Obrazy na stronie
PDF
ePub

justement aux premiers philosophes le nom de sages. Ils s'efforçaient de mériter ce titre ; ils aimaient la sagesse, ce qui est le premier et le plus sûr moyen de l'acquérir, comme de la communiquer (1).

2. La philosophie est la science naturelle et supérieure des choses. — Qu'est-ce donc que la sagesse, celle qu'ambitionnaient les fondateurs de la philosophie, ou plutôt qu'est-ce que la philosophie elle-même ? — C'est la science naturelle et supérieure des choses. Cette définition résume les meilleures qu'on ait proposées (2).

Et d'abord la philosophie est une science, c'est-à-dire un ensemble de connaissances et de conclusions rigoureusement enchaînées (v. science en général, I, 334). Elle n'est donc pas une vue quelconque sur l'inconnu, l'indéterminé (3), le mystère ; elle n'est pas non plus une réflexion plus ou moins soutenue, une recherche profonde ou curieuse, un doute motivé et même savant ; elle ne consiste pas à soulever de grandes questions, à comparer des hypothèses et des solutions diverses, à mesurer les probabilités, à creuser maints problèmes sans jamais en résoudre ; elle ne consiste pas davantage à donner des

(1) « A ceux qui demanderaient les raisons de la grande fortune qu'il a faite (le nom de philosophie), la meilleure réponse à donner, c'est que les hommes ont compris de bonne heure quels liens étroits enchaînent la possession de la vérité et l'amour de la vérité, d'une manière générale la pensée et l'amour » (C. Charaux, De l'Esprit phil., p. 31).

(2) Sanseverino définit la philosophie : « Scientia supremorum principiorum, seu supremarum causarum tum cognitionis, tum rerum, quae ratione humana cognosci possunt. » — Liberatore : « Scientia rerum per causas ultimas naturali lumine comparata. » — Zigliara : « Scientia rerum per earum ultimas rationes, naturali lumine comparata. »

(3) Cl. Bernard écrivait dans son Introduction à la médecine expérimentale (p. 387) : « Dans le sens restreint où j'entends la philosophie, l'indéterminé seul lui appartient, le déterminé tombant incessamment dans le domaine scientifique. » Mais le même savant a écrit ces paroles qui corrigent les premières : « Je n'admets donc pas la philosophie qui

solutions provisoires, ou seulement approchées, approximatives : les considérations les plus élevées et d'ailleurs les plus philosophiques, si elles ne concluent pas et absolument, ne sont pas encore la philosophie. Celle-ci n'existe qu'autant qu'elle affirme en toute certitude un système plus ou moins complet de vérités absolues. Nous ajoutons que la philosophie est une science naturelle, c'est-à-dire acquise par les seules forces de la nature, les seuls principes et les seules lumières de la raison. Il est des vérités révélées, qui sont le point de départ de recherches raisonnées ; mais ces vérités, sur lesquelles est fondée la théologie sacrée, ne sauraient comme telles servir de principes à la philosophie. Il n'est donc pas permis de confondre ces deux sciences, malgré leurs étroites relations. La philosophie et, avec elle, la philosophie chrétienne, affirme tous ses principes et toutes ses conclusions au nom de l'évidence, jamais au nom de l'autorité ; elle ne laisse pas que d'être humaine, même en devenant la science du divin (1). Enfin, la philosophie est la science supérieure des choses. Ce dernier caractère la distingue de toutes les autres connaissances. Tandis que celles-ci ont un objet limité, la philosophié s'étend à tout et d'une manière supérieure; elle cherche les premières causes, les derniers pourquoi ; elle s'élève aux lois les plus générales, s'éclaire des plus hauts principes et envisage l'être sous ses principales formes. Il n'est pas de science dont le point de vue soit aussi élevé ; il n'en est pas dont le domaine soit comme le sien, sans limites. Chaque science traite de certains êtres

voudrait assigner des bornes à la science, pas plus que la science qui voudrait supprimer les vérités † qui sont hors de son propre domaine. » — Jouffroy avait connu déjà les mêmes hésitations et fait le même aveu. (Cf. Paul Janet, Introd. à la science phil. Revue phil., juin 1888).

(1) Littré ne devait donc pas écrire dans son Dictionnaire : « Philosophie chrétienne, philosophie fondée sur les croyances du christianisme. » (Art. Philosophie, n° 8.)

ou de certaines propriétés et de certains phénomènes : la botanique traite des plantes ; la zoologie, des animaux; la minéralogie, des minéraux ; la géologie, de la terre ; l'astronomie, du ciel ; les mathématiques, des rapports des quantités ; la philologie, des signes parlés ou écrits de la pensée humaine, etc. Mais la philosophie traite de toute la nature et de l'homme tout entier, âme et corps, et de Dieu lui-même. L'individu et la société, les lois de la nature et celles des mœurs, l'histoire, les arts, les lettres, rien n'échappe à son regard : la philosophie est présente à chaque science en particulier et à toutes les sciences à la fois : son objet est universel (1). Mais elle ne le touche que d'une manière supérieure, ce qui empêche de la confondre avec l'ensemble des sciences particulières. Elle n'est donc pas le savoir universel, bien que son objet soit universel ; elle n'est pas l'encyclopédie des sciences, bien qu'il lui appartienne de fixer le plan de cette encyclopédie (v. le xvII° chap.). En un mot, elle est une (2), tout en étant universelle.

3. Universalité et unité de la philosophie. Objets qui qui lui sont réservés. — On a contesté cette universalité et cette unité, en disant que les sciences sont nées de la philosophie ; elles auraient donc hérité d'une partie de son domaine et menaceraient même de la faire disparaître. Mais ici les positivistes interprètent mal le fait qu'ils invoquent ; car les sciences sont nées de la philosophie sans la diminuer, sans restreindre son objet, et leur multiplication même contribue beaucoup à son développement. Il est vrai qu'à l'origine on entendait, sous le nom | de philosophie, l'universalité de la connaissance ; les sciences particulières naquirent une à une, à mesure que l'esprit humain descendait des premiers principes aux conséquences et aux applications. C'est ainsi que les mathématiques, les sciences naturelles, la grammaire, etc. se distinguèrent successivement de la science mère, qui put en paraître démembrée. Mais, en réalité, celle-ci restait et restera toujours intacte. Il y a plus. A mesure que des sciences nouvelles s'organisent, il devient possible au philosophe d'appliquer ses principes à un nouvel ordre de choses. C'est ainsi que la grammaire et la philologie, nées de la logique, loin de l'appauvrir, ónt permis à la philosophie de la grammaire et à celle du langage de se constituer ; c'est ainsi encore que le droit, la politique, les sciences sociales, en naissant de la morale, ont ouvert un nouveau champ de spéculations philosophiques. D'autres progrès, d'abord étrangers en apparence à la philosophie, ont rendu possible la philosophie des sciences, celle de l'art, celle de l'histoire, etc. Bref, il y a une philosophie spéciale pour chaque branche de connaissances assez développées et rattachées intimement à l'ensemble de savoir. Loin donc d'être supplantée par les sciences nouvelles, la philosophie bénéficiera de leurs progrès ; elle n'en paraîtra que plus grande. Car, alors que toutes les autres sciences vont se multipliant et se particularisant, la philosophie seule reste présente à toutes : elle garde son double caractère d'unité (1) et d'universalité. (1) A ceux qui douteraient encore de l'unité essentielle de la philosophie nous soumettons les considérations suivantes : 1° La philosophie D'ailleurs, la philosophie se distingue entre toutes les connaissances humaines non seulement par son point de vue et ses principes, mais encore par les objets particulièrement nobles qui lui sont réservés. Ces objets sont précisément ceux que nous ne pouvons atteindre qu'en nous plaçant à un point de vue supérieur, en nous éclairant des principes les plus élevés, les plus abstraits, ou bien en recourant à une expérience intime, dans laquelle les sens extérieurs n'ont aucune part. Nous voulons parler · surtout de l'âme et de Dieu : c'est là l'objet réservé, en même temps que réel et concret, de la philosophie (1). Elle est donc une science parfaitement distincte, dans sa forme et jusque dans une partie de sa matière, la meilleure (2).

(1) Paul Janet reconnaît cette universalité : « Sans doute, à mesure que les sciences spéciales faisaient des progrès, elles devenaient trop considérables pour rester liées à leur centre, c'est-à-dire à la philosophie, elles ont dû se détacher en vertu de la division du travail ; et, en se détachant, elles s'opposèrent à la science totale, mais non pas comme le clair s'oppose à l'obscur, le déterminé à l'indéterminé, mais comme le spécial s'oppose à l'universel... La philosophie ne renonçait pas à son caractère primitif, qui est l'universalité. En effet, en quoi la philosophie de Schelling et de Hegel... d'Herbert Spencer est-elle moins encyclopédique... que la philosophie de Thalès on même de Platon et d'Aristote ? (Loco cit., p. 580.)

(2) Paul Janet s'efforce, de son côté, de maintenir cette unité (Revue phil. fév. 1893). — M. de Vorges, au contraire, a paru la sacrifier (Annales de phil. chr. mars 1893, p. 582). — De même l'abbé Hogan (Les études du clergé, chap. III. Philosophie, art. 1). — Ce qui est contestable

c'est le raisonnement de Janet, mais non sa conclusion. o

4. Examen critique de quelques définitions. — Comparons maintenant avec la nôtre quelques définitions

bénéficie de l'unité de la raison et de la pensée, dont elle est le développement supérieur et intégral. — 2° Les principes premiers et distincts sur lesquels elle s'appuie (principes de logique, de métaphysique, de psychologie, de morale)sont solidaires, si bien qu'on n'en peut ébranler aucun, sans ébranler tous les autres (Voir, pour le développement, le chap. xvI). — 3° Les questions essentielles de la philosophie sont solidaires entre elles, de même que les premiers principes. Cet ouvrage tout entier en est la démonstration. Qu'il s'agisse, par exemple, de l'origine des idées, ou de la nature des universaux, ou des fondements de la morale, les solutions de ces questions s'entraînent logiquement les unes les autres. Le nominalisme en logique implique le sensualisme en psychologie et l'utilitarisme ou l'hédonisme en morale (V. La pensée contemporaine, 1re année. De l'unité des sciences philosophiques, p. 6780).

(1) On ne peut donc dire : « Son objet (de la philosophie) n'est même qu'un point de vue des objets des Lettres et des Sciences ». (Bulletin de la semaine, 2 oct. 1907).

(2) C'est pourquoi Jouffroy ne pouvait dire d'aucune manière : « La philosophie est une science dont l'idée n'est pas encore fixée » (Préf. de la trad. des œuvres de Reid) ; et ailleurs : « L'objet précis de cette science n'a pas encore été déterminé ; et voilà ce qui a fait faillir et les tentatives d'Aristote et celles de Bacon, et celles de Descartes, pour réformer la philosophie proprement dite » (Nouv. Mélanges, De l'organisation des sciences phil.).

« PoprzedniaDalej »