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avenir. C'est à cette œuvre de haute sagesse et de salut social que se consacrent, chacune à se manière, les écoles sociales qui se sont formées autour des Le Play, des Ketteler, etc. Qu'elles continuent de préconiser les observations sociales, l'étude des statistiques, les monographies d'ouvriers, et d'insister sur la nécessité de respecter les coutumes, de fortifier toutes les autorités légitimes ; mais qu'elles ne refusent point, d'autre part, de s'inspirer d'un idéal franchement chrétien et de le poursuivre avec décision, disons même avec hardiesse. | Sans se confondre avec l'école révolutionnaire, il s'est formé récemment une école sociale nouvelle (1), qui tombe sous les plus graves critiques. Son erreur capitale est d'assimiler les sciences sociales aux sciences naturelles et de vouloir les traiter par la même méthode.Mais toute science s0ciale est fondée essentiellement sur la morale, comme on le montrera dans la dernière partie de ce traité. Or la morale, loin d'être une simple histoire des mœurs, est établie avec les lois absolues de la conscience (celles du Décalogue) et fondée sur la théodicée et une psychologie spiritualiste. 384. Méthode historique. — L'histoire compte parmi les sciences sociales ; elle en est même la mère comme de toutes les autres. Sa méthode peut se résumer en un mot, la critique. Celle-ci n'est point un esprit de scepticisme, mais l'étude impartiale et la juste appréciation des témoignages historiques. Comme toutes les méthodes, elle a ses règles dictées par le bon sens ; la difficulté consiste moins à les connaître qu'à les pratiquer. La pratique, en effet, exige des dispositions morales dont les plus hautes qualités de l'esprit ne dispensent pas. Ecoutons ceux qui Ont le mieux traité ce sujet : « Les règles de la critique historique, dit M. Tardif, s'imposent à tout esprit droit par la force de leur évidence. Toutefois, malgré leur extrême

(1) M. Durkheim en est le représentant le plus en vue. Il publie depuis 1898 l'Année sociologique,

simplicité, ces principes sont d'une application délicate, et ils ne peuvent donner de bons résultats si l'on n'est pas dans les conditions d'ordre intellectuel et moral qui permettent d'employer utilement des instruments bien simples en apparence, mais dont le maniement réclame une main prudente (1). 385. Ses règles générales. — En d'autres termes, et pour parler sans détour, il faut être humble et aimer la vérité par-dessus tout ; se défier de son propre jugement et pratiquer sagement le doute méthodique ; se garder contre de secrètes préférences et ne jamais défendre une cause, que l'on croit bonne d'ailleurs, par de mauvais arguments ; ne pas vanter un auteur parce qu'on a besoin de son témoignage, ni le rabaisser parce que ce témoignage est contraire ; ne pas s'appuyer sur des arguments négatifs toutes les fois qu'ils sont utiles, pour les rejeter ensuite s'ils embarrassent ; enfin être impartial dans toutes les causes et envers tous les hommes, même et surtout envers ses ennemis. A ce point de vue en particulier, le christianisme, en brisant les barrières qui séparaient les hommes et les peuples, a rendu les plus grands services à la vérité historique. Ces règles générales si simples et que des païens mêmes n'ont pas méconnues, sont violées sous nos yeux journellement par des hommes dont un certain public applaudit toujours les travaux. « Notons bien, dit M. Ulysse Chevalier, cette curieuse anomalie de la science antichrétiene (2) ; nous l'avons surprise à reconstruire par hypothèse l'histoire des peuples dont les monuments ont disparu ; nous la retrouvons incrédule à l'endroit des événements pour lesquels on possède un amoncellement de preuves capables de satisfaire l'esprit le plus difficile. Je ne connais rien de plus écœurant en histoire que ce triste scepti

(1) Notions élémentaires de critique hist., p. 9. (2) Elle est représentée ici par RENAN (Hist. du peuple d'Israël), MASPÉRO (Hist. anc. des peuples de l'Orient).

A

cisme pratique, qui consiste à affaiblir la certitude des faits secondaires pour conclure à la non-existence du principal (1). » 386. Injustice du scepticisme historique. — Ce scepticisme historique, qui d'ailleurs s'allie très bien avec un dogmatisme partiel, est d'autant plus injuste que la plupart des grands faits historiques sont aussi certains que les faits présents les mieux constatés. On peut soutenir, en effet, comme nous l'avons fait (v. n° 276), que la certitude historique s'appuie souvent d'une manière indirecte sur des principes d'une rigueur scientifique. Sans parler de la foi, qui enveloppe les faits révélés d'une certitude incomparable, beaucoup d'autres faits bénéficient de cette solidarité de toutes les vérités nécessaires à l'homme. Il est aussi difficile, par exemple, de nier l'existence de Charlemagne et son action puissante sur tout le monde latin que de nier le soulèvement des Alpes ; et les invasions des Barbares ne sont pas moins certaines que les submersions successives du sol qui nous porte aujourd'hui. Notre monde social serait inéxplicable sans ces grands faits historiques, aussi bien que le monde physique le serait sans les révolutions que nous découvrent dans le passé les sciences géologique et astronomique. 387. Règles particulières. — Maintenant, s'il s'agit non plus de régler son propre esprit et son propre cœur, mais de contrôler les témoignages et les documents sur lesquels il se fonde, le critique devra emprunter encore beaucoup à la philosophie ou plutôt à l'esprit philosophique. Il devra, en effet, se garder des mensonges et des erreurs d'autrui, C0mme il s'est gardé de ses propres illusions ; il discernera les récits sincères et autorisés des récits mensongers et lntéressés, les écrits authentiques de ceux qui ne le sont pas ; bref il ne jouera jamais le rôle de dupe, mais celui de

(1) Des règles de la critique historique. — Voir le P. LAGRANGE, O. P. la méthode historique, surtout à propos de l'Ancien Testament, 1903. Controverse qui a suivi avec le P. Delattre.

juge éclairé et prudent. A cet effet, il appliquera une foule de règles particulières qui appartiennent à l'art de la critique et qui concernent les traditions, les monuments de toute nature, les relations écrites, manuscrits, imprimés, procès-verbaux, actes officiels, mémoires, etc. Bornons-nous, ici, à quelques prescriptions 1o En ce qui concerne les auteurs, ils doivent être prisés suivant l'autorité qui s'attache à leur nom. Toutes choses égales d'ailleurs, les contemporains seront mieux informés que ceux qui ont écrit plus tard ; mais il arrivera facilement qu'ils auront moins d'impartialité. Ceux dont le récit est sans prétention ni recherche, ou qui du moins s'appliquent avant tout à raconter les événements plutôt qu'à en tirer parti, sont préférables aux orateurs, aux poètes, à tous ceux qui plaident une cause, qui en jugent d'avance plutôt qu'ils ne déposent comme témoins. 2° En ce qui concerne les livres, on jugera qu'ils sont authentiques, c'est-à-dire qu'on les attribuera à ceux dont ils portent le nom, si les historiens et la tradition n'ont pas varié, sur ce point ; si, d'ailleurs, les auteurs ont pu vivre au temps et dans les circonstances où ces livres parurent ; si la doctrine et le style sont les mêmes que ceux de l'auteur supposé, etc... Ensuite ces livres seront-regardés comme n'étant pas altérés, faussés, interpolés, s'ils sont conformes aux manuscrits originaux ou du moins aux plus anciens ; si la tradition et les écrivains n'ont pas douté de leur pureté ; si la doctrine et le style n'offrent rien qui ne s'accorde avec la doctrine et le style de l'auteur, etc. | 3° Enfin, en ce qui concerne l'interprétation, soit l'exégèse (interprétation grammaticale et historique, traduction), soit l'herméneutique (explication du sens des textes sacrés), elle méritera d'autant plus de créance que l'interprète (traducteur, exégète, commentateur) aura plus d'autorité, de savoir et de sincérité. On aura égard aux temps où il a vécu, aux idées qu'il avait à exprimer, aux comparaisons qu'il a dû employer, au génie de la langue dont il s'est servi ou qu'il a dû interpréter, etc.

Toutes ces règles se résument en deux principes : 1° Il faut que les témoins, contemporains ou non, oculaires ou indirects, auxquels on ajoute foi, aient pu connaître certainement les faits dont ils déposent. — 2° Il faut qu'ils aient été sincères. Autorité et sincérité, telles sont donc les deux conditions de la valeur des témoignages historiques. Ils permettent à l'historien, si lui-même est prudent et impartial, de porter un jugement sûr et d'être ainsi l'organe de la vérité historique, si indispensable à l'Eglise et à toute société. |

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