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maintenant en montrer la réalité. De plus, comme parmi les substances il y en a de très nobles, qui sont les personnes, nous devons analyser la personne, la distinguer de la nature et surtout de la mémoire et de la conscience par lesquelles il lui est donné de se connaître.

THÈsE. Le concept de substance n'est pas une fiction de l'esprit, mais il exprime quelque chose de réel et d'objectif. Avec la substance, il y a dans les créatures intelligentes et complètes la personnalité, qu'on peut regarder comme réellement distincte de la nature particulière de chacune d'elles. En tout cas, on ne saurait la confondre d'aucune manière avec la mémoire et la conscience, par lesquelles la personne prend connaissance d'elle-même.

484. Objectivité de la notion de substance. — D'après Locke et, en général, d'après les sensualistes et les empiriques, la substance, celle du moins que nous connaissons, ne serait qu'un groupe d'idées sensibles ou de sensations. Un fruit, par ex., nous est présenté ; sa couleur, sa forme, son goût, tout ce que les sens nous apprennent de ce fruit serait toute l'idée de la substance de ce fruit. Autant vau· drait dire, et plusieurs ne reculent pas devant cette conséquence, que ce fruit n'a pas d'autre réalité que celle que nous percevons. Mais cela n'est pas admissible. En effet, 1° toutes ces qualités sensibles que nous percevons supposent un sujet dans lequel elles existent, à moins de dire qu'elles subsistent en elles-mêmes et de les prendre ainsi pour des substances. Mais, quelle que soit l'explication à laquelle on s'arrête, il faut supposer quelque chose qui existe en soi, et c'est là ce qu'exprime notre concept de substance. C'est en vain qu'on voudrait ne retenir que les phénomènes, les sensations, etc. Ces phénomènes ont nécessairement un sujet, ces sensations ont une cause, et celle-ci, qualité ou substance, existe en soi ou dans un autre. De plus, cette collection de - sensations ou de phénomènes, ce faisceau, pour ainsi dire, doit avoir un lien, une racine commune ; or c'est là ce que nous appelons la substance. De quelque manière qu'on s'y prenne, celle-ci est donc réelle, elle n'est pas purement imaginaire, elle n'est pas non plus purement abstraite : notre concept de substance exprime donc une réalité, ou bien il faut dire que rien n'est réel. Car si les réalités fondamentales s'évanouissent, que deviennent les autres ? Si rien n'existe en soi, que deviennent les accidents, les qualités, la force, le mouvement ? La base du monde comme de nos concepts ce sont les sujets, les substances. | 29 Le langage témoigne de cette vérité. Sans le nom ou substantif, qui répond à la substance, il n'y a pas de pr0position, pas de langage. Tout adjectif se rapporte à un substantif, tout attribut se rapporte à un sujet, le verbe lui-même suppose un sujet qui agit ou qui souffre et il sert à relier l'attribut au sujet : toujours le sujet est impliqué dans le langage, même le plus abrégé ou le plus déformé. Mais n'est-ce pas là un indice de la vérité et de la nécessité même des choses ? 3° Tout ce que nous avons dit pour démontrer l'objec- tivité ou la réalité des universaux (chap. xv) trouve ici son application ; car la substance, considérée comme catégorie ou genre suprême, doit être comptée parmi les universaux. Quant à la substance première on individuelle, elle est formellement réelle, c'est-à-dire purement'et simplement. Les objections que peut soulever cette doctrine se résolvent facilement, si l'on observe les distinctions suivantes : Nos sens, il est vrai, ne perçoivent directement que des qualités sensibles ; mais notre esprit comprend la nécessité d'une substance, il a une notion précise de la substance : il la connaît, la distingue, la classe par ses qualités, comme il connaît, distingue, classe une cause par ses effets. Si la substance s'évanouit lorsque les accidents, les qualités sensibles disparaissent : la quantité, l'énergie, etc., il ne s'ensuit pas que la substance soit ces qualités ellesmêmes ; il s'ensuit seulement que ces qualités sont le signe de la présence de la substance. — De la substance en général venons à la personne.

485. La personnalité. — Avec la substance il y a dans la créature intelligente et complète la personnalité. Marquons ici avec soin les caractères propres de la personne. Il faut entendre, par la personne, la substance individuelle d'une nature intelligente : Rationalis naturae individua substantia, dit Boèce. La personne est une substance individuelle, c'est-à-dire complète et incommunicable. Toute substance n'a pas cette perfection ; elle n'est pas toujours un sujet proprement dit, un individu ou une hypostase : la feuille de l'arbre, la main de l'homme, l'âme humaine sont des substances, mais non pas des sujets complets. Si on peut les regarder comme des sujets, des suppôts ou hypostases, c'est après leur séparation. C'est ainsi que le cardinal Zigliara accorde le nom d'hypostase à une partie séparée de son tout. Mais cette dénomination n'est vraie que dans un sens large, si l'on regarde comme hypostase une substance qui n'a qu'une indépendance et une individualité accidentelle ou de circonstance (1). to Pour parler ici particulièrement des substances inférieures, il y a une individualité, une indépendance accidentelle qui provient d'une séparation, mais qui ne suffit point par elle-même à constituer l'hypostase, à former un nouvel individu, un nouveau sujet. C'est cette individualité que nous trouvons dans les éléments, eau, air, bois, pierre, qui se fractionnent à l'infini, sans former cependant des sujets nouveaux et bien distincts. Mais l'individualité proprement dite, celle qui fait l'hypostase, nous ne la trouvons que dans les êtres vivants.

Maintenant, si à la vie ces sujets joignent l'intelligence, nous avons la personne. Tout ce que nous avons dit du sujet proprement dit s'applique à la personne, qui jouit

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en outre des priviléges incomparables de l'intelligence. En expliquant donc la définition par laquelle nous avons commencé, nous dirons que la personne est une substance individuelle et intelligente, complète, s'appartenant, relevant d'elle-même, plus ou moins maîtresse de ses actes et incommunicable. Nous avions donc raison de dire qu'avec la substance il y a dans les natures intelligentes et complètes la personnalité. C'est là une perfection distincte, au moins logiquement, de la nature elle-même. Mais cette distinction est-elle réelle ?

486. Distinction de la personne et de la nature. — Nous admettons que, dans les créatures, la personne en tant que personne ou la personnalité est réellement distincte de la nature particulière de chacune d'elles. Précisons le sens de cette affirmation. Il serait superflu de dire que la personne est réellement distincte de la nature spécifique; car il est évident que la personne ajoute à l'espèce humaine, dans chacun de nous, les réalités individuelles. La personne est distincte de la nature spécifique, comme la substance première est distincte de la substance seconde. Mais la personne de Pierre, par ex., ajoute-t-elle quelque perfection à la nature particulière de Pierre ? la personne qui agit dans Pierre, ajoute-t-elle quelque perfection à la nature par laquelle cette personne agit ? On peut l'affirmer, en s'appuyant sur les considérations suiVantes :

La personne, avons-nous dit, est une substance complète et intelligente, qui s'appartient, et si bien, qu'elle est incommunicable. Pesons ce dernier mot. Une chose peut être communiquée à une autre de trois manières principales : 19 comme l'universel est communiqué au particulier, le genre et l'espèce à l'individu (ainsi l'humanité est communiquée à Pierre) ; 2° comme la partie est communiquée au tout (ainsi l'âme, au composé humain) ; 3° comme une nature est communiquée à une hypostase (ainsi la nature humaine en J.-C. est communiquée au Verbe). Or la personne n'est communicable d'aucune de ces manières. La nature particulière, au contraire, n'est incommunicable que de la première manière : elle peut entrer dans un tout substantiel, comme l'âme dans le corps ; elle peut appartenir à une personne supérieure, comme l'humanité du Christ appartient à la personne du Verbe. Il suit de là que l'on ne peut confondre absolument la personne et la nature, puisque les propriétés de la première, propriétés des plus importantes, ne sont point celles de l'autre : il doit y avoir quelque différence dans leurs réalités respectives. - _

Cette conclusion philosophique se confirme, si l'on consent à s'éclairer des vérités de la foi. Le Verbe divin a pris la nature humaine de J.-C. sans prendre la personne humaine. Mais on ne voit guère comment cela eût été possible, si la nature et la personne n'étaient pas réellement distinctes.

Toutefois l'opinion opposée n'a rien par elle-même de contraire à la foi ni de téméraire. Bannez et autres thomistes en conviennent. D'ailleurs il est possible de concilier jusqu'à un certain point les deux opinions, en disant que la distinction entre la personne et la nature, tout en étant réelle, est modale seulement. Telle est, au fond, l'opinion de Sanseverino et du P. Liberatore. Le cardinal Zigliara essaie bien de démontrer que la distinction est plus que modale ; mais son argument prouve seulement que cette distinction est plus importante qu'une distinction logique ou accidentelle. Or nous convenons bien vite que le mode dont il s'agit est substantiel ; la personne diffère de la nature non pas comme une chose d'une autre, mais comme une chose de son mode d'existenCe.

487. La personnalité n'est pas une négation. — Ces explications ne satisfont pas Scot ni les cartésiens. Ils pensent que la personnalité est quelque chose de négatif, elle consisterait en ce que la nature subsisterait distincte

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