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pratique. La science spéculative s'arrête à la connaissance ; la science pratique se préoccupe des applications. Dans nombre de cas, la spéculation ne suffit point. Qu'avonsnous à faire de théories impraticables? Il ne faut pas cependant subordonner absolument la spéculation à la pratique, les principes aux conséquences. La spéculation est plus noble ; elle règle la pratique ; souvent elle se suffit, tandis que la pratique ne se suffit jamais. C'est pourquoi les scolastiques sont fondés à placer la perfection et le bonheur dans la vie contemplative de préférence à la vie active. D'ailleurs le premier acte de l'esprit c'est de connaître ; son premier progrès est de savoir ; de longs siècles de spéculation, qui ont pu paraître stériles, étaient la préparation nécessaire de la civilisation présente, qui ne donnera ses fruits qu'à la condition de conserver toutes ses racines. Ceux qui opposent la science d'aujourd'hui à la science d'autrefois font donc acte d'ignorance ou d'ingratitude. Nul n'est fondé à séparer de parti pris la spéculation et la pratique, ni surtout à opposer celle-ci à la première : les empiriques sont plus à craindre que les rêveurs (1). Bref, la science en général, comme aussi toute science particulière, doit renfermer ces deux éléments, qui sont comme l'âme et le corps du savoir, ou plutôt qui ne sont que les divers aspects ou les divers stades d'une même connaissance, selon ces aphorismes scolastiques : L'intelligence spéculative ne diffère de l'intelligence pratique que par la fin. L'intelligence pratique n'est qu'une extension de l'intelligence spéculative. De la science, et surtout de la science pratique, l'art est inséparable. On pourrait le définir : l'intelligence ou la

(1) Les études spéculatives ont plus contribué que l'empirisme au progrès des sciences : « Des siècles d'étude paisible, sédentaire, méditative étaient nécessaires avant que cette existence affairée pût commencer... Les neuf dixièmes de la science moderne, nous les devons à des hommes que leurs contemporains considéraient comme des rêveurs... » (Lois scientifiques du développement des nations, par BAGEHoT, p. 203). Cité par RABIER, Logique, Chap. vII. Note.

connaissance de certaines opérations, de certains procédés (1). L'art s'acquiert et se développe comme une habitude, qui s'ajoute à la nature et à la raison. 341. L'art instinctif et l'art humain. — On voit déjà quelle différence il y a entre l'art humain et celui de l'animal. L'oiseau chante mélodieusement, il bâtit son nid avec une habileté surprenante ; l'insecte tisse sa toile, l'abeille compose un miel exquis avec un art non moins consommé. Mais entre cet art purement instinctif, inconscient, héréditaire, sans progrès essentiel, et l'art humain, qui est éclairé, progressif, qui est une application de règles trouvées ou justifiées par l'intelligence, il y a un abîme (2). Au reste, il faut convenir que l'art, pour être complet, ne doit pas s'arrêter aux règles ; il descend de l'esprit jus· que dans les organes, pour ainsi dire. C'est même à assouplir ceux-ci que consistent en partie une foule d'arts d'ailleurs très élevés : ainsi le chant, l'art de jouer de certains instruments, etc. Mais il faut toujours retenir que l'art est avant tout une habitude intellectuelle. Par là il communique avec la science, la sagesse, les qualités les plus hautes de l'esprit. De là ces éloges dont l'Ecriture elle-même l'a comblé (3). 342. L'art et la sciencer l'art et la prudence. — Ce que nous venons de dire de la nature de l'art montre comment il diffère de la science, même pratique, et de la prudence, qui est une vertu morale en même temps qu'un art. Il diffère de la science, qui a pour but la connaissance : l'art, au contraire, a pour but l'action ; la science cherche le

(1) « Recta ratio aliquorum operum faciendorum. » (S. Th., 1* 2ae, q. 5 /, a. 3). Cf. Bossuet, De la connaissance de Dieu.

· (2) Cf. S. Th. 1*, 2ae, q. 13, a. 2.

(3) « Et implevi eum spiritu Dei, sapientia, et intelligentia, et scientia in omni opere, ad excogitandum quidquid fabrefieri potest ex auro, et argento, et aere, marmore, et gemmis, et diversitate lignorum » (Exod., 31).— « Laudemus viros gloriosos... In peritia sua requirentes modos musicos et narrantes carmina scripturarum. Homines divites in virtute, pulchritudinis studium habentes » (Eccli. 44).

vrai : l'art cherche plutôt le beau et l'utile ; la science s'attache aux principes, aux causes : l'art, aux effets. Par la science notre esprit se conforme aux choses et se mesure sur elles : par l'art il les rapporte à ses propres concepts comme à leur exemplaire et réalise ce qu'il a conçu. La science humaine est l'effet des choses : l'art au contraire, est une cause. C'est pourquoi l'art humain ne s'étend qu'aux œuvres humaines, au lieu que la science humaine s'étend à tout. Mais la science et l'art sont également des vertus intellectuelles ; de plus entre la science pratique et l'art la différence est pour ainsi dire insensible. L'art diffère de la prudence, qui est une vertu à la fois intellectuelle et morale. La prudence suppose donc, à proprement parler, une volonté droite : il n'y a pas de prudence morale dans le crime. L'art, au contraire, se met au service du mal comme du bien. Le bien que cherche la prudence est dans l'homme:le bien que cherche l'art est au dehors ; par la prudence l'homme se perfectionne lui-même et cherche sa fin dernière : par l'art il perfectionne ses œuvres. Aussi l'homme de bien qui se trompe sans le vouloir est excusable et sa vertu ne souffre pas d'altération : pour l'artiste, c'est le contraire, s'il se trompe sans le vouloir, son art est en défaut; mais s'il se trompe volontairement, son art ne souffre aucune atteinte (i).

343. Arts libéraux, arts mécaniques. — Les arts se divisent en libéraux et en mécaniques. Les premiers s'appliquent à certaines œuvres de la raison, telles que le raisonnement et la parole : ainsi la logique, la grammaire, l'éloquence. Comme toute connaissance peut servir ordinairement de règle d'opération ou du moins de règle de conduite, on peut ramener de quelque manière toutes les sciences aux arts libéraux. C'est ce qu'on fit au moyen âge dans le trivium et le quadrivium, au-dessus desquels on plaçait la théologie.

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Aux arts libéraux sont opposés les arts mécaniques, qui s'appliquent à des œuvres corporelles ; ils comprennent les industries et les métiers. Entre les arts mécaniques et les arts libéraux sont les beaux-arts (architecture, sculpture, peinture, danse, musique, poésie), qui recherchent le beau, comme les arts libéraux recherchent le vrai ou le bien, et les arts mécaniques l'utile.

344. Principes de la classification des sciences. — Après avoir donné ces notions préliminaires, venons aux principes de la classification des sciences. Nous examinerons ensuite les diverses tentatives de classification et tracerons les principales lignes d'un système général de toutes les connaissances humaines.

THÈSE. Dans toute classification des sciences, on doit s'éclairer des principes suivants : Les sciences sont inséparables des arts ; les sciences pratiques, des sciences spéculatives ; les arts industriels et mécaniques, des arts supérieurs ; en sorte que toute classification complète doit embrasser toutes les connaissances humaines. — 2° Les sciences se distinguent les unes des autres par leur objet, leur objet formel, et, plus profondément encore, par les principes plus ou moins abstraits dont elles s'éclairent. A considérer ces derniers, les sciences se divisent en trois ordres principaux : sciences philosophiques, mathématiques, physiques et naturelles. Les premières se subdivisent en logiques, métaphysiques et morales. On remarquera, en outre, que des sciences principales qui ont été énumérées, aucune n'est subalterne d'une autre ; mais chacune a des avantages et une excellence propres. Au-dessus de toutes est la théologie sacrée, qui doit présider à l'encyclopédie chrétienne. Toutes plongent leurs racines dans l'histoire.

345. Les sciences sont inséparables des arts. — 1° D'abord cela ressort clairement de la nature de la science et de l'art, des rapports de la spéculation et de la pratique. La science a pour objet le vrai, elle cherche les causes : l'art a pour objet le beau ou l'utile, il s'applique aux effets; la première s'efforce de connaître ; le second, d'agir. Mais il est évident que le vrai est le fondement du beau et de l'utile, que l'on produit d'autant mieux les effets que l'on connaît mieux les causes, en un mot que la connaissance est le principe de l'action. Pour les mêmes raisons, les connaissances pratiques dépendent des con- . naissances spéculatives ; les arts inférieurs, des arts supérieurs. Il va sans dire que cette union intime de toutes les connaissances ne prouve pas que l'on ne puisse cultiver l'une avec fruit sans cultiver les autres : elle prouve seulement que toutes les connaissances sont liées objectivement entre elles, et que le progrès des sciences spéculatives, en particulier, tend à déterminer dans les connaissances inférieures un progrès analogue. 2° Abordons chaque groupe de connaissances et nous verrons que la science et l'art, la spéculation et la pratique sont toujours intimement associés. La théologie comprend non seulement les plus hautes spéculations sur Dieu et sur l'âme, mais encore toutes les connaissances morales, la liturgie, le droit canon, la mystique, les règles du discernement des esprits, l'art de la direction des âmes. De même la philosophie allie les spéculations les plus hautes à l'art de bien vivre ; elle est comme la théologie une sagesse, à la fois spéculative et pratique, tout en restant une. Dans les mathématiques on trouve les mathématiques pures (algèbre, analyse) et les mathématiques appliquées, l'art de l'ingénieur, le calcul sous toutes ses formes. De la chimie, de la physique relèvent à leur tour une foule d'arts et d'industries. Les sciences sociales comprennent des spéculations sur l'origine du pouvoir et du droit, avec l'économie politique et l'administration. Les sciences militaires ne sont pas moins mêlées. On voit par là que dans une classification générale de toutes les connaissances humaines on ne doit pas d'abord les diviser, comme on l'a fait souvent, en spéculatives, et en pratiques, ni en sciences et en arts, puisque la science

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