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s'il ne se démontre (1), par le principe de contradiction. En effet, si une chose se produisait elle-même, elle serait à la fois cause et effet, productrice et produite : c'est-à-dire qu'elle se donnerait ce qu'elle n'a pas ; c'est-à-dire encore qu'elle aurait et n'aurait pas l'existence ; c'est-à-dire enfin qu'elle serait et ne serait pas.

Au reste, nous convenons, comme on le voit, que la possibilité est un des principes de l'existence ; elle est même plus, à certains égards, que telle existence déterminée, en tant qu'elle s'étend à plusieurs autres : c'est ainsi que l'enfant a plus d'avenir que l'homme fait ; à mesure qu'on réalise des espérances et qu'on détermine sa vie, on perd une multitude de possibilités. Ainsi encore le fruit, partie de l'arbre, vaut plus que lui à certains égards, puisqu'il forme un tout nouveau et peut produire une multitude d'arbres. Mais il reste incontestable que le moins comme tel, laissé à lui seul, ne donne pas le plus, et que la pure possibilité ou idée, comme telle, ne donne pas l'existence. Toujours il faut chercher par delà ce qui commence ou se fait autre chose qu'un néant ou une pure possibilité : il aut chercher une substance active et agissante c'est-àdire une cause.

· 325. Critique de l'opinion de Kant. — Passons maintenant à la critique de Kant. Nous avons déjà rejeté (n° 119) ses jugements synthétiques à priori et il suffit ici de compléter notre critique.

# Il n'y a pas de milieu, disions-nous, entre les jugements analytiques et les jugements synthétiques : ou bien l'attribut est impliqué dans le sujet, ou bien il n'y est pas. Ensuite on ne voit pas pourquoi l'esprit porterait nécessairement ces jugements, puisqu'il n'en a pas l'évidence. Il n'y a pas d'autre nécessité intellectuelle que celle qui vient de l'évidence immédiate ou de la démonstration.

(1) On peut en effet, controverser à ce sujet. V. FARGES. Nouvel essai sur le caractère analytique du principe de causalité (Revue thomiste, 1897, nov.).

Enfin il est facile de montrer que les exemples de jugements synthétiques à priori donnés par Kant n'ont aucune valeur, et c'est ce que nous avons fait pour les trois premiers. Restent deux exemples empruntés aux sciences physiques : « Dans tous les changements corporels la même quantité de matière demeure. — Dans toute communication de mouvement, l'action et la réaction sont égales. » Or on voit qu'il suffit d'analyser l'idée de changement, de bien distinguer celui-ci d'avec l'anéantissement, pour prononcer que dans tout changement la même quantité de matière demeure : il est donc analytique. Quant au second, il résulte également de l'analyse du sujet, c'est-àdire du concept de communication de mouvement. Cette communication, en effet, n'est qu'une espèce de causalité ; or c'est une loi absolue que l'effet répond,à la cause : cette loi n'est que l'application du principe même de causalité (1). Maintenant nous ne contestons pas que ces deux principes puissent être synthétiques, si on les étudie d'une autre manière, en partant de l'expérience. Rien ne se perd dans la nature : c'est démontré à priori et aussi à posteriori par l'expérience et l'induction. Enfin Kant donne comme exemple de principe synthétique à priori celui-ci : « Le monde a eu un commencement. » Mais d'abord ce jugement n'est pas un principe, ou du moins une vérité générale et des premières : c'est une conclusion particulière et l'affirmation d'un fait. Ensuite cette conclusion est plutôt analytique : elle résulte de l'analyse de l'idée de monde, être contingent. Ajoutons enfin que cette proposition est équivoque. Veut-on dire que le monde a eu une cause ? C'est incontestable au même titre que le principe de causalité. Veut-on dire que le monde a commencé dans le temps ? L'on ouvre la porte à

(1) Telle n'est pas précisément l'opinion de Mgr Mercier : « Les deux lois physiques invoquées par Kant, dit-il, sont « synthétiques », sans doute, mais elles ne sont pas a priori (Critériologie, 1899, n°111, p. 220).

des discussions fort subtiles, dans lesquelles nous entrerons ailleurs.

326. Le principe de raison suffisante. — C'est en vain qu'on a essayé d'affaiblir le principe de raison suffisante. Cela résulte clairement de ce qui a été dit du principe de causalité. Ce n'est pas que ces deux principes soient identiques. Dans l'un nous disons : Rien ne se fait ou ne commence sans cause ; dans l'autre : Rien n'existe sans raison suffisante. Mais ils sont de même nature ; le second n'est que l'extension du premier. Dans le premier, en effet, il s'agit seulement ou principalement de la cause efficiente; dans l'autre, au contraire, il s'agit de toute cause, et l'on prononce en outre que la cause doit être suffisante, c'està-dire proportionnée à son effet, Mais il est facile de voir que ce principe, malgré sa plus grande extension, est fort de toute la force du principe de causalité.

327. Les principes induits, fondés sur l'expérience. — Après avoir expliqué les principes analytiques, il faut justifier de même les principes synthétiques, c'est-à-dire fondés sur l'expérience, parmi lesquels on doit compter toutes les lois physiques. Comme les autres, ces principes ont été contestés ou dénaturés. Wolf pense qu'ils sont seulement probables. Hume partage à peu près le même sentiment : d'après lui, nous savons, par exemple, que tels et tels corps sont pesants, mais non pas que tous les corps sont pesants. Bref, c'est en vertu de l'habitude seulement que nous affirmerions que le futur ressemblera au passé. Nous ne l'affirmerions pas en vertu de l'expérience, puisque l'expérience du futur est impossible ; ni en vertu des idées, car il ne répugne pas que le futur diffère du passé. Reid, pour réfuter Hume, tombe dans une erreur analogue, car, d'après lui, ce serait en vertu d'un instinct aveugle que nous affirmons que le futur ressemblera au passé. Galluppi espère tourner la difficulté, en faisant remarquer qu'il y a beaucoup de choses qui étaient futures, mais qui sont devenues présentes ou même passées : d'où il suit, d'après lui, que notre expérience porte sur tous les temps. Mais cette explication est par trop insuffisante.

Nous sommes donc ici en présence de trois opinions par rapport à ce principe expérimental qui les résume tous : Le futur ressemblera au passé. Hume en nie la certitude ; Reid l'admet en vertu d'un instinct aveugle ; Galluppi, en vertu de l'expérience seule. — Mais il faut reconnaître, au contraire que ce principe ne repose pas sur un instinct aveugle, ni sur la seule expérience, mais bien sur l'expérience et en même temps sur un principe analytique : d'où il suit que ce principe est vraiment scientifique.

328. Critique de Reid. — Contre Reid on remarquera que toutes les sciences physiques sont fondées sur ce principe ; or on ne peut prétendre que des sciences non seulement si certaines, mais encore si claires, soient fondées sur un instinct aveugle. C'est ce qui a été dit déjà en traitant du critérium de certitude. Ajoutons que l'exemple allégué par Reid est défectueux. L'enfant, il est vrai, parce qu'il ne raisonne pas, se garde du feu instinctivement, il croit aveuglément que le feu dont il a souffert déjà le brûlerait encore ; mais la persuasion du savant a d'autres bases, elle est fondée non seulement sur un instinct de la sensibilité, mais sur la raison, et c'est pourquoi elle est scientifique.

329. Critique de Galluppi. — Contre Galluppi on peut faire valoir les objections des sceptiques. Nous ne pouvons expérimenter le futur, ni même tous les faits présents et tous les faits passés : comment donc pourrionsnous soumettre tous ces faits à une loi, si nous nous fondions sur la seule expérience ? Quoi que nous fassions, l'expérience, qui nous sert de principe, sera moins étendue que la loi que nous en dériverons.

Il en résulte que les principes d'expérience, dits synthétiques, sont fondés à la fois sur l'expérience et sur quelque principe analytique ou de raison pure, tel que ceux-ci : Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. - Les lois de la nature sont constantes. — Les essences ne changent pas, etc. (v. le chap. vIII, de l'Induction, no 70). 330. Critique de Hume. — Dès lors l'opinion de Hume se trouve réfutée. Il n'a vu que l'expérience, et celle-ci, en effet, ne suffit pas à établir des conclusions scientifiques ; mais l'expérience fécondée par la raison y suffit pleinement. La certitude scientifique est hypothétique, il est vrai : elle admet des exceptions, des miracles, une certaine contingence ; mais c'est encore une certitude.

331. Le principe : le futur ressemblera au passé. — On peut se demander, en terminant, si ce principe : Le futur ressemblera au passé, est expérimental seulement, ou bien tout à la fois expérimental et analytique.

Nous répondons que si on applique ce principe à tel ou tel ordre de faits, si on le prend d'une manière concrète, disant par ex. : « La terre tournera demain autour du soleil comme aujourd'hui et hier », ce principe est expérimental, synthétique ; il résulte en effet, de l'expérience faite et d'un principe analytique. Mais si on l'entend d'une manière générale et abstraite, sans l'appliquer à tel ou tel ordre de faits, alors il est analytique, métaphysique, · indépendant de l'expérience ; car il est évident sans expérience, que les causes physiques doivent agir de la même manière, que les lois de la nature doivent être constantes, que les essences ne changent pas, etc.

332. Opinion de Leibniz. — On peut se demander enfin si l'opinion de Leibniz est juste en ces matières. Il pense que toutes nos connaissances sont fondées sur deux principes : celui de contradiction et celui de raison suffisante. Le premier soutient, selon lui, toutes les conclusions absolues, analytiques et autres ; le second, tous les jugements synthétiques, toutes les conclusions contingentes.

On peut approuver cette manière de voir ; il suffit de

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