Sapientis est ordinare... Ordo autem quadrupliciter ad rationem comparatur, Est enim quidam ordo quem ratio non facit, sed solum considerat. sicut est ordo rerum naturalium. Alius autem est ordo, quem ratio considerando facit in proprio actu... Tertius autem est ordo, quem ratio considerando facit in operationibus voluntatis. Quartus autem est ordo, quem ratio considerando facit in exterioribus rebus... Secundum hos diversos ordines... sunt diversae scientiae ». (In lib. I, Ethic., lect.I.)

(2) De reductione artium ad theologiam. A•

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