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ardeur à les défendre, alors cependant qu'elles paraissent être des thèses de pure spéculation. A l'opposé de l'opinion thomiste est celle de Suarez et de ses disciples, qui estiment qu'entre l'essence réelle des créatures et leur existence il n'y a qu'une distinction logique. Scot et les scotistes se montrent moins affirmatifs dans un sens comme dans l'autre ; ils concluent à une distinction formelle, qui ne serait ni purement logique ni purement réelle ; et peut-être que leur opinion s'accorde avec la nôtre. Mais nous sommes loin de penser, avec Balmès, que cette controverse est plus subtile que solide (1).

410. Discussion des raisons alléguées par les thomistes. — Si l'existence et l'essence ne faisaient qu'un, disent les thomistes, on ne pourrait entendre l'une sans l'autre ; or nous pouvons très bien concevoir l'essence d'une chose sans son existence. Rien de plus distinct que ces deux questions qu'on peut se poser sur une même chose : Estelle2 et : Qu'est-elle ? † Cette raison est ainsi développée par l'auteur de l'Ontologie (2) : « L'essence ce que la chose est — embrasse les notes que nous visons à comprendre dans nos définitions. L'existence est l'existence, elle n'est traduisible par aucune autre notion équivalente. Or, d'une part, l'objet d'une définition, quel qu'il soit, ne comprend jamais l'existence : représentez-vous une chose quelconque de la nature, non seulement avec les notes qui appartiennent à l'espèce, mais en essayant d'y comprendre les notes qui l'individualisent ; attribuez-lui toute la réalité qui pourrait répondre à la question : qu'est cette chose ? la

et du corps ; celui de la distinction réelle de la substance et de l'accident, le mystère de la Sainte Eucharistie ; celui de la distinction réelle de l'essence et de l'existence jette de vives lumières sur le mystère de l'Incarnation. Le Christ réunit deux essences, divine et humaine, dans une seule existence ou subsistence divine.

(1) Philosophie fondamentale, liv. V, chap. XII.

(2) Ontologie, par D. MERCIER, 3° éd.— Voir aussi ZIGLIARA, Summa phil. -

chose n'en demeurera pas moins dépourvue d'existence, capable d'exister, mais non-existante. « D'autre part, la note d'existence est une et indivisible (1), elle est l'existence et n'est que l'existence ; à telle enseigne que nous ne lui trouvons point de synonyme et que, lorsque nous voulons nous la représenter plus distinctement, nous nous contentons de l'opposer à sa contradictoire, la non-existence ou le néant (2). « Donc ni l'essence n'enferme l'existence, ni l'existence l'essence ; entre les deux il y a diversité adéquate ; elles répondent à deux questions différentes, observe saint Thomas, l'existence à la question an est, l'essence à la question quid est ; donc, enfin, quand elles se rencontrent en un même tout, elles ne peuvent y être que réellement distinctes. » . —Mais on répond à cet argument que, s'il est vrai qu'on peut concevoir l'essence logique sans l'existence de la chose, on ne peut concevoir l'essence réelle sans l'existence. Et c'est ce qu'a fort bien remarqué le cardinal Franzelin, comme on le verra tout à l'heure. L'essence logique (l'idée, la définition) n'implique pas l'existence ; mais l'essence réelle (res) et l'existence s'impliquent mutuellement. Dès lors il est clair que la distinction profonde des deux questions qu'on peut se poser sur toute chose : Existe-t-elle et : Qu'est-elle ? (An sit? Quid sit?) prouve bien la distinction absolue de l'essence logique (ou idée de la chose) et de l'existence (ou de la chose existante), mais elle ne prouve nullement la distinction réelle de l'essence réelle et de l'existence. Or, ce n'est pas la première, mais seulement la seconde distinction qui est en cause. Trop souvent les arguments allégués

(1) Remarquons, en passant, que la note d'existence n'est pas tellement une qu'elle prime la note d'être. L'existence est l'être en acte.

(2) Remarquons aussi que la non-existence n'est pas l'équivalent rigoureux du néant. Celui-ci est directement opposé à l'être ; celle-là, à l'existence.

ne démontrent que la première ; ce qui est superflu et hors de la question. | | Une seconde raison consiste à dire que si l'existence et l'essence n'étaient qu'un dans les choses créées, il s'ensuivrait que les créatures existeraient par leur essence ; ce qui est le propre de Dieu. — Mais on répond qu'il n'y a pas d'inconvénient à dire que les créatures existent par leur essence réelle, dès lors que Dieu l'a réalisée; de même qu'il n'y a pas d'inconvénient à dire que les substances créées existent en elles-mêmes et non pas en Dieu, dès lors qu'elles ont été créées. Dieu fait que les substances subsistent en elles-mêmes et que les essences réelles existent par elles-mêmes sous son influx constant et sa dépendance absolue. Il n'en reste pas moins vrai que les substances et les essences ne subsistent et n'existent qu'en vertu de la création et que Dieu seul existe absolument par lui-même et en lui-même. | On espère alléguer une raison invincible en raisonnant de la sorte : L'existence qui ne fait qu'un avec l'essence réelle est une, nécessaire, infinie, incréée. Elle est une, car, s'il y avait plusieurs existences de cette sorte, elles seraient distinctes entre elles. Or, elles ne pourraient être distinctes entre elles d'aucune manière : ni comme existence, car l'existence comme telle est une ; ni comme essence, car, dans l'hypothèse, l'essence ne fait qu'un avec l'existence. Si l'essence réelle des créatures se confondait avec l'existence, il n'y aurait donc qu'une existence et une essence au monde. — Elle est nécessaire, car les essences sont nécessaires. — Elle est infinie, car une existence pure qui n'est pas limitée par une essence lui servant comme de sujet et de puissance, est infinie. — Elle est improduite ou incréée par la même raison. Mais on peut répondre en niant que l'existence qui ne fait qu'un avec l'essence réelle soit par là même unique, nécessaire, etc. Les existences qui s'identifient avec les essences réelles des créatures demeurent distinctes entre elles, car l'existence n'est une et unique que comme concept. Parce que le concept d'être est un, dira-t-on qu'il n'y a qu'un être ? Ensuite cette existence de la créature , qui s'identifie avec l'essence réelle n'est pas nécessaire, car l'essence de la créature n'est nécessaire absolument que dans l'ordre logique; elle n'est nécessaire dans l'ordre réel qu'hypothétiquement : étant réalisée, elle doit être ce qu'elle est. Pour les mêmes raisons, on ne peut la dire improduite ou incréée. Elle n'est pas non plus infinie, puisqu'elle passe de la possibilité à l'existence et qu'elle s'identifie, au fond, avec l'essence, qui est finie. On nous menace de conséquences panthéistes ; mais l'opinion contraire n'est pas sans danger, car elle tend, semble-t-il, à confondre l'essence logique, idéale, avec l'essence réelle, si bien qu'il faudrait attribuer à celle-ci les propriétés de celle-là.

411. Discussion de l'opinion de Suarez. — Voici l'argument principal de Suarez : L'essence réelle dont il s'agit ici doit être actuelle et produite, et non pas une essence purement possible. Mais cette essence actuelle et produite, doit être constituée telle par quelque chose qui ne diffère pas d'elle-même et qui est l'existence même. L'existence c'est donc l'essence réelle elle-même. Parmi les tenants de cette opinion on peut citer le cardinal Franzelin, qui la formule ainsi : « Est omnino evidens in re posita extra suas causas, in statu actualitatis, ne ratione quidem abstrahi posse formalem existentiam » (1). Bref, nous dirions d'une autre manière : on ne comprend pas comment l'existence de l'essence réelle diffère de l'essence réelle de l'existence.

Voici maintenant la réponse : Il est vrai que l'essence réelle et produite doit être constituée par quelque chose qui ne diffère pas d'elle-même ; mais il n'est pas nécessaire qu'elle soit actualisée formellement par elle-même, elle

(1) De Verbo incarnato. Cité par D. MERCIER. Ontologie, 3° édit., p. 110.

peut et doit l'être par un principe distinct. L'essence réelle est constituée comme essence par elle-même , mais elle est actuelle par l'existence qu'elle reçoit. Dès lors, on voit très bien comment l'existence de l'essence diffère de l'essence de l'existence : elle en diffère en quelque façon comme la forme de la matière diffère de la matière de la forme. Toute proportion gardée, il en est de l'essence et de l'existence comme de la matière et de la forme, de la puissance et de l'acte. Même la matière réelle, actuelle, produite, n'est actualisée, déterminée que par la forme ou l'acte qui s'y ajoute : ainsi-en est-il de l'essence par rapport à l'existence. Si les arguments des thomistes ne sont pas démonstratifs, ceux de leurs adversaires le sont moins encore. Pour n'en pas douter, faisons les remarques suiVantes

412. Remarques. — 19 A voir l'aete ou l'existence, ce n'est point être l'acte ou l'existence. L'essence réelle a l'acte ou l'existence, mais sans être cet acte, cette existence, , qui la détermine. L'essence réelle est existante, mais non pas existence : tout est là. L'essence réelle diffère de l'essence logique ; elle a plus d'être que l'essence logique, puisqu'elle est donnée hors de ses causes et, en particulier, hors de l'esprit qui la conçoit; elle est un acte, si on veut, par rapport à l'essence logique, mais une puissance par rapport à l'existence qui l'actualise. 2° La créature qui est produite n'est pas une essence seule ni une existence seule, mais l'une et l'autre, elle résulte de l une et de l'autre ; l'essence et l'existence con· courent à former un même composé, comme la puissance et l'acte, la matière et la forme. 39 Remarquons enfin que de la distinction réelle de l'es· sence et de l'existence il ne faut pas conclure qu'elles pourraient exister séparément. Beaucoup de choses sont distinctes réellement entre elles sans être séparables, par exemple l'intelligence (faculté) et l'âme (substance), la matière et la forme substantielle. De même il n'y a pas

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