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L'être est ce qu'il y a de plus nécessaire—Sans l'être il n'y a rien, et sans l'idée d'être il n'y a pas d'autre notion possible. L'être est l'objet nécessaire de l'intelligence comme la lumière est l'objet nécessaire de la vue. Ou bien notre intelligence n'agit pas, ou bien elle perçoit l'être. Certes notre esprit ne voit pas tout par cette seule idée, mais il ne progresse qu'en la modifiant de mille manières, elle est contenue dans toutes les autres. L'aveugle peut manquer de l'idée de lumière ; le sourd, de l'idée de son ; tous les hommes manquent d'une foule d'idées importantes, utiles, nécessaires même, mais aucun de ceux qui ont fait acte d'intelligence n'a manqué de l'idée d'être.

5o L'idée d'être est absolument la première, soit dans l'ordre du temps, soit dans l'ordre logique. Comme elle est la moins déterminée, la plus confuse et la plus élémentaire de nos idées, et que notre esprit va toujours de la connaissance imparfaite à la connaissance parfaite, il faut bien qu'il parte de là. Ce qui tombe d'abord dans l'esprit, c'est donc l'idée d'être. Elle est la première aussi dans l'ordre logique; car toutes les autres ne sont que ses déterminations, ses modifications ; elle s'étend à toutes les idées, elles les soutient et les constitue.

On nous objectera que la même idée ne peut être première dans l'ordre du temps et première aussi dans l'ordre logique, parce que ces deux ordres sont inverses, comme l'analyse et la synthèse. Mais nous répondrons que l'idée d'être qui est la première dans l'ordre du temps est une idée confuse, c'est l'idée qui tombe dans l'esprit de l'enfant, tandis que l'idée d'être qui est la première dans l'ordre logique, c'est une idée très claire, celle que se forme le philosophe qui voit toutes les applications de cette idée et comment elle est le point de suspension auquel toutes les autres sont attachées.

6o L'idée d'être n'est pas générique ; car en dehors du genre il y a la différence, tandis que rien n'existe en dehors de l'être ; le genre est circonscrit ou du moins limité, tandis que l'être ne l'est pas.

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7o Elle n'est pas, à proprement parler, universelle, et pour les mêmes raisons. Chacun des universaux (le genre, l'espèce, la différence, le propre et l'accident) est circonscrit, limité : or l'être ne l'est pas. On ne peut donc définir l'être ; car la définition proprement dite se fait par le genre et la différence, elle circonscrit l'objet ; or l'être n'a ni genre ni différence, ni limite ou confins d'aucune sorte. 9° On ne différencie pas l'idée d'être, mais on la modifie, car l'idée d'être n'étant pas susceptible d'être déterminée par quelque chose d'extrinsèque, il reste à la déterminer en la modifiant ; nous connaîtrons ainsi tel ou tel ordre de réalités, l' Etre créateur ou l'être créé, la substance ou l'accident : les êtres se distinguent donc les uns des autres par leur être même. 10° Enfin, l'idée d'être n'est pas univoque, ni équivoque, mais analogue. Elle n'est pas univoque, car on n'attribue pas l'être de la même manière à tous les ordres d'êtres : par ex. à la substance et à l'accident, à Dieu et à la créature ; l'être de l'accident n'a rien de commun avec celui de la substance, ni celui de la créature avec celui du Créateur. L'idée d'être n'est pas non plus équivoque ; car l'être s'applique réellement, sans jeu de mot, à tous les êtres, quoique de diverses manières. Il reste donc qu'elle soit analogue. Ce n'est point par une pure métaphore que nous disons que la créature est un être et que Dieu est un être ; mais en réalité il y a en Dieu et dans la créature l'être, quoiqu'il n'y ait rien de commun entre eux et que la créature soit l'image finie de son Auteur infini (v. idées analogues, n° 52). 392. Objection. — Ici on nous objecte que si l'être était attribué aux créatures et à Dieu par analogie, il faudrait que Dieu nous fût connu avant les créatures ; car c'est l'être des créatures qui se rapporte à l'être divin, celui-ci est le terme principal de l'analogie ou de la proportion. Donc, de même qu'un climat salubre, un aliment sain,

une boisson saine ne se conçoivent que par rapport à la santé, ne sont intelligibles qu'après la santé, de même l'être des créatures ne se comprendrait que par rapport à l'être divin et ne serait compris qu'après lui et en lui. · Rép. Accordons tout de suite que la 8réature en tant

que créature n'est intelligible que par l'idée du Créateur. Nous retenons que l'être de la créature est intelligible par lui-même ; car son rapport avec le Créateur ne la constitue pas, bien qu'il lui soit essentiel. La créature a son essence propre, sa forme propre et par conséquent elle est intelligible, abstraction faite de son rapport, d'ailleurs nécessaire, avec Dieu.

393. L'idée d'être existant est avant l'idée d'être possible. — Plusieurs, avec Rosmini, regardent l'idée du possible comme antérieure à l'idée d'être existant.

Remarquons, avant d'en venir aux preuves, les trois acceptions du mot être. Il peut signifier : 1° l'existence ou l'être en tant qu'être ; 2° l'essence ou la chose ; 3° la composition d'un attribut avec un sujet. Au Ve livre de sa Métaphysique, Aristote signale fort bien ces trois acceptions et saint Thomas les explique à son tour en plusieurs endroits. Pour plus de clarté, nous dirons que l'être, dans sa première acception, est représenté par l'attribut de la proposition (adjectif, participe ou verbe) ; dans sa deuxième acception, par le sujet (nom ou substantif) ; dans la troisième, par le verbe en tant que celui-ci ne contient pas l'attribut mais n'est qu'un simple lien du sujet avec l'attribut. Le verbe être, dans cette troisième acception, remplit un rôle tout logique et subjectif, il marque une simple affirmation de l'esprit : nous n'avons donc pas à nous en occuper. — Cela étant remarqué, nous disons que l' être qui est l'objet de la première idée, c'est l'être en tant q u'être et non pas l'être en tant qu'essence, chose ou sujet ; l'idée d'être existant précède l'idée d'être possible.

394. Preuves. — 1o En effet, nous ne connaissons la · possibilité que par l'existence à laquelle elle se rapporte ;

une chose nous est connue comme possible parce qu'elle pourrait être. Qu'est-ce que le possible en définitive? C'est ce qui peut être : l'idée la plus simple, la première par conséquent, celle qui est le dernier terme de l'analyse, c'est donc l'idée d'être en tant qu'être ou l'idée d'existence, et non pas celle de possible. 2° En présentant cet argument d'une autre manière, nous dirons que l'essence est à l'existence comme la puissance est à l'acte. Or la puissance est connue par l'acte, elle se révèle et se mesure dans l'acte : ainsi l'intelligence (faculté) est connue par les actes d'intelligence. Donc l'essence est connue par l'existence et par conséquent après elle. 3° Des deux questions principales que l'on peut se poser à propos de tout : Cette chose est-elle ? et : Qu'est-elle? la première est certainement la question de l'existence. Or c'est là un indice manifeste que l'idée d'existence précède absolument celle d'essence. | Toutefois, nous convenons que dans bien des cas nous connaissons la nature et la possibilité d'une chose avant de connaître son existence. Mais cette priorité relative de la possibilité sur l'existence ne contredit pas la priorité absolue. 4° Autre considération. Notre esprit doit connaître d'abord l'être qui agit sur lui et qui par là se manifeste ; or cet être ne peut être que le réel, l'existant. C'est donc le réel, l'existant qui tombe d'abord sous notre connaissance et nous manifeste ensuite le possible (1). 395. Objection. — Ici une objection se présente : Que de choses possibles ne sont pas ! L'idée de possible est donc plus étendue que celle d'être et, sous ce rapport, la première. Rép. Il est vrai que le possible s'étend plus que le réel, quant au nombre des êtres ; mais l'idée d'être est toujours plus étendue, puisque l'idée de possibilité inclut

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celle d'existence. Nous avons dit : quant au nombre des êtres ; car l'Etre divin contient plus de réalité à lui seul que tous les possibles finis et réalisés n'en peuvent donner : Il a plus d'être que tous les êtres possibles ensemble. 396. Corollaires. — 1° Puisque l'idée d'être est avant l'idée de chose, l'idée d'existence avant l'idée d'essence, l'idée d'acte ou d'actualité avant l'idée de puissance ou de possibilité,il faut convenir aussi que le verbe est avant le nom, que le participe est avant l'adjectif, et l'attribut avant le sujet. Nous parlons toujours de l'ordre absolu. Et de fait nous voyons les langues confirmer cette conclusion: les verbes sont la racine la plus naturelle des noms, en hébreu et dans les langues les plus anciennes ; beaucoup d'adjectifs naissent naturellement des participes : par ex. désiré, recherché, aimé, etc. 2° On voit aussi, par ce qui a été dit, que l'être, en tant qu'être, ne peut être attribué essentiellement qu'à Dieu, c'est-à-dire que la créature peut n'être pas, Dieu seul est par essence. Mais l'être, comme chose, peut être attribué à toute créature, à tout ce qui la constitue ou la complète : matière, forme, accident, etc. ; l'être peut se dire aussi des universaux, qui ont une réalité objective, quoique imparfaite. Mais on ne peut appliquer l'être comme chose à ce qui exclut positivement toute réalité : les contradictions ou impossibilités (par ex. un cercle carré), les négations, les privations, le néant. — Parlons de celui-ci. 397. Idée et affirmation du néant. — Etablissons ici qu'on peut concevoir le néant, mais qu'on ne peut l'affirmer qu'avec limitation. Le néant est la négation ou l'absence d'être; le néant et l'être sont opposés comme n'ayant rien de commun, plutôt que comme contraires, car entre l'être en tant qu'être et le néant il y a un milieu très étendu : l'essence, la puissance, la possibilité. Il y a néant et néant, de même qu'il y a être et être : entre les deux il y a parallélisme et opposition constante. Il y a le néant de l'existence seulement (la pure possibilité) : tel est le néant d'où nous sommes sortis ; et il y a le néant absolu

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