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La distinction réelle est complètement telle, et comme l'on dit majeure, ou modale, ou virtuelle. La distinction toute réelle est celle d'une chose, d'une réalité d'avec une autre : par ex. celle de la substance et de l'accident. La distinction modale est celle d'une chose d'avec son mode : par ex. celle de l'essence et de l'existence, de la nature et de la personne, d'une ligne et de sa courbure. La distinction virtuelle, qui est plutôt un fondement de distinction qu'une distinction, provient de ce qu'une même chose a une vertu multiple qui répond à divers termes, à divers effets. Ainsi notre âme est triple de cette manière : elle est intellectuelle, sensible, végétative.

Quant à la distinction de raison ou logique, on la divise en deux. Tantôt cette distinction a un fondement prochain dans la chose (elle est dite alors rationis ratiocinatae), et tantôt elle n'a pas ce fondement réel (elle est dite alors rationis ratiocinantis). Ex. de distinction logique qui a un fondement réel : celle de l'âme raisonnable et de l'âme sensible dans l'homme. On voit que cette distinction rentre assez bien dans la distinction réelle dite virtuelle. La distinction logique qui a un fondement réel est plus ou moins grande, suivant que les perfections qu'elle exprime sont séparables ou non en réalité. Par ex. la sensibilité peut être séparée de la raison ; et c'est ce qui arrive dans l'animal. Il n'en est pas de même de la justice et de la miséricorde de Dieu qui sont absolument inséparables, quoique distinctes d'une manière qui n'est pas purement logique.

Outre ces distinctions, déjà nombreuses, les Scotistes en cherchent encore une autre : la distinction formelle ou réelle-formelle. Telle serait la distinction du genre et de l'espèce, qui seraient des formalités ou formes objectives. Mais nous avons établi, en traitant des universaux, que le genre et l'espèce sont formellement subjectifs, bien qu'ils expriment des réalités objectives : il n'y a donc pas lieu de qualifier cette distinction de réelle-formelle. Elle rentre assez bien dans la distinction virtuelle.

439. Similitude : peut-elle être absolue ? — Une notion inséparable des précédentes, c'est la similitude. C'est elie qui ramène à l'unité les choses distinctes, mais qui ont quelque même qualité.

Ici on peut se demander avec Leibniz et Clarke si deux êtres pourraient être donnés absolument semblables, ne différant entre eux que d'une manière purement numérique. Clarke affirmait cette possibilité, qui n'impliquerait, d'après lui, aucune contradiction. Leibniz la niait, parce que ces deux êtres, disait-il, seraient absolument indiscernables et partant indistincts : de plus il n'y aurait pas de raison suffisante pour cette duplication d'être ; au reste, ajoutait-il, nous ne voyons rien de tel dans la nature, où nous ne trouvons pas deux hommes, ni même deux feuilles, deux brins d'herbe, deux gouttes d'eau qui se ressemblent de tous points.

Il est facile de répondre qu'on ne voit pas pourquoi l'existence d'un être rendrait impossible l'existence de son semblable et que Dieu saurait toujours les discerner. Pour ce qui est de la raison suffisante de cette existence, nous ne pouvons ni la voir ni la nier. La preuve tirée de l'expérience n'est pas plus solide; car notre expérience est fort limitée. Et puis la science moderne ne suppose-t-elle pas aujourd'hui précisément ce que Leibniz a nié, c'està-dire une multitude d'atomes ou d'êtres distincts absolument semblables et ne différant que numériquement ? L'art lui-même s'évertue, pour ainsi dire, à multiplier les semblables, sans y parvenir jamais, il est vrai, d'une manière rigoureuse. Mais ce qui est impossible à l'homme, pourquoi le serait-il à Dieu ?

CHAPITRE XXIV

DE LA VÉRITÉ

440. La vérité ontologique ou réelle. — La question de la vérité n'est traitée ici qu'au point de vue ontologique. Nous avons justifié, en logique (n° 197 et suiv.) cette défi· nition générale : « La vérité est la conformité de l'intelligence et de l'objet ». S'il s'agit de la vérité ontologique, cet objet est la chose (res), la réalité, particulièrement les réalités fondamentales, celles que considère la métaphysique. Cette vérité appartient éminemment à l'Intelligence divine, à laquelle se rapportent toutes les choses créées, comme à leur cause et à leur mesure. Elle appartient d'une autre manière à l'intelligence humaine, qui ne trouve la vérité réelle qu'on se conformant aux choses. Cette doctrine va s'expliquer dans la thèse suivante :

THÈsE. La vérité est d'abord et principalement dans l'intelligence, et ensuite dans les choses en tant qu'elles sont conformes à l'intelligence divine:–d'où il suit que tout être est vrai et qu'il n'y a pas de fausseté absolue ; d'où il suit encore que la vérité est unique, incréée, éternelle, absolument immuable en Dieu, tandis qu'elle est multiple, créée, temporelle, changeante de quelque manière dans l'intelligence humaine.

441. La vérité est d'abord dans l'intelligence. — Analysons le concept de vérité et comparons-le à celui de bien. Le vrai c'est l'être en tant qu'il est l'objet de l'intelligence, de même que le bien c'est l'être en tant qu'il est l'objet de la volonté ; le vrai, c'est l'être compris, de même que le bien c'est l'être aimé. Or il y a une différence remarquable entre la connaissance du vrai et la volonté du bien. Tandis que la volonté du bien nous porte vers - l'objet, la connaissance du vrai nous livre l'objet et l'amène, pour ainsi dire, en nous-mêmes : nous ne connaissons l'objet qu'autant qu'il est en nous, que nous nous l'exprimons, qu'il nous est donné ; nous ne l'aimons, au contraire, qu'autant que nous nous donnons à lui. C'est là qu'il faut chercher la raison profonde pour laquelle l'amour d'un bien supérieur élève et ennoblit ceux qui le partagent, alors que l'amour d'un bien inférieur les dégrade et les avilit (v. 1199). La science, au contraire, ne saurait par elle-même produire le même effet : la connaissance des choses les plus sublimes ne nous élève point moralement par elle-même, pas plus que la connaissance des choses les plus basses ne nous avilit. C'est que le terme de la volition est hors de nous, plus haut ou plus bas, au lieu que le terme de la connaissance est en nous-mêmes. Mais puisque le terme du bien est hors de nous, tandis que le terme du vrai est en nous-mêmes, il s'ensuit que les volontés sont dites bonnes par rapport à l'objet bon, tandis que les choses sont dites vraies par rapport à l'intelligence : le bien a sa forme dans les choses, d'où il passe à la volonté, tandis que le vrai a sa forme dans l'intelligence, d'où il passe aux choses ; la vérité n'est formellement que dans l'intelligence, elle est attribuée aux choses par rapport à celle-ci. Maintenant l'intelligence à la quelle se rapportent les choses et qui les rend vraies est l'intelligence créatrice ou une intelligence créée. Les choses se rapportent essentiellement à la première, dont elles dépendent quant à leur être même ; elles ne se rapportent à la seconde que d'une manière accidentelle. Mais il est évident que c'est dans le rapport essentiel des choses avec l'Intelligence créatrice et non pas dans leur rapport accidentel avec l'intelligence créée qu'il faut chercher leur vérité absolue (1)

442. Examen de quelques définitions. — Ces considérations ne justifient pas seulement notre première affirmation : elles nous permettent, en outre, d'entendre et de eoneilier diverses définitions de la vérité. En effet, suivant que l'on considère la vérité dans l'intelligence ou dans les choses, on la décrira diversement. On dira par ex., avec saint Augustin : « La vérité est ce par quoi nous est montré ce qui est » ; avec saint Hilaire : « Le vrai est l'être qui se déclare ou se manifeste ». Ces formules conviennent à la vérité considérée dans l'intelligence. Cette autre définition donnée par saint Augustin : « Le vrai est ce qui est », convient, au contraire, au vrai considéré dans les choses et dans sa matière, abstraction faite de sa forme ou de son terme, qui est dans l'intelligence.

Mais nous ne saurions souscrire à la définition de la vérité qui est donnée par Wolf. La vérité n'est pas précisément l'entité même de la chose, l'accord de la chose avec ses éléments et son essence. Il n'y a pas de vérité sans rapport avec l'intelligence, la vérité consiste essentiellement dans ce rapport ; si on enlève ce rapport, le vrai ne diffère plus de l'être, ni la vérité de l'entité.

Nous ne définirons pas non plus la vérité, avec Locke : la conformité de la chose avec l'intelligence humaine. Ce dernier mot est à retrancher. La vérité est essentiellement un rapport de l'être avec l'intelligence, et, s'il s'agit de la vérité absolue, cette intelligence ne peut être que divine. Substituer ici l'intelligence humaine à celle de Dieu, et dire par ex.,en ne songeant qu'à l'homme, que le vrai est ce qui est vu ou compris, ce serait mesurer le vrai sur l'intelligence de l'homme et tomber finalement dans le scepticisme. Sans doute, la vérité est d'abord dans l'intelligence avant d'être dans les choses, mais il

, (1) S. Th., Ia, q. 16, a. 1. — Cf. ce qui a été dit de la vérité en général et de ses espèces (chap. xI, n. 198).

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