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et l'art, la spéculation et la pratique sont intimement associés dans toute connaissance complète.

346. Les sciences sont spécifiées par leur objet. — Les sciences se distinguent les unes des autres par leur objet, leur objet formel, et plus profondément encore par les principes plus ou moins abstraits dont elles s'éclairent. Ici nous établissons une vérité méconnue par Bacon, les encyclopédistes, etc., qui ont tiré leurs classifications de la diversité des facultés de connaissance. La division des sciences ne doit pas être tirée du sujet qui connaît, mais de l'objet qui est connu. Les sciences se divisent comme les choses (Aristote et saint Thomas). La science, en effet, est une habitude, qui s'exerce par des raisonnements et des idées. Or toute habitude, de même que toute faculté et tout acte, est spécifiée par son objet. Toute idée est spécifiée par ce qu'elle exprime. Sans doute, comme accident, l'idée se rapporte au sujet ; mais, comme idée ou expression, elle se rapporte à l'objet.

Ajoutons que la science est spécifiée par son objet jormel, c'est-à-dire par l'objet en tant qu'il tombe sous la connaissance, sous le rapport où il nous est révélé et

connu. De même que les facultés sont spécifiées par leur .

objet formel (la vue, par la lumière ; l'ouïe, par le son, etc.) et non par leur objet matériel, qui est accessoire à la perception, ainsi en est-il de la science. Nombre de sciences ont les mêmes objets matériels, qui cependant sont fort diverses. Par ex., la géométrie et la physique étudient les corps, mais sous divers aspects : la géométrie considère les dimensions des corps, et la physique leurs propriétés sensibles ; l'objet matériel est le même, mais l'objet formel est différent. Or cet objet formel n'est proposé à l'esprit qu'au moyen de principes plus ou moins abstraits et proportionnés à cet objet. Si l'on veut donc arriver à la division des sciences la plus profonde, il faut remonter aux premiers principes, sur lesquels elles s'appuient.

347. Division fondamentale des sciences. — Or, à con

sidérer les principes, les sciences se divisent en trois ordres principaux : sciences philosophiques, mathématiques, physiques et naturelles. Les premières se subdivisent en logiques, métaphysiques et morales. Cette division fondamentale se justifie ainsi. Puisque la science se divise comme son objet et en tant que celui-ci est à sa portée, c'est-à-dire est connaissable, comme d'autre part l'objet ne devient connaissable intellectuellement et scientifiquement que par les principes, il faut bien que la science se divise comme ces derniers. Or les principes se classent suivant leur degré d'abstraction. Nous arrivons à la même conclusion, en raisonnant . ainsi : l'objet ne devient connaissable à l'esprit, c'est-àdire un objet de science, qu'autant qu'il est général et abstrait ; les degrés d'abstraction nous donnent donc les degrés de science. Or, il y a trois degrés principaux d'abstraction. Au plus bas degré, l'esprit fait abstraction de la matière individuelle, mais retient la matière sensible en général : les couleurs, les sons, toutes les qualités sensibles des corps. A ce degré, nous avons les principes et les sciences physiques. Au deuxième degré, l'esprit fait abstraction de la matière sensible, par conséquent de toutes les qualités sensibles des corps, mais il retient la matière intelligible, c'està-dire l'étendue et le nombre, la quantité en un mot. A ce degré nous avons les principes et les sciences mathématiques. Enfin, au troisième degré, l'esprit fait abstraction de toute matière, même intelligible, il ne retient que les substances, les natures, l'être et ses modes, les universaux ; l'imagination lui est toujours indispensable, mais l'objet scientifique n'est plus imaginé,il est seulement conçu. A ce degré, nous avons les principes et les sciences philosophiques. Quant à la philosophie elle-même, nous avons vu dans le premier chapitre qu'elle se divise en trois branches, suivant qu'elle considère l'être idéal, ou l'être réel, ou l'être moral. De là encore trois ordres de principes : principes de la connaissance, principes de l'existence, principes de la conduite. Pour continuer de quelque manière les degrés d'abstraction, on pourrait dire que, par la logique et la morale, on fait abstraction non seulement de toute matière, mais encore de soi-même et de la réalité, pour ainsi dire, afin de considérer l'ordre des pensées ou l'ordre idéal, et l'ordre des volontés ou l'ordre moral. Mais il est évident que les abstractions de la logique, de la métaphysique, de la morale sont, au fond, de même degré. Quoi qu'il en soit, nous trouvons cinq sciences principales auxquelles toutes les autres se rattachent.

348. Pas de science concrète. — Il n'y a donc pas, à proprement parler, de science concrète. Cette expression, employée par Comte, Littré, Spencer, etc., n'est pas exacte ; au fond toute science est abstraite, plus ou moins, bien que son objet soit matériel : Scientia est de universalibus. Les connaissances concrètes sont les connaissances sensibles, les descriptions historiques ou naturelles ; elles ne sont pas la science, mais seulement son point de départ.

349. Les cinq sciences fondamentales. On remarquera, en outre, que des cinq sciences fondamentales, qui ont été énumérées, aucune n'est subalterne d'une autre : mais chacune a des avantages et une excellence propres. Une science peut être subalterne de deux manières, par ses principes et par son objet : par ses principes, s'ils sont la conclusion de la science qui lui est supérieure (ainsi l'arpentage par rapport à la géométrie, la musique par rapport à l'acoustique, la jurisprudence par rapport à la m0rale, la grammaire par rapport à la logique) ; — par son objet, si cet objet n'est qu'une partie de l'objet de la science supérieure (ainsi l'ornithologie et l'ophiologie par rapport à la zoologie, l'optique par rapport à la physique). Il est bien évident que la science subalterne ne démontre pas ses principes, elle les suppose : elle n'est donc une science complète, parfaite, qu'autant qu'elle communique avec les sciences supérieures et que celui qui

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la possède remonte ainsi jusqu'à la source, c'est-à-dire aux premiers principes, évidents par eux-mêmes. Cela étant, on voit bien vite qu'aucune des sciences fondamentales ne relève absolument d'une autre quant à ses principes ni quant à son objet. Pour ce qui est des principes, chacune a les siens propres. Il est vrai que les principes de métaphysique sont impliqués dans tous les autres, ils contribuent même à démontrer les principes des sciences physiques, qui sont des principes induits ; mais ils ne suffisent pas sans l'expérience : les principes physiques sont expérimentaux synthétiques et premiers dans leur ordre.Quant aux principes mathématiques, bien · qu'ils s'expliquent par le principe de contradiction, cependant ils sont évidents par eux-mêmes. De même pour les principes de logique et de morale. A ce titre, on peut dire que la morale a une certaine indépendance (v. no 14 et 1152). Son premier principe : « Il faut faire le bien et fuir le mal », n'a pas besoin de démonstration ; il se confirme et s'explique plutôt qu'il ne se démontre. Pour ce qui est de l'objet, aucune des sciences fondamentales ne partage l'objet d'une autre. La physique traite de la matière et des qualités sensibles ; la mathématique, de la matière intelligible ; la métaphysique, de l'être réel et le plus abstrait ; la logique, de l'être idéal ; la morale, de l'être moral. Mais si chaque science peut revendiquer une certaine indépendance, cependant elles se,subordonnent les unes aux autres à divers égards. La morale est la première en tant qu'elle assigne la fin dernière, qui règle tous les actes de la vie ; la logique, en tant qu'elle est l'instrument de toute science ; la métaphysique, en tant qu'elle traite de l'absolu, de l'être sans condition, et, surtout, de l'Etre Suprême. Enfin les sciences mathématiques et physiques méritent plus d'une fois la préférence à cause de leur utilité exceptionnelle et de mieux en mieux sentie. C'est d'elles, en effet, que relèvent immédiatement tous les arts, toutes les industries, toute la vie matérielle des sociétés. 350. La théologie préside à toutes les sciences (1). — Jusqu'ici nous n'avons parlé que des sciences purement humaines. La théologie sacrée est une science sui generis, fondée sur la parole de Dieu même et traitant de tout ce qui intéresse la destinée surnaturelle de l'homme. Or, il est évident qu'une telle science l'emporte sur toutes par son objet et ses principes : par ses principes, que nous tenons de la Vérité même ; par son objet, qui comprend Dieu, les mystères, les grands faits de l'Incarnation et de la sanctification, l'immortalité de l'âme, etc. D'où il suit que la théologie sacrée doit présider à toutes les connaissances : c'est vers elle qu'elles convergent toutes, c'est d'elle qu'elles s'inspirent, c'est sous son regard qu'elles se rangent pour former l'encyclopédie chrétienne. S. Bonaventure a donc pu dire : Omnes cognitiones famulantur theologiae. Et il serait facile de montrer, en effet, par mille détails, que tous les arts et toutes les sciences, en particulier la philosophie, fortifient la théologie, lui donnent une matière abondante et un corps, s'en éclairent et s'en inspirent, pour rendre, avec elle, gloire à Dieu.

351. Toute science plonge ses racines dans l'histoire. Si nous n'avions pas parlé encore de l'histoire, ce n'est pas qu'elle soit peu importante. Mais l'histoire est une science complexe et étendue à elle seule autant que toutes les autres ; ou plutôt l'histoire n'est pas elle-même une science : c'est un récit des faits, un témoignage ; elle a essentiellement pour objet les faits particuliers et contingents, tandis que la science a pour objet propre et direct le nécessaire et l'universel ; la science est une connaissance des causes, tandis que l'histoire est la connaissance des effets. Mais si l'histoire juge de ce qu'elle raconte, s'éclairant à cette fin de certains principes, elle devient alors une science qui se rattache aux autres connaissances humaines : sciences morales, religieuses, sociales, naturelles, arts, etc.

1) Cf. S. Th. 1*, q. 1, a. 5.

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