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Remarquons maintenant que dans tout changement, ce qui change, ou le sujet du changement, passe quant à quelque chose de ses réalités ou de ses attributions, mais demeure quant au reste. — Donc l'être qui est susceptible de changement est imparfait, en tant du moins qu'il est sujet au changement, il est composé, il est contingent, etc. — Au contraire, toutes choses égales d'ailleurs, l'être est d'autant plus parfait, simple, nécessaire, qu'il est plus immuable. — Enfin toute créature, est plus ou moins muable, selon qu'elle est plus ou moins contingente, composée, finie, Dieu seul est absolument immuable, nécessaire, simple, infini.

On voit très bien maintenant le sens et la vérité de notre proposition : le muable suppose l'immuable. Le muable ne suppose pas l'immuable comme son élément ou sa cause intrinsèque, ni comme son principe de connaissance ; mais il le suppose comme sa cause extrinsèque. Rien ne peut changer sans y être déterminé de quelque manière, c'est-à-dire sans être à cet effet (ici nous donnons au mouvement le sens d'acte). Mais le mouvement suppose en définitive un premier moteur absolu, immuable lui-même. Bref, le muable suppose l'immuable dans l'ordre réel et absolu, comme la puissance suppose l'acte, et le contingent le nécessaire. Chaque thèse de la métaphysique soutient ainsi quelque dogme de la théodicée (1).

(1) Cf. LABEYRIE, Dogme et Métaphysique.

CHAPITRE XXVI

DES CATÉGORIES EN GÉNÉRAL ET EN PARTICULIER DE
DE LA sUBsTANCE. — DE LA PERsoNNE. (1)

475. Les catégories. — Les catégories sont les modes spéciaux de l'être, les genres suprêmes auxquels se ramènent toutes choses.

Les catégories sont des modes de l'être, et non pas des espèces d'être proprement dites ; car l'être n'est pas un genre par rapport aux catégories, qui en sont les déterminations particulières. On a vu que l'être est transcendant, c'est-à-dire au-dessus de tout genre. Les catégories, la substance et la qualité par exemple, n'ajoutent pas de différence à l'être, elles n'expriment pas de réalité nouvelle, elles expriment seulement une manière d'être (2).

Il faut dire ensuite que les catégories sont des modes spéciaux de l'être. Et en cela elles diffèrent des notions transcendantes ; chaque catégorie convient à un ordre d'êtres seulement. Tout être n'est pas substance, ni accident, ni qualité, etc., tandis que tout être est un, vrai, · bon. [ Enfin les catégories marquent les genres suprêmes, c'est-à-dire les réalités les plus générales qui se trouvent dans les êtres.

(1) Cf. Revue thomiste (1900 janvier), Une nouvelle critique des dix catégories d'Aristote. — Cl. PIAT, Aristote, 1903 ; La personne humaine, 1898. — HUGON, Les notions de nature, substance, personne (Revue thomiste, 1908 janv.-février).

(2) Cf. S. Th. De Veritate, q. 1, a. 1.

476. Les catégories en logique et en métaphysique. — Considérées formellement comme genres, comme concepts ou attributs, les catégories viennent en logique, et nous en avons déjà traité ; considérées comme modes de l'être réel, elles viennent en métaphysique. Mais on aurait tort de ne traiter des catégories qu'ici ou là : ce serait confondre l'ordre idéal et l'ordre réel (ainsi Hégel). On aurait tort aussi de distinguer deux sortes de catégories : logiques et métaphysiques (ainsi Rosmini). Ce sont les mêmes catégories en logique et en métaphysique : ici, considérées comme objectives ; là, comme subjectives. Selon l'aspect sous lequel on les considère, elles sont une classification des concepts ou une classification des réalités, c'est-à-dire des choses que ces concepts expriment.

477. Les catégories dérivent de l'être con:idéré comme attribut. — Les catégories expliquent et divisent l'être réel, elles dérivent de lui. C'est dire déjà qu'elles se rattachent à l'être en tant que tel, c'est-à-dire existant. Rappelons les trois acceptions principales du mot être : il signifie l'essence, c'est-à-dire le sujet de la proposition, ou bien le verbe en tant que verbe et simple lien de la proposition, ou bien enfin l'existence, c'est-à-dire l'attribut de la proposition (v. n° 393). Or nous disons que c'est l'être pris dans cette troisième acception qui est la source des catégories.

Kant et Rosmini essaient de dériver les catégories de l'être considéré comme verbe pur ou lien de la proposition. Mais ils se trompent ; car cet être-là n'a pas de réalité objective, il est une simple affirmation de l'esprit, la composition mentale de l'attribut avec le sujet. Si les catégories dérivaient de là, elles seraient purement subjectives et nous ouvririons la porte à l'idéalisme. f Ce n'est pas non plus l'être considéré comme essence ou sujet de la proposition qui est la source des catégories. Car celles-ci n'expriment pas tant l'essence que le mode d'existence. Ainsi, par la substance nous entendons ce qui existe en soi ; par l'accident, ce qui existe dans un autre. Au reste, tout ce qui a été dit pour démontrer que la notion d'être, existant, actuel, est absolument la première, indique bien que c'est de là qu'il faut dériver les catégories. Elles sont des attributs des choses, comme le mot lui-même l'indique (v. Vocab.) : c'est donc de l'être considéré comme attribut qu'il faut les dériver.

478. Justification des catégories d'Aristote. — Modifications proposées. — Maintenant comment se fait cette dérivation ? Le voici. Les choses ont l'être ou l'existence de plusieurs manières : en elles-mêmes ou dans les autres. D'où la substance et l'accident. L'accident est donné absolument, ou bien il implique une relation. Les accidents absolus sont la qualité et la quantité : la première, qui affecte la forme ; la seconde, qui affecte la matière. Ces accidents ne sont pas sans relation, puisqu'ils se rapportent essentiellement à la substance ; mais ils n'impliquent par eux-mêmes aucune relation extrinsèque ; c'est pourquoi ils sont dits absolus. Les accidents relatifs sont : la relation proprement dite, qui est donnée quand toute la subs| tance se rapporte à une autre chose : ainsi la créature se rapporte au Créateur, et le fils au père ; l'action, qui provient de la force de la substance et se rapporte à un effet ou à un terme ; la passion, qui répond à l'action ; la situation, qui provient de la relation des parties entre elles ; le lieu, qui est une relation de la substance avec ce qui l'entoure ; le temps (auquel se rapporte le mouvement), qui est une relation de mouvements ou d'actes ; enfin l'avoir, qui est une relation de la substance avec ce qui lui est appliqué, etc.

Telles sont les catégories d'Aristote, acceptées et expliquées par les scolastiques. Sans leur attribuer une importance qu'Aristote lui-même n'a pas voulu leur donner (1), il faut reconnaître cependant qu'elles sont fondées

(1) Aristote ne les a pas toujours énumérées de la même manière.' Il en signale huit seulement au Ve livre de la Métaphysique (Cf. PIAT, Aristote).

dans la nature même des choses en même temps qu'elles sont justifiées par notre manière de concevoir. Toute réalité existe en elle-même ou s'ajoute à une autre : de même aussi notre esprit conçoit tout sous forme de sujet ou d'attribut. La qualité, la quantité, le temps, le lieu, etc., existent nécessairement dans les choses et s'imposent également à notre esprit. Bref, nous constatons entre tous nos concepts, avec tous les mots qui les expriment, d'une part, et, d'autre part, les réalités les plus générales, une étroite relation, une remarquable correspondance, qui se traduit fort bien dans les catégories. Elles remplissent le monde intelligible qui est en nous aussi bien que le monde réel qui nous entoure et dont notre pensée est la vivante image (1).

(1) Il est évident que la table des catégories d'Aristote est susceptible de perfectionnement. Lui-même a paru hésiter sur la détermination des dernières catégories. Les six premières ne peuvent être contestées. Après la substance (1re catég.), qui est l'être premier et donne aux autres catégories leur réalité, viennent la qualité et la quantité (2e et 3e), irréductibles entre elles, comme la matière et la forme dont elles découlent. Vient ensuite la relation (4°), qui,avec les catégories précédentes, va fonder toutes les autres. Car l'action et la passion (5e et 6°) impliquent une relation et sont fondées, en outre, sur les qualités actives et passives. Ensuite viendrait l'espace (7° catég), qui n'est, au fond, qu'une relation de quantité, savoir, une relation des dimensions de l'univers avec tout ce qu'elles renferment, s'il s'agit de l'espace réel et total. A cet espace se rapporte le lieu, qui n'est qu'un espace déterminé, et aussi la situation ou le site, qui n'est qu'une dispositien locale. On remarquera qu'Aristote, qui a énuméré la situation parmi les dix catégories, l'omet, ainsi que l'avoir, lorsqu'il semble ramener les catégories au nombre de huit. — Viendrait ensuite le mouvement (8e catég.), qui n'a pas été compté par Aristote parmi les catégories, mais qui mérite de l'être. Le mouvement ne peut être ramené à l'espace ; car il y ajoute un élément, tout nouveau : le changement de relation dans l'espace ; il n'est pas fondé seulement, comme l'espace, sur la relation et la quantité, mais encore sur une qualité active, qui est la force ou le principe immédiat du mouvement. L'importance extrême du mouvement dans la nature et dans les sciences physiques, l'impossibilité de le ramener purement et simplement à l'espace et au temps, entre lesquels il se place, nous persuadent d'en faire une catégorie distincte. — En dernier lieu viendrait le temps (9e catég.),

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