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monde extérieur ; du témoignage de sa propre mémoire. Il doute même des vérités absolues : il pense comme si c'était sa première pensée. Mais lorsqu'il a tout détruit et que sa pensée actuelle plane seule sur ces ruines, il s'aperçoit qu'il ne peut pas douter de cette pensée ellemême ni de sa propre existence, qui y est impliquée : « Je pense, dit-il ; donc, je suis. » Ce sera le fondement de toute la philosophie nouvellle.

En effet, pourquoi faut-il admettre cette vérité? Parce qu'elle est évidente. Descartes établit donc son principe de l'évidence ou des idées claires : « Il faut affirmer comme vrai ce que nous pensons clairement et distinctement. » Il s'aperçoit ensuite qu'il peut douter de son propre corps et non de sa pensée, que celle-ci se perçoit d'une manière tout à fait distincte de l'étendue. Donc l'âme n'est pas le corps : c'est, d'après lui, la thèse fondamentale du spiritualisme. De plus, il se perçoit clairement comme imparfait, bien qu'il ait clairement aussi l'idée du parfait. Mais le parfait, pense-t-il est avant l'imparfait ; le parfait, l'absolu est la seule cause qui explique l'idée que nous en avons ; donc Dieu existe.Avançons toujours. Dieu, qui est parfait, ne peut pas nous tromper ; donc le témoignage de nos facultés est vrai en principe, comme aussi celui des hommes. Et c'est ainsi que Descartes se flatte de rentrer en possession de la certitude la plus entière.

372. Critique. — 19 Nous supposons que le doute de Descartes est purement hypothétique, comme lui-même · a paru le dire. Il serait absurde, en effet, de douter réellement des vérités premières, les plus certaines, les plus · évidentes : ce serait du scepticisme absolu. Mais Descartes s'est exprimé d'une manière trop équivoque, et c'est la première critique que nous lui adressons.

2° Même équivoque au sujet de l'évidence, premier critérium de certitude.Veut-il parler d'une évidence objective ou subjective ? Ses disciples ne sont point d'accord, et leurs hésitations, leur scepticisme même accusent la doctrine du maître.

3° Ensuite, même le doute purement hypothétique ou fictif proposé par Descartes est impraticable et absurde. Remarquons d'abord que tout doute provisoire et conditionnel sur certaines matières essentielles connues déjà d'une manière certaine, est très dangereux pour nombre d'esprits : le doute provisoire plonge dans l'obscurité les esprits faibles, dont plusieurs se piquent d'être forts ; il devient bien vite définitif. Donc la méthode de Descartes n'est pas une méthode générale, bonne pourtous les esprits. Lui-même, nous l'avons vu, en convient. Mais il y a plus. Aucun esprit ne doit l'employer ; car on ne peut sortir logiquement du doute universel, ne fûtil qu'hypothétique (1). Descartes, en effet, doute du principe de contradiction et de la possibilité de parvenir à la vérité, puisqu'il doute des principes de la raison. Mais, il est impossible de faire un pas en philosophie, si l'on doute de ces vérités premières, si l'on refuse de s'appuyer positivement sur elles. Ou bien Descartes les accepte, et alors son doute est limité ; ou bien il les nie, et il faut reconnaître qu'il n'est pas sorti logiquement de son doute. · 4° En outre, Descartes veut partir uniquement de ce premier fait : je pense, j'existe. Mais il est impossible d'établir la science sur un fait contingent, un fait de conscience surtout. On ne peut passer de ce fait, et en vertu de ce seul fait, à des vérités générales, à une connaissance scientifique. Bref, et nous l'avons montré, la science a plusieurs sources, et Descartes y puise sans vouloir l'avouer. 5° Ajoutons que Descartes commet une pétition de principe quand il dit que nos facultés, et avec elles la raison, ne trompent pas, parce que Dieu est vrai, et que, d'autre part, il prouve l'existence de Dieu par la raison. 6° Enfin, Descartes ne réussit pas aussi bien qu'il se le persuade à établir les vérités fondamentales de la philoso

(1) Cf. FARGEs, Le doute méthodique peut-il être universel (Dans la Revue de philosophie, 1907 avril, et dans son ouvrage, La crise de la certitude, 1907).

phie. Cette distinction de l'âme et du corps ne suffit pas à établir la spiritualité de l'âme (voir la psychologie). L'idée du parfait ne suffit pas à établir l'existence de Dieu (voir la théodicée). On voit, par cette critique sommaire, que la méthode proposée par Descartes est inadmissible dans son ensemble et dans beaucoup de détails.

CHAPITRE XIX

DE LA MÉTHODE PROPRE
A CERTAINEs sCIENCES : MATHÉMATIQUES, SCIENCES
PHYSIQUEs ET NATURELLES, ETC.

373. La logique de chaque science et la philosophie. — Tout ce que nous avons dit de la méthode en général pourrait suffire ; car chaque méthode particulière fait partie intégrante de la science à laquelle elle s'applique. Ici nous partagerions les vues d'A. Comte : la logique de chaque science fait corps avec cette science ; elle en découvre ou en ordonne tous les matériaux ; elle en est la forme et l'esprit. A la philosophie il n'appartient en propre que d'établir la méthode et les règles générales, celles qui conviennent à toute science et à toute intelligence ; il lui appartient de créer ou de développer l'esprit philosophique et non pas précisément l'esprit propre à chaque science : l'esprit géométrique, scientifique, politique, etc..., bien que l'esprit philosophique fortifie tous les autres et les complète, en réparant leurs insuffisances.

Mais les logiciens modernes, en méconnaissant l'importance de la logique pure ou générale, ont exagéré celle de la logique matérielle et appliquée ; de là cette transformation de nos traités de logique, qui s'enrichissent moins de ces additions qu'ils ne s'appauvrissent de véritable philosophie. Nous ne refuserons pas cependant de nous porter sur ce nouveau terrain, mais en nous bornant aux notions qui méritent le mieux d'entrer dans un traité C0mme celui-ci.

374. Méthode théologique, philosophique. — Au sujet des sciences théologiques, rappelons qu'elles sont fondées essentiellement sur l'autorité. La méthode théologique consiste donc à interpréter celle-ci, à comprendre ses décisions, à les éclairer les unes par les autres et à mettre toujours la raison au service de la foi. — Pour les recherches qui sont communes à la théologie et à d'autres sciences (histoire, exégèse, etc.), le théologien devra employer les bonnes méthodes de ces sciences, sans répudier pour cela la sienne propre. Il ne devra jamais faire abstraction de la révélation et de la foi au point de n'en tenir aucun compte dans ses recherches. Il pécherait, en ce faisant, contre la méthode elle-même, qui doit être complète. Toujours il faut faire converger sur l'objet que l'on étudie toutes les lumières dont on dispose, ou du moins, s'il est bon de les employer successivement, n'en rejeter aucune. Un théologien, un croyant ne peut donc étudier la Bible ni écrire l'histoire comme le ferait un incrédule : il n'abordera pas l'étude des saints livres comme il aborderait celle d'un livre profane; il n'écrira pas l'histoire des dogmes, comme s'il n'y avait pas de dogme. En théologie, de même qu'en philosophie, une méthode vraiment critique ne comporte pas un doute réel des vérités acquises.

La méthode propre aux sciences philosophiques (1) n'est pas la méthode d'autorité, mais la méthode rationnelle. Néanmoins, même pour le philosophe le plus justement indépendant, l'autorité est un conseil, dont il devra s'éclairer. La raison individuelle ne trouve toutes ses ressources qu'en prenant contact avec les traditions et en prêtant son attention aux enseignements les plus remarquables. La méthode varie ensuite suivant les objets et les différentes sciences philosophiques. La métaphysique use

(1) Nous ne parlerons pas ici de certaines méthodes particulières aux philosophes scolastiques autrefois ou aujourd'hui : méthode syllogistique etc. (V. sur ces méthodes, de Wulf, Introduction à la philosophie néo-scolastique).

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