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car, s'il n'y a en réalité qu'un homme sous divers accidents, il n'y aura aussi qu'une substance sous diverses qualités, un seul être sous divers modes : tous les êtres se toucheront par leur fond et se confondront en un seul. La pente est si naturelle que plusieurs réalistes, au moyen âge, finirent par le panthéisme. Scot Erigène, Amaury de Chartres, David de Dinan furent condamnés par l'Eglise pour avoir dit que l'essence divine ou l'être divin est l'essence des choses : tout serait Dieu, au fond, et Dieu serait tOut.

306. Le panenthéisme de Paul Janet. — A ce panthéisme, non dissimulé, Paul Janet essaie de substituer le panenthéisme, en vertu duquel Dieu serait en tout, sans être tout. Mais comment Dieu pourrait-il faire le fond de tout, sans être tout ? Comment pourrait-il être de l'essence même des choses, sans être toute cette essence ; et, comme il n'y a rien en dehors de l'être, comment Dieu, en mêlant son être avec celui de la créature, ne serait-il pas tout, et le fond et la forme de tout ? (V. n° 239.) Les mêmes considérations réfutent l'enthéisme de Carus, qui, d'ailleurs, professe franchement le monisme.

307. Hégel. — Hégel a renouvelé la même erreur, quand il a fait de l'idée ou de l'universel l'essence des choses, confondant ainsi la logique et la métaphysique, l'idée et la chose. Comme l'idée de substance est une formellement, il s'ensuivrait que la substance des choses est formellement une, conclusion panthéistique.

Mais ces erreurs tombent sous tous les arguments précédents et en outre, sous tous ceux qui frappent le panthéisme. Il est absurde d'accumuler ainsi sur une même substance, un même sujet, des attributs contradictoires, et d'affirmer une identité fondamentale de nature entre tous les êtres, lorsque la conscience, aussi bien que la raison et le bon sens, proteste contre cette assimilation.

308. Conclusion. — Disons donc que l'universel réflexe ou logique n'existe que dans l'esprit, tandis que l'universel direct ou métaphysique existe dans les choses.

1° Une première preuve, négative il est vrai, peut se tirer de la réfutation des systèmes précédents. Ils sont les seuls qu'on puisse imaginer avec le nôtre ; or ils sont insoutenables.

2° Mais il suffit d'expliquer notre affirmation pour la justifier en elle-même. L'universel réflexe, en effet, c'est l'universel en tant que tel, en tant qu'il est une idée, une création de l'esprit, un concept par lequel nous connaissons les individus de même espèce ; or il est évident que l'universel ainsi considéré n'est que -dans l'esprit, à moins qu'on ne confonde l'idée avec la réalité. Comment serait-il hors de l'esprit ? Il est à la fois un, puisqu'il est une idée, et plusieurs, puisqu'il s'applique à tous les individus de même espèce. Mais dans les choses il n'y a rien de tel : « Il n'y a rien d'universel en soi », remarque Bossuet. L'universel réflexe ou formel n'est donc que dans l'esprit.

Mais il en va autrement de l'universel direct ou métaphysique. Celui-ci est ce que l'esprit saisit de général, de Commun, de semblable dans les choses avant de revenir sur lui-même par la réflexion. Or il faut bien que ce que l'esprit connaît de cette manière existe dans les choses, à moins qu'on ne veuille refuser toute objectivité à nos connaissances et prétendre que nous ne percevons que nos propres idées. Mais si nos connaissances viennent des choses, comme nous l'établirons en psychologie, comment nier l'objectivité de l'idée et le droit d'affirmer rien de général sur les choses ? — Essayons de mieux déterminer l'objectivité de l'universel.

309. Comment l'universel est objectif. — L'universel est objectif quant à ce qu'il exprime, mais non quant à la manière dont il l'exprime.C'est là un corollaire et une explication de la proposition précédente. L'universel, étant une idée, exprime quelque chose et c'est ce qu'il y a d'objectif en lui. Mais, d'autre part, il exprime d'une manière abstraite, générale, il est formellement une idée et une abstraction. Or l'abstraction n'est que dans l'esprit ; l'abstrait, comme tel n'a point de place ailleurs ; au dehors tout est concret et individuel. L'universel n'est donc pas objectif quant à la manière dont il exprime les choses, c'est-à-dire quant à l'universalité (1). '

En d'autres termes, les choses nous sont connues réellement, mais suivant le mode de notre nature et non pas suivant le leur : l'être des choses connues est au dehors, et voilà ce qu'il y a d'objectif dans notre connaissance ; mais le mode de les connaître est au dedans, et voilà ce qu'il y a de subjectif ; les choses existent concrètement et nous les connaissons abstraitement ; ce que nous percevons existe donc dans les choses, mais non pas avec cette unité, cette indépendance qu'il y a dans notre esprit.

310. — Autre formule de la même doctrine. — C'est la même doctrine que les scolastiques formulent encore, en disant que l'universel est en puissance ou matériellement dans les choses, formellement et en acte dans l'esprit. Cette dernière formule se justifie par les précédentes et les explique à son tour. Ce que l'idée universelle exprime est comme la matière de cette idée, c'est ce qui permet à cette idée de se produire et de n'être pas vide : il est donc bien vrai de dire que l'universel est en puissance ou matériellement dans les choses.

D'autre part, la forme, l'unité sous laquelle se présente cette matière, l'acte qui la rend intelligible est quelque chose d'idéal : il est donc juste d'ajouter que l'universel est formellement et en acte dans l'esprit. Les scolastiques

(1) Gonzalez formule ainsi ces deux points de doctrine : « Dantur naturae universales, quae respondent vocibus et conceptibus universalibus nostri intellectus. — Universalitas extra mentem non existit, sed consequitur actum intellectus. » •

me disent pas autre chose quand ils soutiennent que c'est l'intelligence qui, par l'abstraction, fait l'universel; elle ne le crée pas, sans doute, pas plus qu'elle ne crée l'objet de ses connaissances, mais elle le forme en elle, elle le conçoit.

311. Objections. — 1° Ce qui n'existe pas comme tel ni ne peut exister comme tel est sans réalité, et ne peut être donné que dans l'esprit ; or l'universel est ainsi ; donc il est un pur concept.

Rép. — Il suit de là que l'universel logique, formel, est un pur concept, un être de raison ; mais il ne suit pas que l'universel direct soit sans réalité ; en d'autres termes, il suit que l'universel n'a son acte et sa forme que dans l'esprit, mais il ne suit pas qu'il n'ait pas son fondement dans les choses.

29 Les universaux sont nécessaires, éternels, sans limites dans l'espace et le temps ; donc ils se confondent avec Dieu et les idées divines.

Rép. Les universaux sont nécessaires, etc., en tant qu'essences logiques, pouvant être conçues éternellement et réalisées partout ; mais les universaux en tant qu'essences réelles, c'est-à-dire existantes et engagées dans les individualités, ne sont pas nécessaires, éternels, etc., d'une manière absolue. 3° Il n'y a de réel et d'objectif que les individus ; donc notre connaissance des universaux est toute subjective et le conceptualisme prévaut. Rép. — Il n'y a de réel et d'objectif que les individus ; mais les individus de même espèce ont une nature commune, semblable, qui nous est exprimée et connue par les universaux. On insiste en disant que l'individu n'est pas réellement _ distinct de sa nature ; l'esprit ne peut donc saisir cette nature sans saisir l'individu ; donc il n'y a pas d'idées universelles, ou du moins ces idées n'ont rien d'objectif. ' Rép. - L'individu est logiquement distinct de sa nature et cela suffit pour qu'il soit connu dans sa nature sans l'être dans son individualité.

4° Pour trouver ce qu'il y a de commun entre plusieurs individus, c'est-à-dire pour former l'universel, il faut que l'esprit ait déjà un type, un terme de comparaison, c'està-dire que l'universel est nécessaire pour former l'universel. Donc l'universel préexiste dans l'esprit.

Rép. Il est faux que pour former l'universel l'esprit doive toujours généraliser, en parcourant des individualités et en les comparant à un type antérieur ; il suffit qu'il considère l'individu, abstraction faite de ce qui le distingue ou peut le distinguer des autres. Rien n'empêche ensuite l'esprit, au cours de son exercice, de se créer des types, des idées réfléchies, des classes, des genres, auxquels il compare les individualités qu'il obSGI'Ve.

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