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433. L'unité transcendante et l'unité mathématique. — L'unité transcendante dont nous parlons ici n'a rien de commun avec l'unité mathématique. Celle-ci est un accident, elle est toute dans la quantité, elle n'est pas l'être lui-même. Entre l'unité transcendante et l'unité mathématique il n'y a que des analogies : l'unité mathématique est dans l'indivision de la quantité, tandis que l'unité transcendante est dans l'indivision de l'être ; l'unité mathématique est toute relative, mais l'unité transcendante a un autre caractère. Par conséquent, on ne saurait appliquer aux êtres eux-mêmes ce qui est vrai du nombre, et dire par exemple que trois esprits valent absolument plus que deux ou que les trois personnes de la sainte Trinité sont plus parfaites qu'une seule.

434. L'unité qui constitue les choses. — Les choses ne sont pas constituées par les unités numériques ou mathématiques, mais bien par les unités transcendantes, c'està-dire par les entités distinctes. C'est, sans doute, ce que voulaient dire les Pythagoriciens et Platon, quand ils soutenaient que les nombres ont tout constitué et qu'ils sont la substance des choses : ils ramenaient indûment l'unité mathématique à l'unité transcendante pour ne voir partout que nombre au lieu d'être. Par une erreur inverse, Avicenne ramena l'unité transcendante à l'unité numérique ; il crut que toute unité, même transcendante, ajoutait à l'être comme une qualité, un accident.Mais il n'en est rien (1) : l'unité transcendante, c'est l'être même en tant qu'indivisé ; et plusieurs unités transcendantes sont au fond plusieurs êtres plus ou moins semblables ou analogues entre eux, qu'on ne peut mesurer, additionner, désigner à la manière de simples nombres que par un jeu ou une comparaison de l'esprit (2). Les unités transcendantes ni ne se comptent, ni ne se pèsent : on les ap

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précie d'une manière toute spirituelle. Ils méconnaissent trop ces profondes vérités ceux qui cherchent la grandeur et l'infini de l'être dans le nombre et la dimension, dans les espaces sans fin et les temps sans mesure : la grandeur de l'être est plutôt dans l'unité et la perfection.

435. Espèces d'unités. — L'unité est plus ou moins incompatible avec la division : de là plusieurs espèces d'unités :

1° Il y a d'abord la simplicité ou indivisibilité, qui exclut toute division non seulement actuelle mais possible : ainsi la nature divine est simple absolument ; les esprits, l'âme humaine le sont dans leur essence. Cette unité est la plus parfaite. Il y a ensuite l'unité de composition, qui exclut toute division actuelle, mais non pas toute division possible.Ainsi l'homme est un composé. Les composés, à leur tour, sont de plusieurs sortes : 1° les composés naturels (par ex. l'homme, composé de corps et d'âme ; la plante, composée de matière et de principe vital); 2° les composés artificiels (comme une maison, un meuble, une statue); 3° les simples agrégats(p. ex. un monceau de pierres).

2° A un autre point de vue et plus simplement, on divise l'unité en essentielle (unum, unitas per se) et accidentelle (unum, unitas per accidens). La première est donnée lorsque l'être est un par l'essence ; la seconde, lorsqu'il est un par l'union accidentelle de ses parties. Ainsi dans la théorie platonicienne l'âme et le corps sont unis accidentellement ; dans la théorie scolastique et chrétienne, au contraire, l'âme et le corps sont unis substantiellement, de manière à ne former qu'une même nature composée.

3° Enfin on distingue encore l'unité individuelle, autrement dite numérique,l'unité spécifique et l'unité générique. Par ex. Pierre est un individuellement, tous les hommes sont une espèce, et tous les animaux forment un genre. — On voit déjà par ces variétés et ces degrés de l'unité que tout être est un d'une manière ou de l'autre. De là cette thèse :

436. Tout être est un. Remarque sur l'ordre. — Tout être est un. Qu'est-ce à dire ? L'unité n'est pas, comme le disait Avicenne, un accident, une qualité, qui se surajoute à l'être ou s'en sépare comme la couleur, la chaleur, la forme ; mais l'unité est au fond l'être même : elle suit l'être à tous ses degrés, pour ne s'évanouir qu'avec lui. En d'autres termes, l'être et l'un peuvent se prendre l'un pour l'autre (Unum et ens convertuntur), ils s'affirment l'un de l'autre, ils se mesurent l'un sur l'autre ; plus il y a d'être, plus aussi il y a d'unité, et plus il y a d'unité, plus aussi il y a d'être : les concepts sont divers, mais la réalité exprimée est, au fond, la même. Apportons quelques preuves ou plutôt quelques explications : 1° Tout être est ce qu'il est par son essence, il est son essence. Or l'essence est ce par quoi un être est constitué distinctement, ce par quoi il est tel et non pas un autre : c'est-à-dire que l'essence est une. Donc l'être est un. 2° Tout être est ce qu'il est par sa forme substantielle ou accidentelle; or la forme est une comme telle. Car, selon le mot de S. Augustin, « une chose est vraiment formée par cela qu'elle est ramenée à l'unité. » 39 Tout être est simple ou composé. S'il est simple, son unité va jusqu'à l'indivisibilité. S'il est composé, il n'est tel qu'autant qu'il est un de quelque manière (1). Disons plus clairement encore : Si un être n'était pas un, il ne serait plus un être, mais des êtres, et chacun de ceux-ci revendiquerait l'unité à son tour. Bref il n'y a de réel et de possible que les individualités, tout être est individualisé de quelque manière ; par conséquent il n'y a que des unités. C'est donc en vain qu'on invoquerait ici contre notre , affirmation les divisions des êtres, la variété, le contraste, l'opposition qui les dispersent de mille manières toujours nouvelles et toujours instables : les êtres ne se dispersent Sur un point que pour se grouper sur un autre. D'ailleurs

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l'unité coexiste avec la multitude : rien n'empêche que ce qui est multiple par la matière soit un par la forme, que ce qui est multiple par les individus soit un par l'espèce, que ce qui est multiple par l'espèce soit un par le genre. La multitude elle-même ne serait pas une multitude, si elle n'avait quelque unité. L'unité suit l'être dans ses profondeurs et jusque sur les confins du néant ; elle le suit également de degré en degré jusqu'au sommet de la perfection. Dieu est Dieu parce qu'il est l'Etre par essence et aussi parce qu'il est l'Unité la plus haute, et toutes ses œuvres sont plus ou moins parfaites dans la mesure où elles reflètent son unité suprême. - L'unité est donc partout : elle éclate en haut et elle est invincible en bas. Le contraste la fait mieux apparaître; car elle est assez étendue, assez souple et assez forte pour enfermer dans son sein les éléments les plus divers. Pour nous servir ici d'une comparaison, il en est de l'unité transcendante comme de l'unité numérique ou mathématique.Celleci contient toujours le nombre quel qu'il soit, elle lui sert de fondement et de mesure. Par ex., nous ne concevons le nombre 9 que par les unités inférieures dont il se compose et par l'unité supérieure à laquelle il tend, qui est la dizaine. De plus le nombre 9 est nécessairement un,il forme un tout par rapport aux parties dont il se compose, les neuvièmes. Nous avons beau augmenter un nombre, il y a toujours quelque unité pour le contenir, comme il y en a pour le constituer : il y a la dizaine, la centaine, le mille... qui ne sont que des espèces d'unités. C'est en vain que nous descendrions au-dessous de l'unité fondamentale de notre système de numération ; car les dixièmes, les centièmes, les millièmes... sont des unités aussi réelles que les autres:elles embrassent tout, pour ne laisser en dehors d'elles que le néant de la quantité.Ainsi en est-il de l'unité transcendante : elle ne laisse en dehors d'elle que le néant de l'être. A l'unité se rapporte l'ordre, qui résulte de ce que la multitude est ramenée à l'unité : nous en parlerons en traitant de la beauté. Mais dès maintenant nous observe

rons qu'il ne faut pas confondre l'ordre quelconque (relation de l'être avec d'autres dans le temps ou l'espace, relation de nombre ou de quantité) avec l'ordre proprement dit, intentionnel, qui s'y ajoute, alors surtout qu'il est l'un des éléments les plus importants de la beauté. C'est pour n'avoir pas fait cette distinction, que M. Bergson a nié l'idée de désordre, comme il avait nié celle de néant, et qu'il s'est attaqué à l'argument téléologique qui établit l'existence de Dieu (1). 437. L'identité et la distinction. — A la notion d'unité se rapportent aussi celles d'identité et de distinction. L'identité est l'unité de la chose avec elle-même. Elle est physique ou morale, essentielle ou accidentelle, réelle ou logique, etc. L'identité physique est celle par ex. d'une personne avec elle-même ; l'identité morale est celle d'une société avec elle-même, après que tous les membres se sont renouvelés ; elle est dans l'esprit et les traditions. Ex. d'identité essentielle : celle de l'homme avec lui-même à travers les quatre âges de la vie ; de l'extrême enfance à l'extrême vieillesse, il n'y a de changé que les accidents. Ex. d'identité réelle, mais non logique : le Fils de l'homme et le Fils de Dieu en Notre-Seigneur Jésus-Christ. Ex. d'identité réelle et logique tout ensemble : Jésus-Christ et le Verbe incarné. (V. Vocabulaire : Identité.) 438.° La distinction et ses espèces. — A l'identité est opposée la distinction, qui est le manque d'identité. Deux choses sont distinctes, lorsque l'une n'est pas l'autre.

Comme l'identité, la distinction est réelle ou seulement de

raison, c'est-à-dire logique, La première est donnée antérieurement à l'acte de l'esprit, elle est indépendante de notre manière de voir les choses : ainsi l'âme est réellement

distincte du corps. La distinction logique, au contraire,

provient de notre esprit, de notre manière de voir : ainsi l'éternité diffère de l'immutabilité.

(1) Voir la critique de ces vues de M. Bergson par M. Bonnifay dans la Pensée contemp. 5e année 1908, mai et juin.

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