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MÉTAPHYSIQUE

CHAPITRE XX

DE LA MÉTAPHYSIQUE (1)
NOTIONS PRÉLIMINAIREs, DEs TRANSCENDANTAUx
ET EN PARTICULIER DE L'ÊTRE

388. Définition et division. — Si c'est par hasard que la philosophie première d'Aristote reçut le nom de métaphysique (pet2 t3 goziz3, après les choses physiques), les disciples du Maître l'ayant placée, sans autre intention, après les livres qui traitaient des sciences physiques, on conviendra que le hasard fut heureux. L'objet de la métaphysique, en effet, est de ceux qui ne tombent d'aucune manière sous les sens et ne sont perceptibles que par l'abstraction la plus haute.

La métaphysique est cette partie de la philosophie qui traite de l'être considéré dans ses plus hautes réalités. Elle diffère de la logique, qui traite de l'être idéal, des

(1) Outre les traités spéciaux, V. : SENTRoUL, L'objet de la métaphysique selon Kant et selon Aristote, 1905, ouvrage critiqué par Mgr Farges ; Pensée contemporaine, divers articles en 1904, mai et juin, etc. ; DE VoRGEs, Abrégé de métaphysique, 2 vol. 1906 ; ERMONI, Nécessité de la métaphysique, Revue néo-scol. 1906, sept. ; DUNAN, Légitimité de la métaphysique, Revue de métaphy. 1906, sept. ; CUCHE, Le procès de l'absolu, Revue de philosophie, 1908, juin et juillet.

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êtres de raison, des lois de la pensée et du raisonnement ; — de la morale, qui traite de l'être moral et de l'ordre qui lui correspond ; — des sciences mathématiques et physiques, qui traitent de l'être réel ou possible, mais considéré dans ses réalités moins hautes : ses dimensions, sa quantité, ses qualités ou ses éléments sensibles. La métaphysique traite de l'immatériel ; si elle traite des corps, c'est en tant qu'ils sont connus d'une manière spirituelle, c'est-à-dire en tant qu'êtres, substances, natures, causes, et non pas en tant que mesurés, comptés, divisés, agissant sur les sens. - N -

La métaphysique comprend deux parties : une partie générale, qui traite de l'être et de ce qui s'y rapporte : c'est l'ontologie ou philosophie première ; — une partie spéciale, qui traite successivement du monde (cosmologie, philosophie de la nature), de l'âme (psychologie) et de Dieu (théodicée). On peut ajouter à ces parties une pneumatologie ou traité des esprits purs, des anges ; mais, comme la philosophie ne nous en apprend rien ou ne nous les fait connaître que par comparaison avec l'âme, ce traité appartient plutôt à la théologie.

389. L'ontologie. — Wolff donna le nom d'ontologie (science de l'être) à la métaphysique générale ou philosophie première (1). Aristote avait déjà dit qu'elle est la science de l'être en tant qu'être. Par là sont déjà exclues les prétentions de ces philosophes qui dénaturent la philosophie première pour ne mettre à sa place qu'une idéologie, un traité de l'origine des idées (Locke, Condillac, de Tracy) Ou une théorie de la science (Fichte, auteur de la Doctrine de la science). La métaphysique est la science de l'être réel Ou qui peut le devenir, c'est la science de l'être et de ses

(1) L'Ontologie de Wolf est de 1730. Mais, dès 1681, Duhamel avait proposé le nom d'ontologie dans sa Philosophia vetus et nova (V. Paul GENY, L'enseignement de la métaphysique scolastique, article publié dans les Études du 20 avril 1908).

principales formes, de ses modes les plus élevés ou les plus généraux (1).

On voit dès lors toute sa difficulté et toute son importance. Les subtilités excessives, les disputes interminables dont elle a fourni l'occasion et la matière ne justifient pas les attaques dont elle a été l'objet (2). La renverser, ce serait détruire la philosophie elle-même. Celle-ci, privée de la métaphysique, n'est plus qu'une logique stérile et une morale mal assise.

L'ontologie se divise en trois parties. La première traite de l'être et de ses modes transcendantaux, c'est-à-dire supérieurs aux genres (unité, vérité, bien) ; la deuxième, des catégories ou genres suprêmes ; la troisième, des cauS6S.

390. Les transcendantaux. — Il faut entendre par les transcendantaux l'être et ses modes généraux. Ces modes diffèrent des catégories : substance, qualité, quantité, etc., qui sont des modes spéciaux de l'être et qui par conséquent ne conviennent pas à tout être (3). Mais comment énumérer, déterminer les modes généraux de l'être, les principaux du moins ? Le voici :

(1) Saint Thomas définit l'ontologie : Scientia quae « considerat ens, et ea quae consequuntur ipsum. — Scientia quae habet pro subjecto ens, quod est commune ad omnia ; et ideo considerat ea quae sunt propria entis, quae sunt omnium communia, tanquam propria sibi. »

. (2) On connaît les sarcasmes de Voltaire. D'Alembert n'est pas plus sage : il est vrai qu'il confond la métaphysique avec une vaine idéologie : « Presque toutes les autres questions qu'elle se propose (la métaphysique), dit-il, sont insolubles et frivoles ; elles sont l'aliment des esprits téméraires ou des esprits faux, et il ne faut pas être étonné si tant de questions subtiles, toujours agitées et jamais résolues, ont fait mépriser par les bons esprits cette science vide et contentieuse qu'on appelle communément métaphysique. » .

(3) Cf. S. Th. de Veritate, a. 1 : « Aliqua dicuntur addere supra ens, in quantum exprimunt ipsius modum, qui nomine ipsius entis non exprimitur. Quod dupliciter contingit : uno modo ut modus expressus sit aliquis specialis modus entis (de là les catégories)... ; alio modo ita quod modus expressus sit modus generaliter consequens omne ens » (de là les transcendantaux).

On peut considérer l'être en soi ou relativement. — Remarquons, en passant, que cette relation est transcendantale elle-même, elle n'est pas un accident, elle n'est pas cette relation que nous compterons plus tard parmi les catégories, et qui peut ne pas convenir à un être. Si l'on a égard au rapport supérieur qui est essentiel à tout être, il faut distinguer d'abord, parmi les transcendantaux, l'absolu et le relatif (v. n° 65). Mais poursuivons. — L'être, considéré en soi, peut être exprimé affirmativement | ou négativement. Si nous l'exprimons affirmativement, nous avons l'essence ou la chose (essentia, res); car l'être est son essence, et nous devons affirmer celle-ci de lui : l'être est ce qu'il est. Si nous l'exprimons négativement, nous avons l'un (adjectif) ou l'unité, c'est-à-dire l'indivision de l'être d'avec lui-même. Considéré par rapport à autre chose, l'être se distingue de cette chose, tout en s'y rapportant cependant. En tant qu'il s'en distingue, nous le désignons comme un être ou quelque être (aliquid). L'unité dont il s'agit ici n'est plus l'indivision de l'être d'avec lui-même, mais sa distinction d'avec tout autre. Ces deux aspects de l'unité nous apparaissent clairement dans l'un adjectif et dans l'un article ; autre est le sens de cette expression : l'homme est un et de celle-ci : un homme. Maintenant, en tant que l'être se rapporte à ce dont il se distingue, il est vrai ou bon : vrai, par rapport à l'intelligence ; bon, par rapport à la volonté. Et remarquons ici que le rapport de l'être avec un autre ne peut se terminer qu'à l'intelligence d'abord et, par l'intelligence, à la volonté ; car l'intelligence est la seule faculté qui entre en relation avec l'être en tant qu'être. On voit par là que les scolastiques ont fort bien énuméré l'être et ses modes transcendants de cette manière ens,res, unum, aliquid, verum, bonum. Nous pouvons ramener cette énumération à quatre termes : l'être, l'un, le vrai, le bien ou le bon. Seulement, par le mot d'être, il faudra entendre soit l'être en tant qu'être, en tant qu'existence, soit l'être en tant qu'essence ou chose ; et par le mot d'un ou d'unité il faudra entendre soit l'indivision de l'être d'avec lui-même, soit sa distinction d'avec tout autre. Nous traiterons donc successivement de l'être, de l'unité, de la vérité, et de la bonté ou du bien. Au sujet de l'être en tant qu'être, et de son opposé le néant, nous établirons la thèse suivante :

THÈsE. L'idée d'être, avec la réalité, qu'elle exprime, est ce qu'il y a de plus transcendant, de plus simple, de plus commun, de plus nécessaire ; l'idée d'être est absolument la première; elle n'est pas générique, ni à proprement parler universelle ; on ne peut la définir précisément; on ne la différencie pas, mais on la modifie ; elle n'est pas uni- . voque, ni équivoque, mais analogue.—De plus, l'idée d'être, qui est la première idée, c'est l'idée d'être existant plutôt que l'idee d'être possible. On peut concevoir le néant, qui est son opposé, mais on ne peut l'affirmer qu'avec limitallOn. -

391. Caractères de l'idée d'être. — 1° L'être est ce qu'il y a de plus transcendant ; car il est, par delà tous les genres, le dernier terme de l'analyse, le plus haut point de l'abstraction. Après la substance, la qualité... il y a l'essence, la possibilité..., puis l'être : il est impossible de poursuivre au delà, de monter plus haut ni de descendre plus bas. .

L'être est ce qu'il y a de plus simple , car on ne peut le diviser d'aucune manière ; il n'a pas de parties, pas d'espèces, pas d'accidents ni de modes qu'il puisse prendre et laisser ; tout mode est dans l'être. On ne peut donc pas analyser l'être comme tel, mais seulement tel ou tel être, il est le terme de l'analyse.

L'être est ce qu'il y a de plus commun, c'est-à-dire ce que l'on attribue le mieux à toutes choses. Toute chose est : elle peut n'être pas vraie, ni bonne, ni opportune, mais elle est toujours, elle a nécessairement quelque réalité ou possibilité. Le premier, le plus universel, le plus inévitable de tous les attributs, c'est donc l'être.

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