Obrazy na stronie
PDF
ePub

s'appuient mutuellement et vivent d'une même vie. L'unité essentielle, la forme substantielle, en un mot la nature de l'homme n'est bien connue que par la synthèse (1). Une seconde preuve est tirée de nos facultés de connaissance. Les unes sont sensibles : elles nous donnent les faits, le contingent ; les autres sont intellectuelles ; elles nous donnent les principes absolus. Or, les faits, par ex. les sensations, les expériences, sont le point de départ de l'analyse ; et les principes absolus sont le point de départ de la synthèse. Vouloir se suffire avec l'analyse seule ou la synthèse seule, c'est renoncer à l'une ou à l'autre moitié de nous-mêmes, sinon même à toutes les deux, car l'une n'agit guère sans l'autre ; c'est méconnaître notre propre nature et les conditions dans lesquelles la vérité peut nous être donnée. Enfin nous pouvons parcourir toutes les sciences principales et montrer que chacune doit recourir et à l'analyse et à la synthèse, plus ou moins assidûment selon sa nature. En logique, il faut analyser nos idées, nos jugements, nos raisonnements, et, d'autre part, établir des principes, des règles, des lois, et en montrer l'application. — En ontologie, il faut pousser l'analyse jusqu'aux notions les plus simples,jusqu'aux réalités les plus générales, puis recomposer exactement ce que l'on a divisé. — De même,dans la philosophie de la nature, ce n'est pas à priori que nous découvrons les lois, mais par l'induction

(1) Vacherot a écrit quelques bonnes pages (V. Le nouveau spiritualisme) contre cette méthode de l'analyse à outrance et exclusive, pratiquée par Taine et les sensualistes de même école. Ils décrivent, dit-il, les groupes de sensations, d'images, d'idées, qui sont la matière de nos jugements et de nos raisonnements, et l'on ne peut contester les résultats de cette œuvre d'analyse. Mais ils outrepassent leur droit, lorsqu'ils déclarent qu'il n'y a rien dans l'homme que les éléments qu'ils ont séparés. Sans compter que cette conclusion révolte la conscience, il est évident que le composé, dont on a séparé les parties, est autre chose encore que ces parties mêmes : il est de plus leur unité, l'école dirait leur forme. Or les empiristes ne peuvent trouver par l'analyse que la matière ou l'élément.

et par l'analyse. Ces lois, une fois connues, nous livrent la connaissance générale du monde. — A son tour, la psychologie a une partie expérimentale et une partie rationnelle : il faut partir des faits pour connaître l'âme, sa nature, ses facultés, puis expliquer les faits par les facultés et la nature. — En théodicée, nous remontons par l'analyse à la première cause, puis, de son existence, nous déduisons tous ses attributs. — En morale, nous cherchons les lois, puis, à leur lumière, nous réglons la conduite. — Quant aux mathématiques, elles n'usent pas seulement de synthèse et de déduction, mais elles s'appuient aussi sur de véritables analyses, des inductions et des hypothèses. — Les sciences physiques, moins parfaites que les mathématiques, ont recours plus souvent à l'analyse qu'à la synthèse, à l'induction qu'à la déduction ; cependant elles ne se priveraient pas de celle-ci sans perdre par là même leur caractère de science. Pour être fécondes, les inductions scientifiques sont liées à mille déductions, et l'analyse se poursuit en s'appuyant sur des synthèses provisoires. C'est ainsi que Leverrier trouve une nouvelle planète autant par déduction que par induction, par synthèse que par analyse. C'est donc à tort que les positivistes présentent l'analyse comme la seule méthode de découverte. 368. Pas de méthode unique dans les sciences. — Nous voyons par là qu'on ne peut imposer à toutes les sciences une seule méthode. Descartes parut se flatter de procéder en toute science d'une manière géométrique et de démontrer toute vérité comme un théorème. Spinosa poussa jusqu'à l'extrême cette prétention (v. no 377). Locke et Condillac n'insistèrent que sur l'analyse. Mais Condillac, un des esprits les moins analytiques en réalité, abusa étrangement de l'hypothèse. Bacon opposa outre mesure l'analyse à la synthèse, dont il ne vit pas la valeur et l'immense portée. Enfin nombre de philosophes, en cherchant à dériver toutes les sciences d'une seule, et celle-ci d'un même principe, ont méconnu les conditions essentielles du savoir et la complexité de la méthode.

En réalité, il n'y a pas de méthode unique : 19 parce que la science humaine a des origines trop diverses et que la méthode est de même nature que la science ; — 29 parce que les principes de la science sont de divers ordres, comme nous l'avons vu, et qu'il est impossible de les réduire à un seul ; — 39 parce que les certitudes scientifiques ne sont pas de même degré : les unes sont absolues, les autres conditionnelles ; les unes métaphysiques, les autres morales, etc. ; or la méthode répond à la certitude. Bref chaque ordre de connaissancesa quelque méthode propre, parce que chacun a ses principes particuliers, une fin distincte, des difficultés spéciales. La méthode est une voie, un moyen ; elle doit donc répondre à la fin. Un ancien disait « On n'ouvre pas une porte avec une hache et on ne fend pas du bois avec une clef » : de même, selon le genre de savoir, il faut varier sa méthode.

369. Emploi de l'hypothèse. — Que penser maintenant de la méthode hypothétique ? — L'hypothèse est une supposition faite pour expliquer certains effets ; c'est une théorie admise provisoirement afin de rendre compte de certains phénomènes : la méthode qui s'appuie sur elle est dite hypothétique. Cette méthode est à la fois synthétique et analytique : synthétique, en tant qu'elle a recours à une théorie préconçue, à une cause douteuse ; analytique, en tant qu'elle cherche à conclure des faits observés à l'existence de la cause supposée et à la légitimité de la théorie.

L'hypothèse est très utile, surtout dans les sciences physiques et naturelles : elle prépare l'esprit à recevoir la vérité, de quelque part qu'elle vienne. Mais l'hypothèse peut devenir facilement dangereuse, si elle se change en préjugé et engage l'esprit dans une mauvaise voie. Que d'hypothèses absurdes, impossibles, qui égarent l'esprit : par ex. l'hypothèse du monisme, du matérialisme, de l'homme-singe ! Même les hypothèses les plus plausibles n'ont souvent qu'un règne éphémère ; par contre, bien des hypothèses, timides d'abord, se sont fortifiées ensuite et

changées en thèses : ainsi l'hypothèse de Copernic, celle
des vibrations lumineuses.
Pour qu'une hypothèse soit bonne, ou du moins préfé-
rable aux autres, elle devra satisfaire aux conditions sui-
vantes : 19 n'être inconciliable avec aucun fait observé,
mais les expliquer tous de quelque manière ; 2° être la plus
simple des hypothèses possibles, ou du moins expliquer le
mieux les phénomènes. L'hypothèse ne se change en thèse
que lorsque toutes les autres hypothèses répugnent (1).

370. Méthode d'invention et méthode d'enseignement. — Autre question à résoudre : Que penser de la méthode d'invention et de la méthode d'enseignement ? Est-il vrai que la première soit une analyse, une induction, et la seconde une synthèse, une déduction ? Ensuite, la méthode d'induction est-elle essentiellement différente de la méthode d'enseignement ?

Nous répondrons d'abord que l'on invente non seulement par l'analyse et l'induction, mais encore par la syn-thèse et la déduction. Du rapprochement de vérités connues jaillissent des lumières, des vérités nouvelles. Que de principes évidents dont nous ne connaissons que bien peu de conséquences ! Que d'inventions dont nous possédons les prémisses, pour ainsi dire, et qui ne seront jamais faites !

Nous répondrons ensuite que la méthode d'invention et celle d'enseignement ne diffèrent pas essentiellement. Il est souvent très utile et même nécessaire d'enseigner les sciences, les arts, certaines vérités, par les mêmes moyens qui les ont fait découvrir ; ce que l'on invente ou croit inventer, est toujours mieux appris. Enseigner, c'est aider un esprit à s'instruire lui-même, à découvrir la vérité: la méthode d'enseignement doit donc se rapprocher le plus possible de la méthode d'invention. Seulement le maître

(1) V. Ernest NAVILLE, La logique de l'hypothèse ; H. PoINCARÉ, Science et hypothèse.

|

épargnera à l'élève toutes les démarches inutiles, toutes les fausses hypothèses qui ont retardé les inventeurs et suspendu le progrès des sciences ; il ira droit au but, puisqu'il le connaît, mais en exerçant et en élevant progressivement l'esprit qu'il instruit.

Saint Thomas montre fort bien les rapports de la méthode d'invention avec la méthode d'enseignement quand il les compare à la nature et à l'art. Or, l'art imite la nature. Il s'ensuit que la méthode d'enseignement doit se rapprocher de la méthode d'invention, sans se confondre avec elle, sans lui emprunter ses défauts et ses imperfections.

Le maître évitera soigneusement deux extrêmes. Il se dispensera d'observations et d'expériences trop nombreuses, qui encombrent la mémoire, dispersent l'attention et empêchent d'atteindre le but. Mais il se gardera aussi, d'autre part, de procéder d'une manière trop abstraite, d'énoncer des principes, des lois, des règles dont l'élève ne voit point l'application ; toujours il éclairera les principes par des exemples, ou même il s'élèvera des exemples et de la pratique aux principes qui les règlent. L'enseignement doit être concret avant d'être abstrait, surtout s'il est donné à la jeunesse, aux esprits que la réflexion n'a pas mûris encore et qui ne sauraient, par conséquent, s'orienter dans la région des principes et des lois générales.

371. Méthode de Descartes. — Au sujet de cette méthode, devenue fameuse entre toutes, nous avons à montrer qu'on ne peut l'accepter, du moins comme méthode générale.

Déterminons d'abord ses caractères essentiels. Elle comprend deux parties : l'une négative, et l'autre positive. La première consiste à détruire, et la seconde à édifier. Et d'abord, Descartes renonce à toutes ses certitudes, afin de se dépouiller par là de tout préjugé qui pourrait s'y mêler : il doute du témoignage humain, et partant de toute l'histoire ; du témoignage des sens, et partant du

« PoprzedniaDalej »