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s'agit de l'Intelligence divine qui a créé les choses ; la vérité passe ensuite dans notre intelligence, qui, en comprenant les choses leur donne une seconde vérité, une seconde approbation, mais qui ne peut rien changer à la première.

Et remarquons encore que ce n'est pas préeisément la vérité des choses qui cause la vérité de notre esprit, c'est-à-dire que ce n'est pas précisément la conformité des choses avec l'intelligence divine qui cause la conformité des choses avec notre intelligence : autrement il faudrait dire que nous voyons tout par la vérité de Dieu. Mais ce sont les choses mêmes, leur être même qui nous donnent la vérité et la science que nous en avons. — Il est facile maintenant de justifier l'affirmation suivante :

443. Tout être est vrai. — Nous affirmons que tout être est vrai comme nous avons affirmé que tout être est un. L'être et le vrai peuvent se prendre l'un pour l'autre, ils peuvent s'affirmer l'un de l'autre. Qu'est-ce, en effet, que le vrai? C'est l'être connaissable, c'est l'être connu, c'est l'être compris. Mais il est évident que l'être est connaissable dans toute la mesure où il est ; il est connu et compris, du moins de son premier Auteur, dans toute la mesure où il est. Qu'est-ce ensuite que la vérité? — La conformité de la chose avec l'intelligence. Or toute chose est telle que Dieu la connaît, telle qu'il la conçoit : toute chose est donc vraie de cette vérité absolue.

Alors même qu'on ne voudrait pas supposer ici l'existence d'une souveraine Intelligence pour établir que tout être est vrai, il faudrait bien admettre que tout être est connaissable dans la mesure même où il est. Tout être serait donc vrai, au moins de cette manière, en tant que connaissable. L'être et le vrai sont inséparables ; la vérité ajoute à l'être un mode, mais, au fond, l'être et le vrai sont un, si bien qu'on peut prendre l'un pour l'autre et dire indistinctement : l'être ou : le vrai (Ens et verum

convertuntur) (1). - , °
444. Objections. — 1° On nous objecte que le vrai est
dans l'intelligence, tandis que l'être est dans les choses ;
d'où il suit qu'on ne peut prendre l'un pour l'autre sans
confusion.
Rép. — Nous répondons que le vrai est d'abord et
formellement dans l'esprit, mais qu'il est aussi dans les
choses ; il est l'être compris, il est donc l'être : l'être et
le vrai diffèrent par le mode ou la forme et non par le
fond.
2° On objecte encore que le vrai s'étend jusqu'au
néant, puisque cette proposition est vraie : le néant n'est
rien ; donc le vrai ne coïncide pas toujours avec l'être.
Rép. — Cette proposition elle-même, bien qu'elle porte
sur le néant, est un être logique, et c'est par là qu'elle est
vraie. Ce n'est pas le néant qui est vrai, mais la proposition
très réelle qui exprime un rapport donné entre nos con-
cepts.

445. Il n'y a pas de fausseté absolue. — Tournons- : |

nous maintenant vers l'opposé du vrai, vers le faux. De même que le néant est connu par l'être, ainsi le faux est connu par le vrai. Vérité et fausseté se répondent toujours de quelque manière, comme l'affirmation et la négation. La vérité est la conformité de l'intelligence et de l'objet : la fausseté est comme une discordance de l'intelligence et de l'objet. La fausseté absolue consisterait en ce que les choses ne seraient pas conformes à l'intelligence qui les a créées ; la fausseté logique consiste en ce que l'esprit est en désaccord avec les choses ou avec lui-même ; la fausseté morale est le désaccord de la conscience avec les actes et les paroles. Or il suffit de rappeler ces notions pour voir qu'il n'y a pas de fausseté absolue : toute chose est ce que Dieu la

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connaît, c'est-à-dire elle est ce qu'elle est. Mais il peut y avoir des faussetés relatives par le fait de l'esprit humain, qui juge des choses autrement qu'elles ne sont, ou qui cherche à abuser les autres après s'être trompé lui-même : de là toutes les erreurs et tous les mensonges qui font le malheur et le déshonneur de l'homme, mais par lesquels, il ne peut rien entreprendre sur le fond des choses, c'est-à-dire sur la vérité absolue. Il y a encore d'autres faussetés relatives, qui viennent toutes d'un jeu de l'esprit : elles aussi sont fondées sur le vrai. C'est ainsi, pour employer cet exemple de saint Augustin, qu'un vrai comédien est un faux Hector. Enfin on peut encore ajouter que les choses sont fausses en tant qu'elles sont de nature, étant données nos habitudes ou les circonstances, à nous induire en erreur : ainsi le vrai cuivre est un faux or ; le vrai verre est un faux diamant. Bref, on voit que le faux réel n'est donné que dans le vrai, il est fondé sur le vrai : sous ce rapport il n'y a pas plus de fausseté absolue que de néant absolu et de mal absolu (1).

446. Caractères de la vérité. — La vérité est une, incréée, éternelle, absolument immuable en Dieu, tandis qu'elle est multiple, créée, temporelle, changeante de quelque manière dans l'intelligence humaine. Considérons de nouveau avec attention ce qu'est la vérité, ce qu'il y a de formel dans le vrai, et nous verrons bientôt la légitimité de ces nouvelles conséquences. La vérité est la conformité de la chose avec l'intelligence, elle est formellement dans cette conformité ou ce rapport ; elle est

(1) D'où il ne faudrait pas conclure cependant qu'il n'y a pas d'erreur absolue. L'erreur, en effet, est dans l'esprit et non pas dans les choses. Nous nions seulement qu'il y ait une fausseté absolue dans les choses. Mais l'esprit, en vertu de l'abstraction, qui laisse le vrai pour ne retenir que le faux, peut émettre un jugement absolument faux ; par ex. : l'âme humaine est mortelle. Néanmoins, si l'on prend matériellement cette proposition, c'est-à-dire dans ses termes ou ses idées, elle exprime quelque chose; l'affirmation et la négation absolument fausses sont donc fondées sur des idées qui ont chacune leur vérité.

principalement dans l'intelligence, elle est donnée dans l'acte et par l'acte intellectuel de connaissance. Or l'intelligence divine est une, elle n'a qu'un acte, elle connaît tout par ce seul et même acte, et l'objet formel par lequel elle voit parfaitement tous les êtres, c'est l'essence divine en tant qu'imitable de mille manières. D'où il suit que la vérité est absolument une en Dieu. Pour la même raison, elle est incréée, éternelle, immuable, elle a tous les mêmes caractères que la science divine, avec laquelle elle se confond. . - , Au contraire, si nous considérons la vérité dans les créatures, nous trouvons une grande diversité d'intelligences, et, dans la même intelligence, une grande variété d'actes. Il est vrai qu'il ne suffit pas de multiplier les actes pour multiplier les vérités ; on peut méditer longtemps la même vérité, y revenir par une foule d'actes et de considérations. Mais, outre la multitude d'actes, nous trouvons dans l'esprit humain plusieurs principes distincts et surtout une grande diversité d'objets et partant d'idées et de jugements. De là une foule de vérités, c'est-à-dire d'égalités, d'équations successives et diverses de l'intelligence avec son objet ; et les vérités humaines se multiplient indéfiniment, sans que le domaine de la connaissance s'accroisse toujours dans la même proportion. Pour les mêmes raisons qui la rendent multiple, la vérité humaine est créée, bien qu'elle nous livre de quelque manière l'incréé ; elle est temporelle, bien qu'elle nous manifeste l'éternel ; elle est changeante, muable, elle a commencé, elle est susceptible de progrès, bien que son objet principal n'ait aucun de ces caractères. Bref l'esprit humain peut manquer à son objet ou le connaître plus ou moins : de là l'instabilité et l'imperfection de la vérité humaine, comme de la science qu'elle donne. Seule la vérité de Dieu est marquée de ces caractères divins de simplicité, d'éternité, d'immutabilité. La vérité humaine ne peut y prétendre, bien qu'elle soit un reflet de la vérité divine. En descendant jusqu'à nous la Vérité

se divise, se fractionne, tout en rappelant sa céleste origine (1). # 447. Les ontologistes. — C'est ce que les ontologistes n'ont pas compris, quand ils ont prétendu qu'il n'y a qu'une seule vérité, qui rend vrai tout ce qui est vrai, que cette vérité est Dieu même et que partant l'esprit de l'homme ne peut connaître le vrai sans connaître Dieu. Tout ce que nous pouvons leur accorder, c'est que les vérités que perçoit notre intelligence supposent une vérité première ; c'est que la raison nous force à remonter de vérité en vérité jusqu'à la Vérité suprême, source de toutes les autres. Mais cette Vérité infinie n'est point l'objet formel de notre intelligence. L'intelligence humaine n'est point infinie, et l'objet de sa connaissance, le vrai, lui est proportionné. Ces explications nous permettent de donner un sens parfaitement correct à certains passages des saints Pères dont se prévalent injustement nos adversaires, par ex. à celui-ci de saint Augustin : « Je vous invoque, ô Dieu de vérité, en qui, par qui et par le moyen de qui toutes les choses vraies sont telles. » Qu'est-ce à dire ? Saint Augustin prétend seulement que Dieu est la cause exemplaire et efficiente de toute vérité. Il s'en explique ailleurs, par ex. dans ce passage : « Une est la vérité qui éclaire les âmes ; mais parce qu'elles sont nombreuses, on peut dire qu'il y a nombre de vérités : ainsi le même visage fait voir son image dans plusieurs miroirs. » — Ces explications nous permettent encore de résoudre des objections telles que les suivantes : 448. Objections. — 1° Il n'y a rien, au-dessus de l'esprit humain, que Dieu. Donc la vérité, qui est au-dessus de l'esprit humain, c'est Dieu même, et elle est une comme lui. Rép. Au-dessus de l'esprit humain rien ne subsiste que Dieu, il est vrai, abstraction faite cependant des

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