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299. Conceptualisme de Kant. — Kant ne méconnaît pas à ce point l'idée universelle ; mais il lui refuse l'objectivité. Les idées universelles sont, d'après lui, des formes à priori de la pensée, au moyen desquelles l'esprit classe toutes ses expériences et impose sa loi aux choses. Mais ces idées expriment-elles quelque chose d'universel au dehors ? Kant ne le dit pas. Tous ceux qui admettent des idées innées sont exposés à la même conclusion, c'est-à-dire à nier l'objectivité de l'idée ou du moins à en douter. Ce conceptualisme n'est pas nouveau ; saint Thomas le signale et en distingue plusieurs formes dans son opuscule des Universaux.

300. Réfutation. — Voici maintenant à quelles difficultés se heurte le conceptualisme.

19 Nos idées, du moins nombre d'entre elles, sont universelles et nécessairement objectives de quelque manière ; donc l'universel est de quelque manière dans les choses et le conceptualisme absolu est une erreur. Et d'abord on ne peut disconvenir qu'il y ait nombre d'idées universelles : ainsi toutes les idées d'attribut, de substance, de qualité, de genre, d'espèce s'appliquent à plusieurs. D'autre part, comment nier que ces idées expriment quelque réalité et soient objectives (1)? L'idée n'est que l'expression de la chose, puisqu'elle est l'effet de la chose sur la faculté de connaître ; elle se rapporte à la chose, comme le mot se rapporte à elle-même. Les mots, les idées et les choses qui se correspondent comme signes et que nous prenons les uns pour les autres, en pensant, en parlant et en agissant, ont nécessairement mêmes qualités au point de vue de la logique. Sans doute on ne dira pas que l'idée est sonore comme le mot, ni que la chose est immatérielle comme l'idée, parce que ces qualités de sonorité, de matérialité ou d'immatérialité,

(1) Bien entendu, nous ne parlons ici que des idées directes, qui sont accessoires au signe et à sa valeur ; mais si le mot est général,on devra dire que l'idée est générale et que la réalité exprimée par cette idée, par ce mot, est générale à son tour. Donc, s'il y a des mots et des idées universels, il faut que l'universel soit de quelque manière dans les choses et il ne restera plus qu'à déterminer cette manière. 29 Le conceptualisme, aussi bien que le nominalisme, détruit la science ou du moins la réduit à une simple logique. Car si l'universel n'est que dans les idées, comme, d'autre part, la science n'a pour objet propre et direct que l'universel, il s'ensuit que nous n'avons pas d'autre science que celle de nos idées et de leur accord, ce qui est une pure logique. - 39 Le conceptualisme mène à l'absurde. Car si l'esprit tire de son propre fonds l'universel, sans qu'il y ait rien d'universel dans l'objet, dans les réalités individuelles, il | est impossible ou arbitraire d'assigner aux individus des genres, des espèces, des différences, c'est-à-dire de les classer. Car, de quel droit classerait-on par ex. les hommes avec les hommes, les animaux avec les animaux, les plantes avec les plantes et diviserait-on la nature en divers règnes, s'il n'y a rien de commun réellement entre les hommes ni entre les animaux ni entre les plantes, et si nulle différence réelle ne distingue les règnes entre eux ? 4° Le conceptualisme se contredit lui-même ; car il nie, d'une part, que l'universel existe dans les choses, et il accorde, d'autre part, que l'idée universelle exprime plusieurs individus à cause de leur ressemblance. Mais cette ressemblance objective, c'est déjà quelque chose d'universel. Cette ressemblance est souvent très parfaite, par ex. entre l'homme et l'homme quant à l'humanité, entre l'animal et l'animal quant à la sensibilité ; il y a là plus que des analogies, il y a similitude véritable et partant quelque communauté de nature. 5° Enfin le conceptualisme est en contradiction avec la langue et le sens commun, qui ont bien quelque autorité en cette matière.Nous affirmons I'universel simplement, sans métaphore, de tous les individus auxquels il s'étend : par ex. nous affirmons simplement de tous les hommes l'humanité, de tous les animaux la sensibilité, de tout ce qui se meut le mouvement.

naissent sous l'action des objets, et non de celles qu'on peut se former ensuite arbitrairement.

301. Le réalisme exagéré. — De la réfutation de ceux qui n'admettent l'universel que dans l'esprit passons à la réfutation de ceux qui l'objectivent formellement dans les choses. D'après Platon, les universaux existeraient avant les choses, séparément d'elles, comme des modèles ou des types, qu'elles imitent toujours, sans les épuiser jamais. Platon a-t-il placé en Dieu seulement ces universaux, qui alors ne seraient que les idées divines ? Aristote et les scolastiques ne le pensent pas. Mais saint Augustin et des interprètes modernes de Platon, comme Cousin, opinent plus favorablement. Attaquons d'abord l'opinion de Platon telle qu'elle est exposée par Aristote.

| 302. Réfutation de Platon. — 1° L'opinion de Platon détruit la science des objets sensibles et partant de toute la nature. Car, dans cette opinion, les universaux n'ont rien de commun avec les objets sensibles, mais forment un monde intelligible à part : d'où il suit que la science, qui a pour objet formel et direct les universaux, ne peut atteindre qu'eux. Dans l'opinion de Platon, nous verrions, nous sentirions le monde sensible ou la nature ; mais notre esprit ne verrait qu'un monde intelligible sans lien réel avec le premier ; notre corps traverserait un monde, et n0tre âme vivrait dans l'autre. Mais les deux mondes où vit l'homme par son corps et par son âme ne sont pas séparés et opposés de la sorte ; sa science porte sur l'un et l'autre à la fois : elle porte sur le monde sensible par le monde intelligible, sur les choses par les idées qu'elles réalisent. 2° Cette opinion implique plus d'une contradiction. Elle implique, en effet, des réalités à la fois subsistantes et universelles ; mais tout ce qui subsiste est déterminé, individualisé. — Elle implique des réalités qui sont à la fois l'essence des choses (puisque les universaux sont les genres, les espèces, les différences des choses) et en même temps hors des choses. — Elle implique certaines réalités qui seraient à la fois accidentelles, par ex. la chaleur, la grandeur, l'intelligence, la raison, etc. et qui subsisteraient et partant seraient substantielles.

303. Réfutation des ontologistes. — Venons maintenant aux ontologistes, qui interprètent la doctrine de Platon dans le meilleur sens et soutiennent que les universaux sont les idées divines elles-mêmes. On leur oppose que les idées divines ne se confondent point avec les universaux, qui sont l'objet formel de notre connaissance.

1o En effet, cette vue de Dieu (car l'idée divine ne fait qu'un avec Dieu) n'est pas naturelle à l'homme. Quelle proportion, en effet, y a-t-il entre l'intelligence humaine qui est finie et liée à un corps, et la divinité, qui est un esprit pur et infini ?

2° Ensuite personne n'a conscience de cette vue, qui serait écrasante pour notre faiblesse.

39 Mais voici une raison plus directe. Si les universaux étaient les idées divines, il s'ensuivrait que lorsque nous affirmons d'un sujet quelque attribut universel, nous affirmerions de ce sujet une idée divine : ainsi lorsque nous affirmons que l'océan est grand, nous affirmerions . que l'océan a la grandeur qui est en Dieu. Mais ceci est

· absurde et mènerait droit au panthéisme. Les ontologistes

se défendent en disant que nous n'affirmons pas ici que la grandeur de Dieu appartient à tel sujet, mais bien que le sujet a une grandeur semblable à celle de Dieu, une grandeur dont l'idée est en Dieu. — Fort bien ; mais alors l'universel existe donc en dehors de Dieu et de l'idée divine ; il est représenté, si on veut, par cette idée divine, mais il est aussi dans les choses. Les ontologistes finissent donc par affirmer ce que nous soutenons, en y ajoutant une difficulté inexplicable de plus, la vision en Dieu, la vision par l'infini.

304. Guillaume de Champeaux. — Une troisième espèce de réalisme, qui aurait été professée par Guillaume de Champeaux et les autres réalistes du moyen âge, consiste à dire que l'universel existe formellement, actuellement, avant toute opération de l'esprit, c'est-à-dire qu'il existe dans les choses tel que nous le concevons. Dès lors les choses de même genre, de même espèce, auraient une même essence non seulement logique, mais réelle. Il s'ensuivrait encore que les choses de même genre ou de même espèce auraient la même substance et ne différeraient entre elles que par des accidents réels. On voit déjà combien l'erreur est grave.

Elle est réfutée par les mêmes arguments que faisaient valoir Abélard, Occam et les autres nominalistes : Il répugne qu'une réalité universelle soit formellement, actuellement, dans les individus de même espèce ; car l'individu serait alors tout à la fois unique, incommunicable, comme individu, et communicable, multiple, comme ayant une nature commune à plusieurs. — Il suiVrait encore que chaque individu serait son espèce, par ex. que Socrate serait l'espèce humaine, et que l'on pourrait lui attribuer tout ce qui convient à l'espèce sous les divers accidents individuels : on pourrait attribuer à Socrate tout ce que fait Platon, etc., car chaque homme serait l'homme ou l'humanité, et l'humanité serait chaque homme en particulier ; le vice et la vertu, la sagesse et la folie, les actions et les qualités les plus opposées seraient attribuables à un même sujet réel. Ajoutons que la propagation du genre humain ne serait pas précisément une propagation d'individus, mais d'accidents individuels, et que la mort de tels ou tels hommes ne serait que la disparition de tels et tels accidents ; si c'était vraiment la mort, ce Serait la mort du genre humain tout entier.

305. Le panthéisme, conséquence du réalisme. — Telles sont quelques-unes des absurdités du réalisme qui V0udrait être conséquent. Il mène droit au panthéisme ;

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