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| main, et nous le constaterons souvent, ne mesure pas les choses, leurs essences, mais il est mesuré par elles ; il doit se conformer à elles pour trouver la vérité. Il est vrai que la possibilité des choses dépend de leur vérité absolue, mais celle-ci ne dépend pas de la nôtre. Il en est de la possibilité absolue des choses comme de leur essence ; elle est éternelle, immuable ; or notre pensée n'est rien de tel. Comment donc la possibilité des choses pourrait-elle dépendre de notre pensée ? Comment donc les choses seraientelles possibles parce que nous les concevons ?

426. La possibilité des choses - et leur réalité. — Les essences ne sont pas possibles non plus parce qu'elles existent. On peut conclure de l'existence d'une chose à la possibilité de cette chose ; mais ce n'est point de l'existence même que la possibilité tire sa raison. En effet, l'existence des choses est contingente, temporelle, variable, tandis que leur essence ou leur possibilité est éternelle, immuable, nécessaire. Celle-ci ne peut donc dépendre de celle-là, bien que nous la connaissions par celle-là. Le possible nous est révélé par le réel, mais il ne dépend pas du réel. Maintes fois nous constatons cet ordre inverse de la connaissance et de l'existence, de l'ordre logique et de l'ordre métaphysique.

427. Toute possibilité vient de Dieu. — La possibilité intrinsèque des choses dépend de Dieu seul. Plusieurs ont pensé que les choses ne dépendaient de Dieu que quant à l'existence : d'après eux, la possibilité et l'impossibilité absolues ne relèveraient que d'elles-mêmes et s'imposeraient à Dieu comme une fatalité étrangère. On est même allé jusqu'à dire que si, par impossible, Dieu n'existait pas, ce qui est possible intrinsèquement n'en resterait pas moins tel.

C'est là une erreur. Car la possibilité intrinsèque des ohoses ou leur essence logique n'est pas un néant absolu, c'est quelque chose d'intelligible, de concevable positivement ; c'est quelque chose d'idéal, sans doute, mais enfin c'est quelque chose. Or, il est absurde qu'il y ait quelque chose qui ne dépende pas de Dieu ; car il est à la fois la première vérité et la première réalité. Ou bien Dieu n'est pas la première vérité, la vérité absolue qui éclaire toutes les autres, ou bien tous les possibles relèvent de lui. Et puis, si Dieu n'existait pas, comment ces possibles se distingueraient-ils du néant absolu ? Ils ne sont pas en eux-mêmes, puisqu'ils ne sont pas réalisés ; d'autre part, ils ne seraient dans aucune intelligence, puisque Dieu, première intelligence et créateur de toutes les autres, n'existerait pas. Ces possibles n'auraient donc aucune vérité sans Dieu, c'est-à-dire qu'ils seraient impossibles. C'est donc de l'intelligence divine, de la vérité divine qu'ils tiennent leur possibilité.

428. Comment les possibles dépendent de Dieu. — La possibilité intrinsèque des choses ne dépend pas tant de la puissance infinie de Dieu ou de sa volonté libre que de son intelligence d'abord et finalement de son existence. Ici nous combattons plusieurs erreurs. Occam prétend que les choses sont possibles précisément parce que Dieu peut les faire. Il confond la possibilité intrinsèque des choses avec la possibilité extrinsèque. Sans doute Dieu peut faire tout ce qui est possible intrinsèquement ; la possibilité extrinsèque des choses par rapport à Dieu n'est pas moins étendue que leur possibilité intrinsèque, mais l'une cependant n'est pas l'autre : les choses sont ' possibles extrinsèquement parce que Dieu peut les faire, et intrinsèquement parce qu'il les conçoit. 1

Ne nous laissons pas abuser ici par la dérivation du mot possible, qui vient de pouvoir (possibile : posse) et nous est connu par le pouvoir : absolument, le possible est fondé sur autre chose que le pouvoir. Encore cette fois, comme plus haut, l'ordre de connaissance ou de découverte (subjectif) n'est pas l'ordre des choses (objectif).

D'autres, avec Descartes, cherchent le dernier pourquoi

de la possibilité des choses dans la liberté divine. Les choses, d'après eux, seraient possibles ou impossibles de la même manière qu'elles existent ou n'existent pas, en définitive parce que Dieu l'aurait voulu librement. Dès lors, plus de vérités absolues en métaphysique ni en mathématique. Dieu pourrait faire un cercle carré et bouleverser les lois, non seulement de la nature, mais encore de la géométrie et de la philosophie ; car toute loi serait contingente. Il serait très facile, dans cette opinion, d'expliquer les miracles et en particulier le mystère de l'Eucharistie ; mais au prix de quelles contradictions, et disons même de quel scepticisme ! — Nous soutenons, au contraire, que les choses sont possibles d'abord et formellement parce que Dieu les conçoit, et finalement parce que Dieu existe.

429. Critique d'Occam. — Rejetons d'abord l'opinion d'Occam. La puissance de Dieu a pour objet les choses contingentes, physiques, existantes, tandis que la possibilité intrinsèque des choses est quelque chose d'idéal, d'absolu, de nécessaire. Donc, si les choses sont possibles, ce n'est pas précisément parce que Dieu peut les faire. D'ailleurs, si on dit que Dieu est tout-puissant parce qu'il peut faire tout ce qui est possible à sa puissance, il s'ensuivra que Dieu est tout-puissant parce qu'il peut faire tout ce qu'il peut faire. Mais c'est là une pétition de principe (1). A ce compte, toute créature serait omnipotente, car son pouvoir s'étend à tout ce qu'elle peut faire. Et si on nous répond que Dieu seul a la puissance absolue, nous ferons remarquer que cet absolu de la puissance se mesure sur l'absolu de l'intelligence ; mais l'absolu de celle-ci ne se mesure pas sur l'absolu de celle-là. Disons donc que Dieu est tout-puissant parce qu'il peut faire tout ce qui est possible en soi, c'est-à-dire tout ce qui a quelque vérité; Dieu est tout-puissant parce qu'il peut faire tout ce qu'il conçoit et que son intelligence est inépuisable.

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430. Critique de Descartes. — L'opinion de Descartes est moins admissible encore. Il est absurde que Dieu puisse faire ce qui répugne ou que la contradiction absolue que nous trouvons entre certaines choses vienne de la volonté libre de Dieu. Ce qui est contradictoire n'a pas de vérité, c'est le néant absolu ; comment Dieu, qui est vérité première et être pur, pourrait-il prendre pour objet l'absurde et le néant ? Ajoutons que si l'opinion de Descartes était vraie, la science humaine n'aurait plus pour objet que le contingent, l'absolu lui échapperait, toutes nos certitudes seraient hypothétiques; car les essences des choses, qui sont l'objet de la science, seraient muables aussi bien que leur existence. Enfin le bon sens dépose ici contre l'opinion cartésienne. Pour savoir si une chose est possible absolument, on ne recourt pas à la volonté libre de Dieu, on considère cette chose en elle-même, dans ses éléments et, s'ils sont conciliables ou inconciliables, on ne doute plus de la possibilité ou de l'impossibilité de la chose.

Par là même se trouve démontrée notre opinion : c'est à la vérité pure et première, c'est à l'intelligence divine qu'il faut recourir pour expliquer la pQssibilité intrinsèque des choses. Cette possibilité ne diffère pas de leur intelligibilité ; or leur intelligibilité première et absolue est en Dieu, considéré comme souveraine intelligence. D'autre part l'intelligence de Dieu ne fait qu'un avec l'essence divine. Si Dieu connaît, comprend, conçoit les possibles, c'est qu'il existe. Les choses sont donc possibles d'abord et formellement parce que Dieu les connaît, et finalement parce qu'il existe. cr

» P.

431. Objections. — 1° On nous(objecte que des choses possibles, d'après notre opinionq seIgaoniqadent avec les idées divines et partant l'essende-diyäne :ide là le panthéisIIl0. 99'16q JII6aaiijq

Rép. Les idées divines ne libntiiquoHn9avec l'essènce divine, mais elles expriment autre chose que l'essence divine : cette essence est unique,.standis que les idées ne sont pas moins nombreuses que les termes de création qu'elles expriment. Il n'y a donc pas de panthéisme à dire que l'essence logique des choses ou les idées de ces choses s'assimilent de quelque manière aux idées divines, que la vérité et l'essence de ces choses se rapportent à la vérité et à l'essence divines. Le panthéisme consisterait à confondre l'essence réelle des choses avec l'essence logique et à mettre le monde en Dieu, le terme de la création dans la divinité même. 29 On insiste : il suit de ceci que la création consisterait à tirer les choses de leur possibilité et non pas du néant. Rép. Les choses sont tirées de leur possibilité, c'està-dire qu'elles étaient possibles, mais elles sont aussi tirées du néant, puisqu'elles n'existaient d'aucune manière ni dans leur forme ni dans leur matière. Encore une fois l'essence logique ne se confond pas avec l'essence réelle ; l'essence logique n'est point, par rapport à l'existence, comme une matière par rapport à la forme qui en est tirée ou qui s'y ajoute : c'est l'essence réelle et créée qui est · dans ce rapport avec l'existence. 3° Nous pouvons concevoir la possibilité intrinsèque . des choses sans penser à Dieu. Donc elle n'en dépend pas. Rép. Nous pouvons aussi concevoir l'existence des choses sans penser à Dieu : s'ensuit-il que l'existence des choses ne dépende pas de Dieu ? Mais nous connaissons mieux et par ses premiers principes l'existence quand nous pensons à Dieu : de même aussi nous connaissons mieux la possibilité des choses, quand nous nous élevons à la première vérité et à la première puissance. 4° Toute intelligence, même l'intelligence divine, présuppose son objet. Donc l'intelligence divine présuppose les essences des choses ou leur possibilité, qui dès lors ne dépend pas de l'intelligence divine. Rép. — Toute intelligence présuppose seulement son objet essentiel et premier ; or ici l'objet premier et essentiel de l'intelligence divine c'est la divine essence, dans laquelle Dieu connaît les essences des choses.

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