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suit l'intelligence, son objet peut être dit vrai ou apparent, suivant que l'intelligence dirige la volonté ou l'égare. Le bien vrai est celui qui convient réellement à la volonté ; " le bien apparent est celui qui paraît seulement lui convenir, mais qui est faux en réalité. " 2° Ensuite le bien est corporel ou spirituel. Le premier est une perfection du corps : par ex. la santé ; le deuxième, une perfection de l'âme : par ex. la science (perfection intellectuelle) et la vertu (perfection morale). 3° D'une manière un peu différente, on divise le bien en physique et en moral. Le premier perfectionne la nature; le deuxième, l'esprit et les mœurs. # 4° Mais la principale division est celle du bien considéré en lui-même, c'est-à-dire comme fin. La voici. Le bien est honnête, ou utile, ou délectable. L'honnête est désiré comme une fin et pour lui-même ; l'utile est désiré comme moyen ; le délectable est désiré comme une fin et non pas précisément pour lui-même, mais pour ce qu'il procure. Voici l'explication de cette division. Le bien est essentiellement l'objet d'une volonté ou d'une tendance, le terme d'un mouvement. Mais l'utile n'est qu'un terme moyen, une fin intermédiaire ; l'honnête et le délectable, au contraire, sont des fins proprement dites. Seulement l'honnête est la fin en elle-même tandis que le délectable est le repos dans cette fin, la jouissance de cette fin (1). # On sent déjà l'importance de cette division en morale. L'honnête est l'objet de l'amour pur, désintéressé, il donne leur forme aux actes de vertu les plus élevés et en particulier à la charité, à la contrition parfaite ; il fonde la morale du devoir. Le délectable, au contraire, donne leur forme à l'espérance, aux actes plus ou moins intéressés. Ces actes peuvent être bons, vertueux, si l'amour du bien délectable n'est pas opposé à l'amour du bien honnête ; mais ils sont égoïstes et facilement coupables dans le cas contraire. Au délectable est attachée la morale du

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plaisir, de l'intérêt. Le motif suprême de la volonté et de la conduite doit être l'honnête, bien qu'un motif secon'daire et subordonné puisse être le bien délectable, et que la délectation ou le plaisir soit la conséquence nécessaire de l'obtention de la fin dernière ou de l'honnête. D'où la morale du bonheur, entendu au sens chrétien.

454. Le mal. — Au bien est opposé le mal. Le mal est ce qu'il faut fuir, ce qui ne convient pas à la nature, c'est un défaut. Le mal n'est donc pas une pure négation d'être, une simple limitation d'existence et de perfection, mais c'est une négation de bien, l'absence d'une perfection due, une privation en un mot (1). Par ex. ce n'est pas un mal que la pierre ne voie pas, mais c'est un mal que l'homme perde la vue. Puisque le mal est une privation, il s'ensuit qu'il n'a rien de réel en soi : c'est un être logique plutôt que réel ; | mais il n'est que trop réel et objectif par le bien qu'il limite indûment : par ex. : la cécité n'est pas, le péché n'est pas ; mais la cécité est dans le corps, et le péché dans l'âme. Le mal est donc fondé sur le bien, non pas sur celui auquel il est opposé, mais sur un autre : ainsi la cécité n'est pas fondée sur la vue, ni le péché sur l'innocence. (V. aussi Vocab. : Mal). - 455. Espèces de maux. — 19 On distingue le mak métaphysique, physique et moral. Mais le premier, imaginé par Leibniz, n'est pas un mal proprement dit : il est facile de le voir par ce qui a été dit. Le mal métaphysique, en effet, n'est pas une privation, c'est une simple limitation, et, comme toute créature est limitée dans ses perfections, il s'ensuivrait que toute créature subirait le mal. Mais ce n'est pas un mal que la pierre, par ex., ne vive pas, que la plante ne sente pas, que l'homme ne soit pas un pur

(1) Cf. S. Th. « Malum est defectus boni, quod natum est et debet haberi » (Io, q. 49, a. 1). — « Malum distat et ab ente simpliciter et non ente simpliciter, quia neque est sicut habitus, neque sicut pura negatio, sed sicut privatio » (q. 48, a. 2, ad. 1).

esprit, qu'il n'ait pas l'agilité du cerf ni la force du lion, c'est-à-dire qu'il n'ait pas les perfections des êtres qui lui sont étrangers. A proprement parler, il n'y a donc que le mal physique et le mal moral. Le premier est une privation d'un bien physique, le second est une privation d'un bien moral. - 2° On distingue aussi le mal de la faute (culpa) et le mal de la peine (pœna). Le premier est le plus grave et le principe de l'autre ; c'est le désordre même du libre arbitre. Le deuxième, c'est la privation du bien, physique ou moral, qui résulte de la faute. . 456. Réfutation des manichéens. — A la lumière de ces notions, justifions maintenant les affirmations suivantes, et d'abord celle-ci : Il n'y a pas de mal absolu ni de nature essentiellement mauvaise. o . Ici nous rencontrons les manichéens. Ils regardent le bien et le mal, mêlés si intimement ici-bas, comme dérivant de deux principes : l'un bon, et l'autre mauvais, tous les deux souverains et éternellement en lutte. Saint Augustin, qui avait d'abord adhéré à cette erreur, la réfuta ensuite. Les manichéens renouvelaient l'erreur des gnostiques, des marcionites, des mages de la Perse, qui avaient regardé le mal comme une substance et un dieu, au lieu de n'y voir qu'un accident ou un mode. Il serait facile de retrouver chez les philosophes modernes des traces de la même erreur. Bayle et Proudhon, Stuart Mill et Spencer tiennent parfois le mème langage que les manichéens (1). Le pessimisme, qui s'est affiché de nos jours, s'inspire de la même erreur et l'accroît encore, puisqu'il conclut à la prépondérance actuelle et souvent même au triomphe définitif du mal sur le bien. Voici maintenant nos preuves : Le mal, comme tel, supprime quelque bien, c'est-à-dire de l'être, car le bien et l'être ne font qu'un. Donc s'il y avait un mal absolu, il y aurait le néant absolu, le non-être

(1) Voir STUART MILL, Mémoires. — SPENCER, Principes de biologie. Évolution de la vie. Preuves morales contre la création des espèces. serait, ce qui répugne. Le mal absolu ne peut exister, pas plus que le néant absolu. « Si le mal était sans bien, disait Aristote, il se détruirait lui-même. » Le mal est comme l'incendie qui ne peut croître qu'autant qu'il y a plus à consumer, mais qui s'éteint par là même qu'il a tout dévoré.

Nous avons ajouté qu'il n'y a pas de nature essentiellement mauvaise. Et, en effet, comment la négation d'être pourrait-elle par elle-même constituer une nature, une substance, un être ? Ensuite comment Dieu, essentiellement bon, pourrait-il créer des natures essentiellement mauvaises ? Ou bien comment des natures créées et libres pourraient-elles se rendre essentiellement, substantiel

lement mauvaises ? Elles ne peuvent changer leur nature '

et se détruiraient plutôt elles-mêmes. Ajoutons qu'une nature essentiellement mauvaise serait une nature privée de sa propre essence, ce qui répugne. Enfin, s'il y avait des natures essentiellement mauvaises, elles se porteraient vers le non-être, le néant; mais comment le néant peut-il attirer par lui-même ? Le manichéisme se heurte à mille contradictions, sur lesquelles les Pères ont assez insisté.

457. Origine du mal (1). — Le mal ne peut venir que du bien et accidentellement (2), c'est-à-dire que le bien seul peut être la cause du mal, et qu'il ne peut causer le mal par lui-même, en tant que bien, mais par ce qui s'ajoute à lui (per accidens). Remarquons d'abord qu'une cause peut produire son effet de deux manières : ou bien elle le produit par elle-même (per se), par sa propre vertu, sa propre nature, sa propre efficacité : ainsi le feu échauffe, un remède guérit, l'air vivifie, la nourriture soutient les forces, un sacrement sanctifie ; — ou bien elle le produit par ce qui s'ajoute à son action ou l'accompagne (per accidens), les circonstances, les occasions, les accessoires : ainsi la nourriture fait du mal à un estomac trop faible

(1) Cf. DE BoNNIOT, le Problème du mal 1888 ; Xavier MoISANT, le Problème du mal, 1908. (2) Cf. S. Th. Ia, q. 49, a. 1.

pour la supporter ; l'air peut nuire, s'il est chargé de miasmes contagieux. De même, en nous plaçant au point de vue de l'effet, celui-ci est produit directement, essentiellement (per se), ou bien indirectement (per accidens), c'està-dire par là même qu'il accompagne un autre effet directement produit et dont il est inséparable.Celui qui creuse un puits et trouve un trésor est la cause accidentelle de cette découverte, et cette découverte est l'effet accidentel de cette cause. Il est facile de voir maintenant comment le bien, et le bien seul, peut être la cause du mal. Et d'abord le bien seul peut être une cause pour quoi que ce soit ; car, causer c'est agir, c'est être ; le mal est une négation, il ne peut donc être la cause de rien. Ensuite le bien ne peut être par lui-même, directement, essentiellement, la cause du mal ; car le bien, de sa nature, tend au bien et à la perfection. Il reste donc que le bien soit accidentellement la cause du mal, et que celui-ci soit l'effet accidentel du bien, un effet mauvais s'ajoutant à un effet bon, qui, lui, est directement produit par le bien. L'aigle, par ex., déchire sa proie, et c'est un bien qu'il se nourrisse ; mais, à cet effet, bon en lui-même, s'en ajoute un autre, qui est mauvais, savoir la destruction d'un être plus faible. De même, un peuple se défend contre des envahisseurs et sauve sa liberté : c'est là un bien, qui est l'effect direct, essentiel de sa défense ; mais il y a un effet indirect, accidentel, qui est mauvais, savoir la ruine de ses adversaires et la mort d'un grand nombre, même d'innocents. , On peut se demander ici de combien de manières le bien peut devenir une cause de mal. Le voici. Du côté de la cause, de deux manières : 1° si la cause principale n'a pas la vertu suffisante pour produire tout son effet : ainsi le convalescent ne peut marcher longtemps, parce qu'il est trop faible; l'armée ne peut vaincre, parce qu'elle manque de courage ; 2° si la cause instrumentale est défectueuse ; par ex. si l'armée est battue parce qu'elle est mal équipée. Du côté de l'effet, de deux autres manières :

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