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356, Analyse et synthèse. — En raison des procédés . qu'elle emploie, la méthode est analytique ou synthétique. L'analyse (zyz),o7:: ; de xyz),30, résoudre) décompose ; elle procède du tout réel aux parties, des effets aux causes, des choses complexes et particulières aux choses simples et générales. La synthèse (7690=71:, composition), - au contraire, compose ; elle procède des parties au tout, des causes aux effets, des choses simples et générales aux choses complexes et particulières.

A la méthode analytique correspond l'induction ; à la méthode synthétique, la déduction (v. n° 161).

Ces expressions d'analyse et de synthèse ont été empruntées aux sciences, où leur sens est clair. C'est ainsi qu'on décompose par analyse un polygone en triangles, pour mesurer chacun d'eux, et qu'on les recompose par synthèse, pour avoir la superficie du polygone. C'est ainsi encore qu'en chimie on décompose par analyse l'eau en ses éléments, pour les recomposer par synthèse. Ces exemples d'analyse et de synthèse ne prêtent pas à la moindre équivoque. Mais, en philosophie, l'analyse et la synthèse semblent parfois se confondre, si bien que les uns regardent comme une analyse ce qui est regardé par d'autres comme une synthèse. Cela provient de ce que l'on confond l'extension avec la compréhension des idées et le tout logique avec le tout réel. Par exemple, on croira faire une analyse en divisant le genre en ses espèces et en concluant de l'un aux autres, lorsque, en réalité, on fait plutôt une synthèse. Tel philosophe parlera d'analyser l'idée d'être et d'appliquer l'analyse à la métaphysique, lorsque, en réalité, l'idée d'être est la plus simple, la plus indécomposable des idées, et que la méthode de la métaphysique est surtout synthétique.Telle est encore la méprise de Condillac, qui, en se flattant de ne pratiquer que l'analyse, se bornait à la synthèse et poursuivait jusqu'au bout de chimériques hypothèses. , Il est évident que l'analyse précède la synthèse dans la création des sciences, car le tout est connu distinctement

avant les parties et le concret avant l'abstrait. C'est par l'analyse principalement que l'on trouve les causes et les lois ; c'est par la synthèse ensuite que l'on descend des causes aux effets, des lois aux phénomènes. L'esprit procède de la même manière dans la création des arts : poésie, éloquence, etc. L'analyse des chefs-d'œuvre et des procédés artistiques fait trouver les règles du beau ; ces règles ensuite nous permettent de créer à notre tour des œuvres d'art ou du moins de les critiquer.

357. Méthode générale, méthode particulière. — La méthode peut être dite générale ou particulière par rapport aux connaissances (objet), ou par rapport aux esprits (sujet). De là, pour ainsi dire, quatre méthodes : la première convient à toutes les connaissances ; — la seconde, à tous les esprits ; — la troisième ne convient qu'à certaines connaissances ; — la quatrième ne convient qu'à certains esprits. C'est à cette méthode particulière et même toute personnelle que Descartes fait allusion quand il dit : « Mon dessein n'est pas d'enseigner ici la méthode que chacun doit suivre pour bien conduire sa raison, mais seulement de faire voir en quelle sorte j'ai tâché de conduire la mienne. »

358. Règles générales de la méthode.—Ici nous devons nous borner aux règles qui conviennent à toutes les sciences ou du moins au commun des esprits. Elles peuvent se ramener à la suivante : Il faut procéder du connu à l'inCO/Q.70 ll .

En effet, le connu seul peut être une lumière, et il n'éclaire que dans la mesure où il se révèle. On se gardera donc de démontrer obscurum per obscurius ; mais onira des choses plus certaines et mieux démontrées à celles qui le sont moins. On s'élèvera des choses concrètes, sensibles, aux choses intelligibles, abstraites, et on ne descendra de celles-ci aux premières que lorsque l'idée sera devenue plus claire que l'image ou la sensation. On ira des effets constatés aux choses cachèes ou douteuses ; puis, des causes certaines, évidentes, aux effets douteux, des causes présentes aux effets à venir. Il pourra se faire que des choses difficiles en elles-mêmes nous soient mieux connues que des choses faciles : alors on ne craindra point d'aller du difficile au facile, ou plutôt on n'aura égard qu'à la facilité ou à la difficulté relatives.

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Toutefois, cette règle souffre exception ; car il peut être utile d'aborder, en commençant, les difficultés capitales, lorsque de leur solution dépend celle de toutes les autres. C'est ce qui fait dire à saint Thomas qu'il faut commencer toute étude non par ce qu'il y a de plus facile, mais par ce qui doit être compris pour l'intelligence du reste.

On aura surtout égard au sujet. Tel esprit réfléchi et déjà mûr apprendra un art par beaucoup de raisonnement, tandis que l'enfant ne s'instruira guère que par la pratique. S'ils changeaient de méthode, l'un et l'autre se consumeraient dans une application stérile.

Le progrès dans la connaissance devra se faire d'une manière continue, non par saccade et soubresaut. Il faudra que chaque vérité nouvelle s'appuie sur les précédentes, comme une conclusion sur ses principes, ou du moins soit éclairée par elles et les explique à son tour ; toutes les connaissances acquises devront faire corps les unes avec les autres, au lieu de rester isolées, car leur isolement ne peut que les affaiblir et nuire à la solidité de l'esprit. C'est là un des plus grands défauts de l'enseignement contemporain, dont les parties ne sont point liées entre elles par une saine et solide philosophie. — Ajoutons à ces règles générales celles de Descartes, elles se justifient par ce que nous venons de dire :

359. Règles de Descartes. — 1° « Ne recevoir pour vrai que ce qui est reconnu évident.

« 2° Diviser chacune des qualités qu'on examine en autant de parcelles qu'il se peut et qu'il est requis pour les mieux résoudre.

« 3o Conduire ses pensées par ordre, en'commençant par les objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à peu, comme par degrés, à la connaissance des plus composés. « 4° Faire partout des dénombrements si entiers et des revues si générales qu'on puisse s'assurer de ne rien omettre. » On ajoute une cinquième règle empruntée à BosSuet : « 5° Ne jamais abandonner les vérités une fois démontrées, quelque difficulté qu'on éprouve à les concilier avec une autre vérité. » Il n'est permis d'abandonner que les hypothèses (1). · On pourrait formuler bien d'autres règles encore, en s'inspirant de tout ce qui a été dit au cours de la logique. Telle est celle-ci, de Cicéron, déjà citée : « Quel que soit le sujet que l'on traite, il faut partir de la définition, afin que l'on sache bien de quoi il est question. » Venons maintenant à des considérations moins générales. Que faut-il penser des méthodes particulières que nous avons distinguées et de quelques autres ? Comment se justifient-elles et quel est leur emploi ?

THÈSE. On ne peut qu'approuver la méthode expérimentale et rationnelle, en rejetant les méthodes empirique, idéaliste et ontologique, comme aussi la méthode dite de construction. Quant à la méthode d'autorité et à l'éclectisme, la première n'est pas une méthode universelle et la seconde ne peut être acceptée qu'avec certaines réserves. En ce qui concerne l'analyse et la synthèse, elles doivent être employées concurremment, chacune plus ou moins, selon les

(1) Leibniz et d'autres, avec lui, ont vivement critiqué ces règles. Mais, interprétées dans leur meilleur sens, elles se justifient. Au sujet de la première règle, par exemple, il est clair qu'il faut accepter une foule de vérités avant toute évidence personnelle. Toutefois, ces vérités s'appuient sur des témoignages, reconnus suffisants par la raison. On s'explique cependant la sévérité de Brunetière pour cette règle, dont . le rationalisme a tant abusé.

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connaissances dont il s'agit. Enfin la méthode cartésienne ne peut être acceptée, car elle induit en toutes sortes d'erl'8lll'S.

360. Méthode expérimentale et rationnelle. — On ne peut que l'approuver à l'exclusion des autres. Elle seule, en effet, convient, à notre nature et peut nous donner la science. Elle convient à notre nature ; car elle s'appuie à la fois sur les sens et sur l'intelligence, sur les facultés subjectives (conscience) et les facultés objectives (sens extérieurs, raison). Seule aussi elle peut donner la science ; car elle s'appuie également sur les principes et les faits.

C'est pourquoi nous rejetons : 1° la méthode empirique, qui n'a recours qu'au témoignage des sens, ou tout au plus à celui de la conscience, et néglige les principes absolus de la raison ; 29 la méthode idéaliste, qui, au contraire, ne tient compte que des idées et de la raison, et s'interdit toute connaissance du monde extérieur ; 39 la méthode ontologique, qui, elle aussi, n'accorde point la part nécessaire aux facultés sensibles dans l'acquisition de la connaissance.

361 objections des ontologistés — ° lci les ontologistes nous adressent des objections spécieuses. Savoir, disent-ils, c'est connaître par les causes. Or la cause suprême est Dieu. D'où il suit que la science doit atteindre Dieu et tout connaître par lui.

Rép. La science s'achève, il est vrai, par la connaissance des effets dans leur cause, et partant des créatures en Dieu ; mais elle s'applique d'abord à connnaître les effets ; or, il s'agit ici de la méthode à observer pour acquérir la science. Ensuite, Dieu est sans doute la cause des choses ; mais il n'est pas la première qui tombe sous notre connaissance naturelle : donc la science de Dieu n'est pas la première qui s'acquière. De plus, nous ne connaissons Dieu que d'une manière abstraite et par analogie avec les créatures : d'où il suit qu'alors même que notre science doive s'achever en tout ramenant à lui, cependant nous

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