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toucher ici cette question si controversée de la matière et de la forme. Elle se représentera en cosmologie (v. 657 et suiv.) et en psychologie, lorsque nous traiterons de la constitution des corps et du composé humain. La matière est ce dont une chose est faite. Elle est dite première ou seconde. La matière première est ce dont est fait un tout substantiel : c'est le sujet qui reçoit une forme substantielle. La matière seconde est ce dont est fait un tout accidentel : c'est le sujet qui reçoit une forme accidentelle. Le marbre de la statue est une matière seconde ; mais le marbre lui-même, ou du moins sa première substance élémentaire, atome ou autre chose, résulte de matière première et de forme substantielle, c'est-à-dire de deux principes : l'un principe de l'extension, l'autre, de l'activité ; l'un, qui rend le corps divisible ; l'autre, qui lui donne son être distinct et son unité. · A la matière répond donc la forme. Celle-ci est substantielle ou accidentelle. La forme substantielle donne l'être substantiel : elle répond à la matière première, qui est son sujet, et avec laquelle elle se combine pour former une substance déterminée, distincte par son espèce. La forme accidentelle donne l'être accidentel; elle répond à la matière seconde ; elle fait que la substance déjà constituée soit de telle ou telle manière, ronde ou carrée, chaude ou froide. Or il nous suffit de ces notions pour établir déjà l'existence de la matière première et de la forme substantielle. En effet, il est évident que, dans tous les êtres corporels il y a, malgré leurs oppositions, quelque chose de commun. La science n'a fait que confirmer ici les premières conclusions du bon sens. La matière passe dans tous les corps et sous toutes les formes, comme à travers un crible ; elle monte par voie de transformation du minéral à la plante, de la plante à l'animal, de l'animal à l'homme luimême ; elle.est tour à tour solide, fluide, gazeuse, elle revêt toutes les formes et prend tous les états ; elle est céleste ou terrestre, car les globes qui roulent sur nos têtes

ne paraissent pas différer du nôtre quant à leurs composants. Après avoir regardé plusieurs éléments comme premiers, la science soupçonne qu'ils sont tous composés d'un principe commun et passif. Or c'est là ce qu'on appelle la matière première. Mais en même temps que nous trouvons dans tous les corps quelque chose de commun, qui persiste à travers tous les changements, sans augmenter ou diminuer, nous trouvons aussi des différences très grandes,qui établissent mille contrastes et mille variétés. Or ces principes de la diversité des corps nous les appelons des formes. Les unes sont accidentelles, comme la forme proprement dite, qui est de sa nature tout extérieure ; les autres sont substantielles : tels sont les principes qui spécifient les corps, en particulier les corps animés, l'homme, l'animal et la plante (1). Nous avons ajouté que la matière et la forme sont de vraies causes. Cela résulte de leur nature et de leur rôle. C'est grâce à la matière, en effet, et mieux encore à la forme, que les êtres corporels sont composés, produits, arrivent à l'existence, deviennent réels, de possibles qu'ils étaient. On peut se demander enfin si la matière peut être dite cause par rapport à la forme et réciproquement. — On répond qu'il y a en effet, entre elles une certaine causalité réciproque : la matière soutient la forme, elle est son sujet ; et la forme donne à la matière d'exister distinctement, d'entrer dans un être réel et déterminé (2).

(1) Dans ces derniers temps on a prétendu (Hamelin et même M. Rivaud) que, dans la doctrine d'Aristote, la matière première n'était pas une réalité, mais un concept, une possibilité. Cette interprétation de l'aristotélisme n'est pas admissible. Pour Aristote, comme pour saint Thomas, la matière première est une réalité fondamentale, qui est déterminée par la forme.

(2) Cf. S. Th., Opusc. De principiis naturœ. De veritate, q. 9, a. 3, ad. 6.

CHAPITRE XXX

DE LA CAUSE FINALE (1).

536. La cause finale ; ses espèces. — La cause finale est ce pourquoi l'effet est produit : elle termine l'œuvre, dans l'ordre de l'exécution, après l'avoir commencée dans l'ordre de l'intention. La cause finale s'identifie avec la fin, et celle-ci avec le bien. La division de la cause finale coïncidera donc naturellement avec celle de la fin, et aussi avec celle du bien. 19 Or la fin est dite dernière ou intermédiaire ou prochaine. Celle-ci est la première obtenue, la première atteinte dans l'ordre de l'exécution, mais la dernière voulue dans l'ordre de l'intention. La fin dernière, au contraire, est celle sur laquelle se porte d'abord l'intention ; les autres ne sont voulues successivement qu'à cause d'elle. 2° La fin est objective ou formelle. La fin objective c'est la chose même qui est recherchée. La fin formelle c'est - l'obtention même de celle-ci. 39 La fin est principale ou accessoire. La première détermine l'action ; la deuxième ne fait que la favoriser. Gagner la bataille et servir son pays doit être la fin prin

(1) V. DE RÉGNON, Métaphysique des causes ; Jean NAUJoKAs, De causa finali apud Anaxagoram, Socratem et Platonem, 1903, thèse soutenue à l'Univ. de Fribourg ; DE VORGES, Cause efficiente et cause finale, 1888. ; Lucien RoURE, Un débat sur les causes finales (Etudes du 20 janv. 1903) ; La cause exemplaire, dans Revue Aug., déc. 1907.

cipale d'un général d'armée; acquérir de la gloire ne doit être qu'une fin accessoire.

2° On distingue la fin de l'œuvre et la fin de l'ouvrier ou de l'agent. La première est objective : c'est la fin à laquelle tend l'œuvre de sa nature ; la deuxième est subjective, elle est dans l'intention. L'enfant prend un remède pour plaire à sa mère ; mais son acte a pour fin la santé.

59 La fin est naturelle ou surnaturelle. Celle-ci est audessus des forces de la nature et ne peut être obtenue que par la grâce divine : ainsi la vision de Dieu. (V. encore Vocab. : Fin.) ,

On peut résumer toute la doctrine sur la cause finale dans la thèse suivante :

THÈSE. — La fin est une vraie cause, distincte de la cause efficiente, et plus importante qu'elle à certains égards. Elle est non moins universelle. D'où il suit

qu'il n'y a point de place pour le hasard ou la fortune. La recherche des causes finales n'est pas inutile dans les sciences. A la cause finale on peut rapporter la cause exemplaire ou l'idéal.

537. La fin est une vraie cause. — Il est étrange qu'une pareille vérité ait pu être niée. Voici par quelles subtilités. Les Epicuriens, Spinosa, etc., ne distinguent pas la fin d'avec l'effet , tous les ennemis des causes finales ne pensent pas autrement aujourd'hui. D'après eux, les forces qui agissent en ce monde et produisent tous les phénomènes ne sont sollicitées par aucune idée préconçue, par aucun but à obtenir : elles sont seulement de nature à produire tels et tels effets liés entre eux. L'ordre de l'exécution est rigoureux ; les effets sont les conséquences des causes efficientes : mais cette logique des effets n'est pas antérieure à leur production ; il n'y a pas d'ordre d'intention, il n'y a que l'ordre d'exécution. C'est notre esprit qui prête à la nature ses propres pensées et renverse l'ordre réel en le considérant du point d'arrivée,

en plaçant les causes à la place des effets et ceux-ci à la place des causes. Bref, la fin est un simple effet de la cause efficiente : elle n'agit pas sur la cause efficiente, qui est déterminée par sa nature même. On voit par là que la négation des causes finales entraîne le déterminisme absolu. Cette seule considération vaut déjà une réfutation. Mais il faut opposer des raisons directes. La fin c'est le bien, et c'est le propre du bien d'attirer à lui les natures qui le connaissent. Le bien devient donc une vraie cause, dès qu'il est connu, aimé, désiré. Ajoutons que cette cause est indispensable, si la cause efficiente est un être intelligent. On ne peut pas le nier en ce qui concerne les actes. humains. Il ne suffit pas d'avoir dans sa nature et entre ses mains tous les moyens d'agir : il faut encore qu'un bien à obtenir nous apparaisse et nous sollicite ; et nul d'entre nous ne confondra cette fin, cet idéal que nous cherchons à réaliser, avec l'effet qui sera réalisé. Celui-ci dépend de notre action; mais notre action à son tour dépend de l'idéal ou de la fin. Notre activité, il est vrai, se meut comme dans un cercle, elle retourne à son principe ; elle va du bien désiré au bien réalisé ; le bien est tout à la fois principe et fin ; c'est du bien que part l'impulsion et c'est au bien qu'elle aboutit : Appetitivus motus circulo agitur (1). Mais on accordera du moins, et cela nous suffit, que la même chose n'est point principe et terme, cause et effet, sous le même rapport : elle est cause comme idéal, elle est effet comme réalité. L'intention se porte d'abord sur l'effet préconçu : celui-ci en tant que connu et aimé, nous presse d'agir ; et en tant que réalisé, il est le fruit de notre action. Mais il n'est pas permis de confondre l'idéal avec le fait, ni par conséquent la cause finale avec l'effet. Ajoutons que l'effet, quel qu'il soit, n'épuise jamais l'idéal que nous avons conçu, il ne répond jamais pleinement à ce que nous avons cherché, et c'est là une

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