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bien l'expliquer. Et d'abord il est vrai que le principe de contradiction soutient toute vérité, mais sans être cependant l'unique source de démonstration. Ensuite il est vrai que le principe de raison suffisante soutient tous les jugements synthétiques généraux. Mais il est bien évident qu'il ne démontre pas les faits expérimentés ; ceux-ci se constatent immédiatement ; ainsi quand nous disons : Je suis, je sens, je souffre, je vois tel ou tel objet.

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333. Importance de ce sujet. — Des idées et des principes, dont nous venons de traiter, découlent les sciences ; avec elles, les arts, qui en sont inséparables, et toutes les connaissances. C'est dire combien le sujet que nous abordons est vaste. Il s'agit de reconnaître la nature et les rapports des sciences et des arts, d'arrêter les principes d'une bonne classification et de proposer un système complet de toutes les connaissances humaines. Des esprits superficiels ou distraits regarderont cette matière comme peu importante et livrée sans danger à toutes les opinions ; mais, en réalité il n'en est pas de plus philosophique. Ici encore toutes les écoles sont obligées de prendre parti, d'afficher leurs erreurs ou leurs préférences.

334. La science ; sa nature. — La science est la connaissance des choses par leurs causes (1). Elle ne consiste pas précisément à connaître les causes par leurs effets : ce n'est là que son commencement. Elle diffère de l'intelligence, qui n'est que la faculté de la science et comme son fondement. Elle diffère de l'opinion, qui n'est pas une connaissance certaine, un effet de la démonstration. A proprement parler, la science n'a pour objet que le certain (scientia est de certis). Mais il est clair que l'opinion peut

(1) Cette définition ne convient parfaitement qu'à la philosophie. Mais on peut joindre aux causes les autres principes : antécédents, Conditions, lois surtout. La définition embrasse alors très facilement Wowtes les connaissances, mêmes celles qui sont en voie de formation. rentrer indirectement dans l'objet de la science, en tant qu'elle a une certaine valeur, un certain poids. Le phil0s0phe, l'historien, le savant, qui savent affirmer où il faut et douter où il faut, ont une science qui est riche directement de toutes leurs certitudes et indirectement de toutes leurs opinions.

La science diffère de la foi, qui elle aussi, a la certitude, mais non pas en vertu de l'évidence de l'objet.A cause de la certitude qui leur est commune, la croyance et la science sont prises souvent l'une pour l'autre, et nous disons indifféremment : je crois ou je sais; mais, en réalité, la science et la foi sont incompatibles, du moins en ce sens que le même acte ne peut être à la fois un acte de science et un acte de foi.

335. La science du contingent. — Enfin la science diffère de la connaissance sensible, qui nous est donnée par les sens et se termine aux faits, aux choses particulières, contingentes : la science, au contraire, appartient aux facultés intellectuelles, elle a pour objet propre et immédiat les universaux (scientia est de universalibus), les idées, le nécessaire, l'absolu, le monde intelligible. On voit dès lors que la description des faits et des phénomènes, si importante dans les sciences naturelles, historiques, sociales, et même dans les sciences psychologiques, n'est pas encore la science ; elle n'est que son point de départ. Il n'y a de science qu'autant que l'esprit atteint le nécessaire, les principes, les lois, les causes et juge les choses à leur lumière. Il y a, sans doute, une science du contingent, mais seulement à la lumière de l'absolu (1).

336. L'acte et l'habitude de la science. — On peut considérer la science dans son acte, dans son habitude et dans les vérités qu'elle découvre. L'acte de la science n'est que l'acte même de la raison, rendu plus facile et plus efficace par l'exercice et s'habitude. L'habitude de la

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science c'est la perfection, l'étendue, la force, la pénétration acquise par la raison qui s'est familiarisée avec certaines études et certains objets : c'est une vertu intellectuelle, dans le langage de l'école. Bossuet la décrit en ces termes : « Quand par le raisonnement on entend certainement quelque chose, qu'on en comprend les raisons et qu'on a acquis la facilité de s'en souvenir, c'est ce qui s'appelle science. » Grâce à cette habitude, on connaît non seulement en puissance, mais habituellement une multitude de vérités de même ordre, et l'on peut se souvenir à volonté, des unes ou des autres, ou plutôt de l'une ou de l'autre, car l'acte et l'objet de l'intelligence est toujours un de quelque manière (1). A certains égards ,la science est plus stable que les habitudes morales, parce qu'elle ne dépend pas immédiatement de la volonté que de connaissances quelquefois que l'on voudrait perdre et auxquelles on ne peut renoncer ! En outre, la science est plus stable chez l'homme que chez l'enfant, parce que chez l'homme elle dépend moins de l'imagination et des sens, elle est plus raisonnée, plus réfléchie.

337. Vérités scientifiques. — Enfin, considérée dans ce qu'elle découvre, la science est un ensemble de vérités, de conclusions, liées entre elles et dépendant des mêmes principes. Prise dans le sens le plus général, elle comprend toutes les connaissances humaines. Ainsi considérée, elle devient quelque chose d'impersonnel et d'idéal : c'est d'elle que s'éprennent les savants, c'est à la faire progresser qu'ils s'appliquent ; c'est une beauté que l'on admire ; c'est presque une divinité que l'on adore, mais qui n'est qu'une image abstraite de la Vérité subsistante de Dieu. — Parlons maintenant de l'origine, de l'objet et de la fin de la science. .

338. Origine de la science. — La science s'invente, se

(1) « Contingit multa scire, intelligere vero unum », ou en d'autres termes : « Intelligere est unum solum, scire vero multa. »

découvre, ou bien elle s'enseigne. L'invention et l'enseignement sont donc les deux sources de la science. L'invention est due aux recherches de la raison individuelle stimulée par la curiosité (1) ou le besoin et laissée à ellemême, à sa propre sagacité ; l'enseignement, au contraire, vient du dehors, par les livres et surtout par les maîtres. Mais il est bien évident que l'enseignement serait vain, s'il ne trouvait un écho, s'il n'était reçu, compris, assimilé par un esprit à la fois docile et actif. La principale cause de la science c'est donc l'esprit qui se l'approprie ; le disciple doit s'instruire lui-même pendant que la parole du maître frappe son oreille ou lui arrive par le livre (2). C'est ce qui explique pourquoi tant d'enseignements, d'ailleurs excellents, demeurent stériles ou ne produisent que peu de fruit. Le premier maître, c'est la vérité qui parle au dedans. Et le chrétien n'ignore pas que cette vérité procède du Verbe, le Maître par excellence, qui concentre en lui toutes les lumières de la nature et de la grâce.

339. Objet de la science. — L'objet de la science est matériel ou formel : matériel, c'est-à-dire considéré tout entier, sans distinction de ses éléments ni des principes à la lumière desquels il peut être étudié ; formel, s'il est considéré en tant que la science l'atteint. Les scolastiques distinguent l'objet formel quod et l'objet formel quo, ou sub quo. Le premier est ce qui est considéré, abstraction faite du reste, dans l'objet matériel. Le second, ce sont les principes à la lumière desquels l'objet est étudié. Ex. : l'objet matériel de la géométrie, ce sont les corps ; l'objet formel quod, les dimensions ou l'étendue dans les corps ; l'objet formel quo, les principes ou axiomes de géométrie.

340. Fin de la science. Spéculation et pratique. Art. — En raison de sa fin immédiate,la science est spéculative ou

(1) Cf. Origine de la philosophie (n° 1). (2) Cf. S. Th. 1*, q. 117, a. 1.

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