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On ne peut donc souscrire à la critique méprisante et superficielle que l'auteur de la Logique de Port-Royal a faite des catégories d'Aristote. On ne peut non plus leur substituer celles des pythagoriciens, ni celles des stoïciens, ni celles de Kant, etc. . 1° Les pythagoriciens, au dire d'Aristote, comptaient les dix catégories suivantes : le fini et l'infini, l'impair et le pair, l'unité et la pluralité, le droit et le gauche, le mâle et la femelle, le repos et le mouvement, le droit et le courbe, la lumière et les ténèbres, le bien et le mal, le carré et toutes les figures à côtés inégaux. — Mais on voit que les pythagoriciens se sont bornés à une énumération des contraires ; leurs catégories ne divisent pas l'être luimême ; elles manquent d'ordre et de profondeur. 2° Les stoïciens ramènent les catégories d'Aristote à quatre : la substance, la qualité, le mode et la relation. Cette énumération pèche surtout par défaut. Que devient la quantité, avec l'espace et le temps, qui sont analogues entre eux, mais qui ne peuvent être réunis sous un même concept général ? | - 3° Kant énumère douze catégories : l'unité, la pluralité et la totalité ; l'affirmation, la négation et la limitation ; la substance, la causalité, la communauté ; la possibilité, l'existence, la nécessité. Ces catégories, qui, d'après Kant, sont les formes de l'entendement humain, répondent à douze espèces de jugements qu'il distingue préalablement (1). — Mais les catégories de Kant sont

qui s'explique par le mouvement. — Quant à la catégorie de l'avoir (10e catég.) dans la table d'Aristote), elle convient à tous les modes accidentels (on est sa substance ; on a ses accidents). Ou bien on peut comprendre sous ce nom les accidents qui ne rentreraient pas dans les précédents : certaines circonstances, etc. (1) Cf. Histoire de la philosophie : Kant, ses catégories. — Ici viendrait la critique des catégories proposées par le chef du néo-criticisme français, Renouvier. Il regarde la relation comme la catégorie fondamentale ; puis viennent le nombre, l'étendue, le temps, la qualité ; enfin la cause, la fin et la personnalité (V. Hist. de la phil. ; Louis PRAT, Derniers entretiens de Ch. Renouvier, 1905).

! - - - - - CHAPITRE XXVI 531 ·

trop subjectives. Il les dérive des jugements, qui sont subjectifs dans leur forme, et qu'il divise d'une manière . assez arbitraire. Il n'est pas étonnant ensuite que les concepts transcendants soient mêlés aux catégories et qu'elles servent à tout compliquer au lieu de tout éclairClI'. 4° Cousin n'est pas plus heureux quand il ramène tout à l'absolu et au contingent (1). L'absolu est une notion transcendante ; et si,, par absolu, on entend seulement ce qui n'est pas constitué par une relation, l'absolu comprend alors lasubstance créée, qui pourtantest contingente. Nous pouvons donc conclure tout au moins avec Barthélemy-Saint-Hilaire : « S'il fallait se prononcer pour un système de catégories, c'est encore celui d'Aristote qui semblerait le plus acceptable. » ,

479. La substance. L'essence. — La première catégorie est la substance (sub stare, être sous ; en grec ÛTcxespeycy, sujet). Cette dénomination est juste, car la substance est ce qui existe en soi, ce qui subsiste, et sert de sujet aux accidents (2). On ne peut la définir, à proprement parler, puisqu'elle est un genre suprême ; entre elle et les autres réalités, il y a donc analogie et diversité plutôt que différence. | Mais l'idée que nous avons de la substance n'en est pas moins claire. Par exemple, nous ne saurions la confondre tout à fait avec l'essence. Celle-ci indique la nature, l'entité, les principes constitutifs, tandis que la substance indique plutôt et formellement le mode d'être, d'existence. Il est vrai qu'Aristote et les Pères grecs prennent le mot cbg(x tantôt dans le sens d'essence, tantôt dans le sens de substance ; mais ils ne confondent pas pour

(1) On dit plutôt, aujourd'hui, l'absolu et le relatif. On prétend même que l'absolu (les essences, les natures, Dieu surtout) échappe à notre connaissance. D'où l'agnosticisme et le relativisme (V. dans la Revue thomiste, 1906 janv.-févr., Catégories de l'absolu et du relatif).

(2) Cf. S. Th. De Potentia, q. 9, a. 1.

cela ces deux concepts. La substance est ce qui est en soi : l'essence est ce par quoi une chose est ce qu'elle est ; la notion d'essence est transcendante : celle de substance ne l'est pas ; soit la substance, soit l'accident ont leurs essences respectives, mais l'accident ne subsiste pas.

480. Origine de cette notion. — La notion de substance est primitive. En effet, au spectacle des changements qui surviennent dans les choses, l'esprit ne tarde pas à distinguer entre l'accident qui passe (chaleur, mouvement, couleur, figure) et la substance qui demeure. De plus, en réfléchissant sur lui-même, il constate mieux encore cette différence entre ses pensées, qui s'évanouissent ou s'écoulent sans cesse, et sa personne, qui subsiste. Les notions de substance et d'accident sont à ce point naturelles, fondamentales, primitives, que le langage en porte partout l'empreinte : toute proposition, par là même qu'elle se décompose en sujet et attribut, suppos la distinction de la substance et de l'accident. l ,

481. La substance est connue par l'accident. — Remarquons, en outre, que la substance est connue par l'accident, c'est-à-dire par ses qualités, sa forme, sa figure, son action. Ce sont, en effet, ces modes qui tombent d'abord sous notre attention ; de même qu'en nous ce sont d'abord nos pensées et nos affections qui nous sont présentes, c'est par elles que nous atteignons le moi. La substance nous est donc manifestée par l'accident que nous observons : nous la connaissons d'abord par opposition à l'accident et comme son sujet. Mais cette première notion n'est que la préparation d'une autre plus profonde, plus positive. Le sujet définitif des accidents ne doit pas exister dans un autre sujet, il doit exister en soi : tout accident suppose en définitive une substance, comme tout effet suppose une cause.

C'est pourquoi nous définissons la substance : ce qui existe en soi, plutôt que : ce qui n'est pas un accident, ou : ce qui est le sujet d'accidents. Cette dernière définition serait même fausse ou ne conviendrait qu'à la substance créée. Quant à la précédente, elle est négative, tandis que la nôtre est très positive comme ce qu'elle exprime. — Après ces explications, nous critiquerons certaines définitions fausses ou incomplètes et dangereuses.

482. Critique de quelques définitions. -- 1° Aristote signale des philosophes anciens qui confondaient la substance et le corps, et définissaient par conséquent la première par le second. Hobbes et en général les matérialistes commettent nécessairement la même confusion. Mais le corps n'est qu'une substance sensible, étendue, et il . n'est pas permis de supposer que toute substance est corporelle ; le corps est seulement la substance la plus facile à connaître de quelque manière et la seule qui s'imagine : voilà pourquoi quelques Pères de l'Eglise, et Tertullien en particulier, emploient le mot de corps à la place de celui plus abstrait de substance. / 2° On ne saurait approuver non plus sans restriction la définition cartésienne de la substance : ce qui existe d' une manière indépendante. Prise au pied de la lettre, cette définition ne s'applique qu'à la substance divine, qui seule existe indépendamment. De là à dire qu'il n'y a qu'une substance en ce monde (et c'est l'erreur du spinosisme) il n'y a qu'un pas. Mais il est absurde de confondre ce qui existe en soi et non pas dans un autre, avec ce qui existe par soi, indépendamment, sans cause extrinsèque, c'est-à-diré Dieu. 3° Cousin ne rencontre pas mieux, quand il cherche la substance dans l'absolu. La substance n'est pas l'absolu à tous égards, elle est seulement ce qui ne se rapporte pas à un sujet ; mais la substance finie se rapporte fort bien à une cause extrinsèque, à un Créateur. 4° Il ne suffit pas non plus de dire avec Leibniz, Wolf, Genovesi, Kant, Maine de Biran, et nombre de spiritualistes modernes, que la substance est une cause, un être doué de force. Plusieurs définissent même la substance

comme une force. Mais, bien que toute substance soit douée de force et soit une cause, la notion de substance n'est point la notion de cause, encore moins celle de force. La force, par elle-même, n'est qu'un accident et suppose un sujet, qui est fort. Bref, la substance et l'accident ne sont pas exactement dans les mêmes rapports et n'expriment pas précisément les mêmes réalités que la cause et l'effet, ni que l'absolu et le contingent ; mais la substance est simplement ce qui existe en soi, tandis que l'accident est ce qui existe dans un autre.

. 483. Espèces de substances. — 1° En raison de l'abstraction, la substance est dite première ou seconde, c'està-dire physique ou métaphysique. La substance première est la substance concrète, individuelle : par ex. Pierre et Paul, telle plante, tel animal. La substance seconde, c'est la substance abstraite, qui ne subsiste et n'est réelle que dans la première, par ex. l'homme impersonnel, la plante, l'arbre. Comme le font observer les scolastiques, la substance première n'est pas dans un sujet et n'est pas affirmée d'un sujet ; la substance seconde n'est pas dans un sujet, mais elle est affirmée d'un sujet. 2° En raison de sa perfection, la substance est complèle ou incomplète. Ex. de la première : l'esprit pur, Dieu. Ex. de la seconde : l'âme de l'homme et l'âme de la bête, qui sont destinées à entrer dans un composé. Mais l'âme de la bête est incomplète, même au point de vue de la substantialité, car elle ne peut exister seule, tandis que l'âme de l'homme n'est incomplète qu'au point de vue de l'espèce. L'âme humaine est immatérielle, immortelle, parce que, malgré son union avec le corps, elle exerce des actes spirituels ; elle peut donc exister sans lui. 39 Enfin, au point de vue de l'unité, la substance est simple ou composée. Dieu, l'ange, l'âme humaine sont des substances simples ; l'homme, l'animal, la plante sont des substances composées. Après avoir établi la vraie notion de la substance il faut

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