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dents ; et leur réalité, comme nous le verrons, ne se confond pas avec celle de la substance. Ces accidents sont la qualité et la quantité. Ils sont opposés aux accidents modaux ou relatifs.

Ceux-ci n'ont pas de réalité distincte de la substance ou plutôt des accidents plus importants qu'ils affectent immédiatement : telle est l'attitude de l'homme, elle n'est pas distincte réellement de l'homme ou plutôt de sa forme extérieure ; telle est encore l'intensité de la chaleur d'un corps, elle n'est pas réellement distincte de la chaleur.

Mais les définitions précédentes ne sont pas reçues par tous les philosophes. Les cartésiens et nombre d'autres regardent tous les accidents comme de simples modes ou états de la substance, à ce point qu'ils n'en seraient pas réellement distincts. Leibniz partagea d'abord cette opinion, en l'atténuant, mais il l'abandonna ensuite pour l'opinion scolastique. Plus d'un philosophe catholique, tout en croyant s'attacher aux doctrines scolastiques, a regardé tous les accidents sans exception comme des modes, d'ailleurs réellement distincts de la substance. Mais, en admettant même que des modes accidentels soient réellement distincts du sujet qu'ils affectent, comment pourraient-ils exister sans ce sujet ? Nous établirons donc la thèse suivante :

THÈSE. Dans les créatures, il y a, outre la substance, des accidents dits absolus (qualité et quantité), qui en sont réellement distincts, si bien qu'on ne voit pas qu'il pugne que Dieu les conserve indépendamment de leur substance. Spécialement pour la quantité, son essence n'est pas celle de la substance corporelle et elle ne consiste pas dans la divisibilité et l'étendue extérieures, mais plutôt dans la divisibilité et l'étendue intérieures. — A ux accidents absolus s'ajoutent les relations, dont plusieurs sont réelles.

491. Accidents réellement distincts de la substance. — La distinction réelle de la substance d'avec ses principaux accidents se prouve par les considérations suivantes. Ce , qui existe ou n'existe pas sans que la substance ellemême cesse d'être ; ce qui la modifie étonnamment et lui vaut une foule de perfections ou de qualités ; ce qui est le principe ou le terme d'opérations remarquables et très efficaces, que la substance ne pourrait exercer ni recevoir par elle-même, doit être quelque chose de surajouté à la substance et de réellement distinct. Or tels sont les accidents principaux. Que l'on considère, par ex., les substances corporelles : c'est par la forme, la dimension, la dureté, l'éclat, la souplesse et autres qualités sensibles qu'elles sont belles ou repoussantes, utiles ou nuisibles, précieuses ou viles. Or la plupart de ces accidents ou même tous peuvent exister ou disparaître sans que la substance perde rien d'elle-même ; ils permettent à la substance d'agir ou de subir elle-même l'action des causes extérieures. Bref, et puisque les substances ne sont connues que par les accidents, on peut dire que toutes les différences si variées et si étonnantes que nous observons entre les corps tiennent aux accidents. Il en est de même pour les esprits. La science, les connaissances, les habitudes, les plus hautes facultés, le génie lui-même, que sont-ils à les prendre en eux-mêmes ? Des accidents. Les vertus elles-mêmes,avec le dévouement, la générosité, l'héroïsme, n'ont pas d'autre caractère. A ce titre, ils peuvent jusqu'à un certain point augmenter ou diminuer, apparaître même ou disparaître, sans que la substance ou la personne ait rien perdu de son identité. Les transformations morales sont infiniment plus remarquables que celles qui s'accomplissent dans les qualités sensibles. En vérité, la substance ne suffit donc pas à tout expliquer formellement ; il s'y ajoute des réalités distinctes. On peut hésiter sur le degré de cette distinction, mais non sur la distinction elle-même. Ici encore il est permis de s'éclairer des vérités de la foi. Elle nous enseigne que l'âme, sans cesser d'être naturelle, est ornée de vertus et de qualités surnaturelles.

Comment cela se ferait-il, si l'âme n'était pas réellement distincte de ses qualités ? Essayons maintenant de préciser la distinction que nous venons d'établir. Faut-il la qualifier d'entitative et dire, par conséquent, que l'accident diffère de la substance comme une chose d'une autre, ou bien suffit-il de la qualifier de modale ? Il ne nous paraît pas que la distinction modale suffise; car le mode est inséparable de la chose qu'il affecte ; or la théologie, sinon la foi, enseigne que les accidents eucharistiques sont séparables de la substance. Mais nous convenons qu'il est bien difficile à la seule raison de préciser le degré de la distinction et surtout de l'exprimer. 492. Accidents absolus : peuvent-ils exister séparément?— On ne voit pas qu'il répugne que Dieu conserve les accidents absolus indépendamment de leur substance, comme cela paraît avoir lieu dans l' Eucharistie. Ici, nous ne prétendons point démontrer positivement que certains accidents absolus peuvent exister sans leur substance : nous prétendons seulement qu'on n'y voit pas d'impossibilité (1). Ces deux prétentions sont bien différentes, et nous choisissons la plus modeste. Certains accidents absolus, comme la quantité et les qualités sensibles, peuvent-ils être séparés de leur substance ? La raison ne peut répondre ni oui ni non. Elle ne peut répondre négativement ; car elle ne voit pas de contradiction à ce que ces accidents existent séparément. Ils ont une réalité distincte de celle de la substance et nous ne voyons pas qu'ils soient de simples modes de la substance. Ils ont besoin, il est vrai, d'un sujet, car leur existence dépend de la sienne ; mais pourquoi Dieu par sa toute-puissance, ne suppléerait-il pas ici à l'absence et à l'action de la cause seconde ? Ce qui est essentiel à l'accident ce n'est pas de dépendre d'une substance,

(1) S. Thomas est plus affirmatif. Il est vrai qu'il se place plutôt au point de vue théologique (3o, q.77, a. 1). - -

mais d'être soutenu dans son existence ; ce n'est pas non plus d'avoir un sujet actuellement, mais d'être fait pour un sujet, pour une substance (Est definitio accidentis : cui debetur esse in alio). Prenons garde à cette distinction et nous résoudrons les objections suivantes :

493. Objections — 1° L'accident est ce qui existe dans un autre ; être dans un autre, c'est là même l'essence de l'accident : accidentis esse est inesse. Donc l'accident séparé de sa substance est une impossibilité absolue. Rép. — L'accident est ce qui, par nature, par aptitude, existe dans un sujet, mais il n'est pas essentiel à l'accident d'exister actuellement dans un sujet. Ce qui est contradictoire c'est seulement de concevoir un accident sans rapport avec la substance. Instance. — Mais ces accidents séparés seraient actuellement de véritables substances, puisqu'ils n'existeraient pas de fait dans une substance, mais en eux-mêmes. Rép. — Ils n'existeraient pas de fait dans une substance, mais ils ne se suffiraient pas cependant pour exister et auraient besoin à cet effet d'une action spéciale de Dieu : ils n'existeraient donc pas précisément en euxmêmes ; leur condition d'existence serait changée, mais non leur nature. Instance. — Et puis l'accident est essentiellement relatif à la substance ; sans celle-ci, il n'y a donc plus d'accident. Rép. — L'accident est essentiellement relatif à la substance, mais il n'est pas constitué par cette relation : on ne peut le concevoir sans cette relation, mais il peut exister sans que cette relation trouve son terme réel du côté de la substance. 2° La pensée, la volonté, l'intelligence, la science, la vertu, qui sont des actes ou des habitudes ou des facultés de l'esprit, ne peuvent absolument pas exister sans leur substance. Il n'est pas moins absurde de supposer des accidents corporels séparés de leur substance.

Rép. — Il n'y a point parité entre les accidents de l'esprit et ceux du corps. L'esprit vit et d'une manière supérieure : de là un commerce étroit entre la substance spirituelle et tout ce qui la modifie. Mais le corps ne fait que soutenir l'existence de ses accidents. [ #

3° Jamais le bon sens ne pourra admettre, par ex., que la rondeur d'une pièce de monnaie puisse exister sans cette monnaie. Or ce que le bon sens dit de la rondeur, il faut le dire de tous les accidents.

Rép. Cette question n'est pas de la compétence du bon sens mais de la science. Au reste, même le bon sens, s'il est aidé par la réflexion, n'oserait prononcer absolument que la rondeur d'une pièce de monnaie est inséparable de cette monnaie. Pourquoi la forme ronde de cette pièce de monnaie n'en serait-elle pas séparable, lorsqu'il ne répugne point qu'une forme exactement semblable se reproduise ailleurs que dans cette pièce de monnaie ? Ce qui répugne c'est que la rondeur existe sans une forme, une dimension, une quantité qu'elle modifie ; mais pourquoi la quantité ne serait-elle pas possible sans la substance ? Les phénoménistes, moins que les autres, ont le droit de nous le contester.

494. L'essence de la quantité n'est pas celle de la substance.—Cette affirmation est une conséquence de la précédente. Car la quantité est l'accident principal dans les corps, il sert comme de fondement aux autres. Si donc il y a une distinction réelle entre la substance corporelle et quelques-uns de ses accidents,la quantité est de ce nombre.

Considérons en particulier que la quantité offre des caractères tout à fait distincts de ceux de la substance ; la divisibilité est ce qui la distingue : la substance, au contraire, existe tout entière sous chaque partie de la quantité totale ; elle est divisible par la quantité et non par elle-même : Subtracta quantitate, substantia remanet indivisibilis (saint Thomas). L'océan a des parties sans

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