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guons d'abord l'acte pur de celui qui ne l'est pas. L'acte pur n'est mêlé à aucune puissance, il n'a rien de potentiel, il est acte tout entier, la possibilité y est toute réalisée ; en d'autres termes encore, il n'est pas l'acte d'une puissance à laquelle il s'ajoute et qui le limite ou le conditionne et il n'est pas lui-même ordonné à un acte ultérieur, à une perfection plus haute. Dieu seul est un acte pur, l'être au plus haut degré, parfait sous tous les rapports.

Distinguons ensuite l'acte premier d'avec l'acte second. L'acte premier ou fondamental est celui qui n'en suppose pas d'autre, mais auquel peuvent s'ajouter des actes ultérieurs : par ex. la forme substantielle, qui donne le premier être ; l'âme, qui donne d'être homme, réalité qui est le fondement de toutes nos autres perfections humaines L'acte second, au contraire, s'ajoute au premier : par ex. la raison et la pensée dans l'âme. Etre homme, voilà l'acte premier ; mais comprendre, raisonner, travailler, voilà des actes seconds.

Il va sans dire qu'un acte second peut être dit premier par rapport à un acte ultérieur. Ainsi la raison (faculté) est dite acte premier par rapport à l'exercice même de la raison et à la pensée.

420. Acte subsistant, non subsistant. — Au point de vue du mode d'existence, l'acte est subsistant ou non : subsistant, s'il peut exister seul, séparément (comme l'esprit pur et l'âme humaine, qui n'a toutefois l'existence indépendante que d'une manière incomplète) ; non subsistant, s'il ne peut exister séparément d'une matière ou d'un sujet. Dans ce cas, l'acte est substantiel ou accidentel : substantiel, s'il donne son premier être à une substance (telles sont les formes substantielles non spirituelles, les âmes des bêtes, le premier principe vital des plantes, la forme substantielle des corps inorganiques) ; accidentel, s'il ne donne à la substance qu'un être accessoire ou complémentaire (telles sont toutes les formes accidentelles ou accidents, la quantité, la qualité, les opérations ou actions : bref, les actes seconds dont il vient d'être question). Ces notions permettent déjà d'entendre les axiomes ou principes suivants : 421. Axiomes sur la puissance et l'acte. — 10 Une chose n'est parfaite qu'autant qu'elle est en acte. Par ex., l'homme n'est parfaitement homme qu'autant qu'il pense et agit en homme, c'est-à-dire raisonnablement. 29 L'être agit en tant qu'il est en acte ; il souffre et reçoit l'action d'autrui en tant qu'il est en puissance. 3° Tout être muable est composé de puissance et d'acte : d'acte puisqu'il a présentement un état, une forme, une perfection ; de puissance, car il est susceptible de recevoir une autre forme ou perfection. 4° La puissance en tant que telle ne peut par elle-même et elle seule se déterminer à l'action ; mais elle a besoin d'y être déterminée par un acte. Car le moins ne donne pas le plus, tout effet a sa cause proportionnée. Ainsi notre faculté de connaître, par cela seul qu'elle est une puissance de connaître, ne connaîtra pas actuellement, si elle n'est déterminée par un objet qui agisse de quelque manière sur elle. On pourrait ainsi remonter de puissance en acte jusqu'au premier principe de tout acte, de tout mouvement, c'est-à-dire à Dieu. 5° L'acte absolument pur est infini ; car l'acte est être et perfection. 6° Mais l'acte qui n'est pur que dans un ordre, c'est-àdire relativement, n'est pas la perfection absolue. Par ex., la pensée de l'homme peut être pure comme pensée humaine, mais non pas absolument comme connaissance et subsistante. 79 Voici maintenant un autre principe plus difficile à saisir : La puissance qui est ordonnée à un acte doit être dans le même genre suprême que cet acte. Les genres suprêmes sont la substance et l'accident (1). Nous disons donc que, si la puissance est substantielle, l'acte sera substantiel ; si la puissance est accidentelle, l'acte sera accidentel, et réciproquement. Il le faut bien, car l'acte déter, mine, spécifie la puissance ; or une puissance substantielle ne peut être complétée, déterminée dans son espèce par un accident, ni une puissance accidentelle par un acte substantiel. Par ex., l'intelligence (faculté ou puissance), qui est un accident, une propriété de l'âme, sera complétée par l'acte d'intelligence, la pensée, qui est aussi un accident ; au contraire, la matière première, qui est une réalité substantielle, doit être complétée comme puissance par un acte substantiel, qui est la forme substantielle. (V. Vocabulaire : Acte.) | 8° On voit par là que l'acte et la puissance divisent l'être et tout genre d'être, c'est-à-dire que l'acte et la puissance se retrouvent partout, dans l'être, dans la substance et dans l'accident. On ne trouve pas d'accident dans la substance, ni de substance dans l'accident ; une substance ne peut être accident sous certains rapports, ni un accident ne peut être substance. Mais soit dans la substance, soit dans l'accident, on trouve quelque chose de potentiel et quelque chose d'actuel ; un acte peut être une puissance et une puissance peut être acte, sous différents rapports.

| (1) Nous disons l'accident, au singulier. Mais il ne faut pas entendre que l'accident soit un genre suprême dont la qualité, la relation etc. ne seraient que des espèces. Toutes les catégories sont des genres suprêmes Mais l'accident, en général, domine de quelque manière tous les accidents.

422. Le possible. Le néant. — Portons maintenant notre attention sur la puissance logique, c'est-à-dire sur le possible. Le possible est ce qui peut être. On voit comment il · diffère du néant : le possible est une affirmation d'être, une affirmation limitée ; le néant au contraire, est une pure négation. Le néant n'est pas d'être possible, mais c'est un néant de n'être que possible. Le possible est un non-être réel, mais c'est un être idéal ; le possible n'a pas d'existence, mais il a une essence, il est concevable par lui-même, ou du moins par l'actualité qui le réalise, tandis que le néant n'est concevable que par l'être auquel il est opposé et qui l'exclut.

423. Possible intrinsèque, extrinsèque. — On distingue

la possibilité intrinsèque, absolue, métaphysique, et la possibilité extrinsèque, relative. La possibilité absolue d'une chose consiste en ce que cette chose ne répugne pas. Toute idée qui n'implique pas contradiction est réalisable, elle exprime une possibilité absolue. Quant à la possibilité relative d'une chose, elle consiste en ce que cette chose peut être réalisée par telle ou telle cause donnée : par ex., la création du monde, qui est impossible à l'homme, est possible à Dieu ; la création d'une ville, qui est impossible à un homme seul, est possible à une société. La possibilité relative est physique ou morale : physique, si les causes suffisantes sont données; morale,si les circonstances n'apportent pas de difficulté insurmontable et des impossibilités pratiques. A ces trois ordres de possibilité : métaphysique, physique, morale correspondent trois ordres d'impossibilité. Bien des choses sont impossibles moralement qui ne le sont pas physiquement, et bien des choses sont impossibles physiquement, par ex. le miracle, qui ne le sont pas absolument. Tout ce qui est possible absolument est possible à Dieu. L'impossible absolu, métaphysique, est tel, non point parce qu'il n'y a pas de cause capable de l'accomplir, mais bien parce qu'il ne peut être accompli, parce qu'il manque de vérité et ne peut être conçu.Au contraire, ce qui est possible est tel en définitive parce qu'il est concevable et qu'il y a une cause capable de le réaliser. Mais ici nous touchons à la question du dernier pourquoi des possibles. Avant de la résoudre, voici d'abord les erreurs principales sur la nature et l'origine du possible.

424. Erreurs sur le possible. — Des philosophes anciens, ceux de l'école de Mégare, ont confondu le possible avec le nécessaire. Il n'y aurait point de contingence en ce monde ni par conséquent de liberté, car l'acte libre est contingent.

Cette opinion fut plus tard celle d'Abélard, puis de Wiclef, de Hobbes, de Spinosa. Celui-ci n'hésite pas à dire que le contingent n'est qu'une apparence ; tous les déterministes, aujourd'hui si nombreux, ne pensent pas autrement. Cette erreur est réfutée par là même qu'on établit la liberté divine et la liberté humaine. La liberté entraîne la contingence, et toute contingence est suspendue en définitive à quelque acte libre.

Contrairement aux premiers, d'autres philosophes ont pensé que l'impossible était possible : ainsi Hégel, Héraclite et autres sceptiques, qui essaient de concilier les contradictoires. De cette erreur se rapproche celle de Genovesi, qui range certaines impossibilités absolues parmi les impossibilités morales : ainsi, d'après lui, le péché, l'erreur seraient moralement impossibles à Dieu, mais non pas absolument.— Reste à savoir maintenant quelle est l origine du possible ou le dernier pourquoi de la possibilité. Le voici :

THÈsE. Les essences peuvent exister, c'est-à-dire sont intrinsèquement possibles, non point parce que nous les concevons, ni parce qu'elles existent, mais leur possibilité intrinsèque dépend de Dieu seul, et de Dieu considéré non pas dans sa puissance infinie, ni dans sa volonté libre, mais dans son intelligence et finalement dans son essence : bref, les choses sont possibles, d'abord et formellement parce que Dieu les conçoit, et finalement parce qu'il existe.

425. La possibilité des choses et l'intelligence de l'homme. — Les essences sont intrinsèquement possibles non point parce que nous les concevons. Nous nous séparons ici de Wolf et Genovesi. Nous leur accordons qu'un signe très sûr qu'une chose est possible, c'est que nous puissions vraiment la concevoir ; mais c'est là un effet de la possibilité intrinsèque de la chose et non pas une cause : en réalité la possibilité intrinsèque ne dépend nullement de notre esprit. La preuve en est que l'esprit hu

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