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elle serait cette autre et non pas elle-même. D'ailleurs, nous venons de voir que l'essence ne peut être divisée, diminuée ; mais, pour la même raison, elle ne peut non plus être augmentée : l'essence est comme un nombre qui cesse d'être si on y ajoute, comme si on y retranche (est in indivisibili). L'essence est donc immuable. — Pour les mêmes raisons on peut ajouter qu'elle est incorruptible.

403. Les essences sont éternelles. — Nous parlons ici d'une éternité négative. Cette éternité ne consiste pas en ce que toutes les essences existent et aient existé de tout temps, mais en ce que les essences, étant immuables, échappent aux prises du temps. Pour les essences idéales, nulle difficulté : elles sont éternelles comme la vérité et les définitions absolues. Pour les essences réelles, elles sont éternelles de la même manière qu'elles sont immuables ; elles ont commencé, il est vrai, à être réelles, mais non pas en vertu d'une mutation proprement dite, car la création est un commencement, sans être une mutation ; celle-ci suppose une existence antérieure, elle est le passage d'un terme réel à un autre.

404. Les essences sont nécessaires. — C'est-à-dire qu'elles sont nécessairement possibles, et si elles existent, elles sont nécessairement ce qu'elles sont. 405. Les essences sont infinies. — Non pas en ellesmêmes, mais en extension. Il est évident, en effet, qu'un nombre indéfini d'individus peuvent avoir même essence, même nature, même espèce. Si le nombre des individus du même genre est nécessairement limité, cela ne provient pas du genre, mais du nombre : le genre est toujours communicable et, sous ce rapport, infini dans l'espace et dans | le temps. C'est la même vérité que l'on exprime dans cet aphorisme : Universalia sunt ubique et semper.

406. Essences et universaux. — On voit par là que les essences se confondent avec les universaux ou du moins n'en diffèrent guère que par l'aspect. L'essence logique, c'est en définitive l'universel formel, réflexe, le genre ou l'espèce, etc. ; et l'essence réelle ou la nature, c'est l'universel réel, direct, celui qui est dans les choses.

407. Toute essence est-elle simple ? — Ici on peut se demander si les essences des choses sont simples ou composées. Descartes pense que toutes les essences sont simples et que chaque chose est constituée par un seul principe : par ex. l'homme serait constitué par la pensée. Les scolastiques, au contraire, pensent que, l'essence divine exceptée, toutes les autres sont composées de quelque manière, réellement ou logiquement. La raison en est que chaque espèce d'être a quelque chose de commun avec les autres espèces et quelque chose de propre ; de là au moins deux principes essentiels : par ex. l'essence d'homme est composée de corps et d'âme, de matière et de forme, ou de sensibilité et de raison, suivant le point de vue où l'on se place. Et cette composition n'empêche pas, nous venons de le voir, l'indivisibilité des essences. .

408.. Plusieurs essences sont connaissables à l'homme. — Ici nous avons à combattre tous les adversaires de l'absolu, tous ceux qui regardant l'essence, la substance des choses comme inaccessible et tout à fait inconnaissable, tiennent la métaphysique pour chimérique (1). Il est bien évident que, si la science humaine s'arrête aux phénomènes, aux accidents, à la superficie des choses, la métaphysique, qui prétend en atteindre le fond, est illusoire. Déjà nous avons rencontré ce scepticisme, en traitant des universaux et en établissant que le critérium de certitude n'est pas dans les sens.

Pour ne citer qu'un de nos contradicteurs, Locke sou

(1) C'est l'agnosticisme ou scepticisme métaphysique contemporain, principe de toutes les erreurs modernistes, dénoncées et condamnées dans l'Encyclique Pascendi (8 sept. 1907). L'agnosticisme est le rendez-vous de systèmes d'ailleurs très différents, comme le positivisme et le kantisme (V. divers articles dans la Pensée contempor. : 3e année, Ni agnosticisme, ni anthropomorphisme, p. 393 ; 4° année, De l'agnosticisme et de ses contraires, p. 385 ; 5e année, L'Encyclique et Autour de l'Encyclique. ©

tient que toutes les définitions ne sont que des explications verbales, elles n'expriment donc pas l'essence des choses : si nous parlons pourtant de celle-ci, nous nous payons de mots, nous entendons par essence la collection seulement des phénomènes et des propriétés sensibles. La conséquence de cette doctrine, c'est que les idées générales sont de purs concepts ; c'est sur elles que s'est exercée la subtilité scolastique, mais sans pouvoir jamais atteindre les essences réelles. C'est à cause de cette impuissance radicale sur le fond même des choses que nous ne pouvons pas, poursuit Locke, démontrer qu'une matière pensante répugne. Nous soutenons, au contraire, que les essences réelles nous sont livrées de quelque manière par les essences logiques qui les expriment. Il faut seulement que nos idées s'appuient suffisamment sur les faits observés et soient le fruit de raisonnements légitimes. Il est absurde de borner l'esprit à la collection des phénomènes et des accidents qui tombent sous l'expérience. Les propriétés des choses Ont un lien entre elles, c'est leur essence; les accidents ne sont groupés et n'existent simultanément que dans une même substance. Au reste, nous convenons que bien des essences nous échappent et que beaucoup d'autres nous s0nt peu connues ; de plus la connaissance que nous en avons n'est pas intuitive, elle est abstractive. Mais tout en faisant ces concessions, nous maintenons nos prétentions. Voici pourquoi : 1° Considérons d'abord que les existences des choses s0nt toutes contingentes, variables, et que cependant n0tre science atteint de quelque manière le nécessaire, l'absolu, par ex. en mathématiques, si l'on ne veut parler de la métaphysique. Donc nous ne connaissons pas seulement des existences, mais encore des essences. 2o Il faut être bien sceptique pour douter que nous connaissons plus ou moins parfaitement l'essence de certaines choses, par ex. de l'homme, de l'animal, de la plante. Il faut être bien sceptique pour regarder toutes nos défi

nitions comme de pures équivalences de mots et toutes
nos idées comme de pures formes subjectives. Mieux vaut
nier l'intelligence elle-même, si on lui refuse toute vue sur
l'absolu et les essences, son objet nécessaire.
39 La connaissance des essences est le fruit naturel, né-
cessaire même de l'observation des faits poursuivie avec
raison et méthode. Puisque nous connaissons les accidents,
les propriétés réelles des choses, comme d'autre part
les propriétés découlent de l'essence, il faut bien que nous
puissions arriver par là à quelque connaissance du fond.
4° On nous accordera, tout au moins, que l'homme
connaît l'essence de ses propres œuvres : d'une maison,
d'une œuvre d'art, d'un mécanisme. L'inventeur con-
naît certainement le fond de sa découverte, et le contre-
facteur qui se l'approprie ne l'ignore pas davantage,
lorsqu'il est parvenu à décomposer et à recomposer exac-
tement l'œuvre de l'inventeur. Pourquoi donc l'homme
n'arriverait-il pas de la même manière à connaître, dans
bien des cas, l'essence des œuvres de la nature, qui sont
des œuvres d'art par rapport à Dieu ?
5° Enfin notre doctrine résulte de celle de l'objectivité
des universaux. Ils sont formellement subjectifs, mais ils
expriment l'essence même des choses. Donc cette essence
nous est connue, pourvu que nos idées universelles soient
le fruit légitime de l'observation et du raisonnement.

409. L'essence réelle des choses diffère-t-elle de leur existence ? — Ici nous touchons à l'une des questions les plus abstruses et les plus controversées de la scolastique. Disons d'abord quelques mots de l'existence. Nous ne pouvons pas plus la définir que nous n'avons défini l'essence. Elle est plus claire que toute définition, et l'essence elle-même n'est connue que par elle, de même que la possibilité n'est connue que par la réalité. Nous nous bornerons donc à l'expliquer, en disant qu'elle est l'actualité de la chose ; elle est ce par quoi la chose est en ellemême et non plus seulement dans ses causes ; elle est

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ce par quoi elle a son plus haut et dernier degré d'être : bref, l'existence, c'est l'être réel en tant qu'être,tandis que l'essence c'est l'être en tant que chose (v. no 398). Or il s'agit de savoir si, dans les êtres créés, l'essence diffère réellement de l'existence. Nous ne parlons que des créatures, car Dieu existe par son essence, on ne peut en douter. Il s'agit de l'essence des créatures existantes, c'est-à-dire de l'essence réelle, et non pas de l'essence logique ; car il est bien évident que l'essence logique des créatures diffère de leur existence, puisque les créatures peuvent ne pas exister. Enfin il s'agit d'une distinction réelle ; car la distinction logique ou de concept est hors de doute. Sur la question ainsi posée les scolastiques se sont divisés. Les plus écoutés tiennent pour l'affirmative, et d'abord saint Thomas (1). Son opinion est clairement exprimée, quoi qu'en aient dit plusieurs. Ils attribuent à saint Thomas l'intention seulement de prouver la distinction réelle de l'essence logique et de l'existence. Mais ni Scot, ni Durand, ni Suarez, qui n'ont point suivi saint Thomas sur cette question, n'ont douté que son intention n'allât plus loin. Ils sont d'accord, sur cette interprétation, avec tous les thomistes et généralement tous ceux qui soutiennent la distinction réelle de la matière et de la forme, de la substance et de l'accident. Ces thèses sont connexes et l'on passe facilement de l'affirmation ou de la négation de l'une à l'affirmation ou à la négation des autres. De plus, toutes ces thèses ont d'étroites affinités avec les dogmes de la foi et leur explication philosophique (2). De là cette

(1) Il serait facile de multiplier les textes du saint Docteur où son opinion est clairement exprimée. Qu'il nous suffise de ceux-ci : « Esse Comparatur ad essentiam, quæ est aliud ab ipso, sicut actus ad potentiam. Cum igitur in Deo nihil sit potentiale..., sequitur quod non sit aliud in eo essentia quam suum esse » I*, q. 3 art. 4). — « In omni autem creato essentia differt ab ejus esse et comparatur ad ipsum sicut potentia ad actum » (I*, q. 54, a. 3).

(2) Le système de la matière et de la forme explique l'union de l'âme

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