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c'est l'être, ou : Ce qui est, est, ou encore : A=A. Mais ces formes ne nous paraissent point préférables à celle que nous avons choisie. Voici pourquoi :

Le principe d'identité est positif, il est vrai ; mais il ne s'ensuit rien de ce qu'il affirme ; il est stérile, parce qu'il se compose de deux termes distincts grammaticalement, mais identiques logiquement. Si l'on dit par ex, A = A; or A = 100, la conclusion ne sera que l'une des prémisses, nous n'aurons point fait de raisonnement. Il faut donc chercher un premier principe qui ait pour termes deux idées distinctes, deux termes logiques.

Quant à l'autre forme : L'être est sa nature, ou bien : L'être a une essence, elle n'offre point, il est vrai l'inconvénient du principe d'identité, elle n'est point stérile ; mais elle est postérieure de sa nature à la forme négative que nous avons préférée, parce que l'idée de non-être est antérieure à l'idée de nature ou d'essence. Et la marque en est que s'il fallait justifier ou plutôt expliquer ce principe : « L'être est sa nature », il faudrait recourir encore à la forme négative que nous avons choisie. — Au reste, nous reconnaissons que le principe de contradiction implique la forme positive : « l'être c'est l'être », et qu'il ne peut qu'avec elle fonder des conclusions affirmatives.

319. Opinion de Kant. — Kant estime que, dans la formule du principe de contradiction, les expressions : il - est impossible et en même temps, sont superflues : la première, parce que la convenance ou la disconvenance de l'attribut avec le sujet dans une proposition évidente, apparaît par la comparaison même des termes ; la seconde parce que le principe de contradiction est absolu et partant au-dessus du temps. Il propose donc cette formule : « L'attribut qui répugne à un sujet ne lui convient pas. » Réponse. — Le mot impossible n'est pas inutile ici car il affecte l'être même, le rapport même des termes entre eux (1). Qu'on se souvienne de ce qui a été dit des propositions modales (v. n° 131), et l'on conviendra que l'expression il est impossible n'est pas superflue dans notre formule. D'ailleurs Kant ne supprime le mot impossible que pour le remplacer par un équivalent : L'attribut, dit-il, qui répugne à un sujet ne lui convient pas. Ici répugnance et impossibilité s'équivalent.

Pour ce qui est maintenant de l'expression en même temps, elle n'est pas non plus inutile ; car nombre de propositions sont vraies ou fausses selon le temps. Si on supprime ces mots,il faut donc les sous-entendre, de même que ces autres : sous le même rapport.

Ouant à la formule de Kant, elle est purement logique et, comme telle, absolument postérieure à la nôtre. De plus, elle est moins universelle et moins efficace. Soit par ex. cette proposition : Pierre est bon. Avec le principe de contradiction, je conclus aussitôt que Pierre n'est pas mauvais. Mais, avec le principe de Kant, on ne peut rien conclure. Enfin, ce principe, de même que toute la philosophie de Kant, est trop subjectif ; il induit trop à confondre la métaphysique avec la logique, les principes absolus et la vérité elle-même avec les pures lois de notre entendement.

320. Objections. — 1° On nous objecte que le principe de contradiction suppose l'évidence. Donc il n'est pas le premier principe. -

Rép. Il suppose l'évidence comme critérium, c'està-dire que ce principe ne vaut que parce qu'il est évident ; mais il ne suppose pas un autre jugement, pas même le principe dit de l'évidence : Tout ce qui est évident est vrai. Celui-ci, en effet, bien qu'il soit lui aussi indémontrable,

(1) Cf. saint Thomas : « Dicitur aliquid possibile vel impossibile (non solum respectu ad aliquam potentiam, sed etiam absolute) ex habitudine terminorum. Possibile quidem absolute, quia praedicatum non repugnat subjecto, ut Socratem sedere. Impossibile vero absolute, quia praedicatum repugnat subjecto. » (1" q. 25, a. 3).

s'explique cependant en définitive par le principe de contradiction.

20 Du moins notre propre existence est une vérité toute première, qui ne le cède pas au principe de contradiction.

Rép. Notre propre existence est le premier fait, la première condition, non pas le premier principe ; et quant à la vérité de notre propre existence, bien qu'elle soit impliquée dans toutes celles que nous percevons, elle ne les démontre ni ne les explique : c'est une vérité particulière, aussi étroite qu'elle est indéniable.

321. Harmonie des premiers principes. On conçoit maintenant comment tous les premiers principes auxquels les philosophes ont donné leur préférence s'harm0nisent et se combinent dans la connaissance : l'évidence est le premier critérium ; l'existence du sujet est le premier fait; le principe de contradiction est le premier axiome ; le principe de l'évidence, celui de causalité, de raison suffisante, etc., sont des vérités premières, c'està-dire lumineuses par elles-mêmes, mais non pas séparément et en opposition entre elles. Toutes ces vérités sont impliquées déjà en quelque manière dans le principe de contradiction, d'où l'esprit les dégage ensuite distinctement (1).

(1) Mentionnons ici une controverse qui a porté sur « les trois vérités primitives », nécessaires à toute démonstration, d'après le P. Tongiorgi, qui les énumère ainsi : l'existence du moi — le prineipe de contradiction — l'aptitude de l'esprit à connaître la vérité. La théorie de Tongiorgi a été critiquée par Mgr Mercier (Revue néo-scolastique, 1895, janv. et 1897 février), à qui a répondu le P. Potvain (Annales de philosophie chrétienne, 1896, oct. : Les trois vérités primitives et le problème de la certitude). Après cette discussion et abstraction faite de la théorie personnelle de Tongiorgi, il reste que ces trois vérités sont primitives, si évidentes qu'elles ne sont pas à proprement parler démontrables par d'autres. On peut tout au plus élever quelque difficulté sur la troisième. Mais il est clair qu'elle est impliquée immédiatement dans toute évidence, dans toute affirmation certaine : Ab actu ad posse valet illatio.

322. Les sceptiques et le principe de contradiction. — En cherchant à ébranler toute vérité, les sceptiques devaient s'attaquer au principe de contradiction, et c'est ce qu'ils ont fait depuis Héraclite jusqu'à Hégel.

Celui-ci, qui souscrit à toute la doctrine d'Héraclite, s'élève à l'idée d'être pur. Cette idée ou cet être est ce qu'il y a de plus indéterminé et par conséquent de moins réel. D'où il suit, selon lui, que l'être et le néant se touchent par leur fond. D'ailleurs, il est évident que tout ce qui devient, c'est-à-dire toute chose temporelle, est et n'est pas, commence et cesse d'être. Le devenir est donc comme la synthèse de l'être et du non-être.

Mais, cette conclusion de Hegel repose sur une équivoque, sur la confusion ou la distinction imparfaite de l'être idéal ou possible et de l'être réel, de l'être en puissance et de l'être en acte, de l'être indéterminé et du rien. Il est vrai que , l'être idéal ou simplement possible est un non-être réel, que l'être en puissance est un non-être actuel, que l'être indéterminé est un non-être individuel. On pourrait ajouter que l'être abstrait est un non-être concret, que ce qui devient n'est pas encore un fait accompli, etc. Mais l'être n'est pas le néant dans le même temps et sous le même rapport où il est être. C'est tout ce que nous affirmons et nous défions bien les adversaires de concevoir le contraire, quoi qu'ils disent. · L'être et le néant ou le possible ne sont pas comme deux espèces d'un même genre, l'être n'est pas une catégorie. S'il en était ainsi, on pourrait dire qu'ils ont quelque chose de commun et que l'être tout court se confond avec le néant. Mais l'être et le néant sont divers, jamais l'un ne peut être affirmé de l'autre en même temps et sous le même rapport ; ils ne diffèrent pas précisément, mais ils s0nt opposés, l'un est la négation de l'autre.

323. Objections. — Les objections se résolvent au moyen des distinctions qui ont été indiquées. Soit par ex. celle-ci : L'être pur, dit Hegel, est une pure indétermination ; mais une pure indétermination est un néant ; donc l'être est un néant. Rép. — L'être est une pure indétermination quant à l'individu, à l'espèce et au genre, mais non quant à l'entité signifiée et comprise. Or cette entité, bien qu'elle ne soit donnée réellement que dans un genre, une espèce et un individu, est cependant entendue positivement ; elle entre dans l'objet de l'idée d'être, elle n'est pas le néant.

324. Le scepticisme et le principe de causalité. — C'est en vain aussi qu'on a essayé d'affaiblir et de dénaturer le principe de causalité. Les uns le nient et, avec lui, l'idée de cause, qu'ils ramènent à l'idée de succession (Hume). D'autres, à la suite de Kant, le dénaturent : au lieu d'y voir un principe nécessaire au dehors comme au dedans, ils n'y voient qu'une loi de l'esprit, un jugement synthétique à priori. Stuart Mill pense que ce principe ne fait peut-être pas loi pour un autre monde que celui-ci. Voici la réponse.

La négation du principe de causalité ou cette suspicion à son endroit est contre nature. Ce principe est tel qu'il suffit de le concevoir et de le formuler nettement, pour y adhérer de toute nécessité. Nous éliminerons, si on le veut, cette formule équivoque : « Pas d'effet sans cause. » On nous la reproche, en disant que nous supposons dans la définition de l'effet ce qui est en question, car l'effet est défini parfois : « Ce qui a une cause ». Soit donc cette autre formule : « Rien ne commence sans y être déterminé », ou : « Rien ne se fait sans cause. » L'esprit humain y adhère invinciblement comme à un principe analytique et immédiatement évident. Etre fait implique l'action de faire, l'action de la cause, comme la passion implique l'ac-tion ; le commencement implique un principe de détermination. Nous ne prétendons pas, certes, que l'effet renferme physiquement la cause : il nous suffit qu'il la renferme logiquement (v. no 119).

Comme on le voit, le principe de causalité s'explique,

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