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l'objet éclaire et mesure notre esprit, voilà tout : il n'y a là ni contradiction ni tautologie. 2° L'évidence peut être fausse ; elle a donc besoin ellemême de critérium. Rép. — L'évidence de l'objet ne peut être fausse. Quant à l'évidence qui n'est que subjective, ce n'est qu'un semblant d'évidence et un préjugé. Et si on nous objecte qu'il faudra un nouveau critérium pour distinguer l'évidence objective et l'évidence subjective, nous répondrons que ce critérium est inutile et impossible ; car l'évidence objective se justifie d'elle-même. On ne distingue pas le soleil de son apparence par un troisième soleil, mais par le soleil lui-même : ainsi en est-il de l'évidence objective. C'est ainsi encore qu'on distingue l'état de veille de l'état de rêve, non point dans un troisième état, mais dans l'état de veille, qui est le plus parfait.

CHAPITRE XIV

DES CRITÉRIUMS ExTRINsÈQUEs oU DE L'AUToRITÉ

274. L'autorité ; ses espèces. La tradition. — L'autorité (auctoritas : auctor, auteur), c'est le droit d'être cru, ou celui d'être obéi, le plus souvent l'un et l'autre, et le second en vertu du premier ; c'est aussi la personne physique ou morale qui a ce droit. Ici nous ne parlons de l'autorité que par rapport à la croyance. Elle implique deux éléments ou deux conditions : la science et la véracité. Celui-là seul, en effet, qui ne peut pas se tromper et ne veut pas tromper mérite d'être cru. En raison de son principe, l'autorité est divine ou humaine. En raison de son objet, elle est doctrinale ou historique. L'autorité doctrinale, qui a pour objet la doctrine, est celle des maîtres, des savants ; l'autorité historique, qui a des faits pour objet, est celle des historiens, des narrateurs, des témoins. Ceux-ci sont contemporains des faits qu'ils racontent ou non : ils les ont vus, entendus, ou bien ils ne les connaissent que par le témoignage d'autrui. Une série de témoins qui ont vécu en différents temps et dont les premiers ont transmis aux survivants un même enseignement ou de mêmes souvenirs, constitue la tradition. 275. L'histoire : monuments, documents, etc. — Le récit des faits accomplis, présentés avec ordre et mis par écrit, prend le nom d'histoire. Celle-ci s'appuie sur la tradition, dont elle se distingue et qu'elle fixe à son tour ; elle s'appuie aussi sur les monuments et les documents de toute sorte. Il y a cette différence entre les uns et les autres, que les monuments (monere, avertir), sont des signes qui rappellent et perpétuent un souvenir : ainsi les palais, les édifices, les tombeaux, certaines œuvres d'art, tandis que les documents (docere, instruire) sont des écrits, des inscriptions dont la signification est plus précise : ainsi les livres, les manuscrits, les chartes. Les archéologues s'occupent des monuments ; les paléographes, etc., des documents. Tous ces vestiges et tous ces témoins du passé permettent souvent de compléter la tradition, de l'interpréter et même de la rétablir. C'est ainsi que l'histoire a fait de nos jours des progrès marqués, grâce aux recherches fructueuses dont les documents et les monuments de toutes les époques ont été l'objet. L'importance de l'histoire est très grande, au point de vue religieux en particulier : l'Eglise en effet plonge toutes ses racines dans le passé; la foi est traditionnelle, elle implique de quelque manière toute l'histoire de l'Eglise et nombre de témoignages humains. Expliquons-nous donc maintenant sur la valeur et les conditions de ces diverses autorités ou critériums extrinsèques.

THÈSE. Parmi les critériums extrinsèques de vérité, il faut compter : 19 la révélation ou l'autorité divine, nécessaire pour les vérités surnaturelles, très utile pour certaines autres ; l'autorité humaine, soit historique, soit doctrinale, et en particulier la raison commune ou le sens commun. Et bien que l'autorité, quelle qu'elle soit, ne donne jamais la science par elle-même, cependant elle doit être assidûment consultée.

276. L'autorité divine, critérium de vérité. — De longs

raisonnements ne sont pas ici nécessaires. L'autorité di

vine résulte de deux éléments : la science infinie de Dieu,

et sa vérité non moins absolue. Dieu ne peut pas se trom

per ni nous tromper. Sans parler de son caractère surna

turel, la certitude de la foi divine est donc métaphysique, à la différence de la certitude de la foi humaine, qui n'est que morale de sa nature. Cependant, il ne faudrait pas opposer ici outre mesure la foi divine à la foi humaine ; car il arrive souvent que des certitudes morales sont fondées indirectement sur des principes absolus. C'est ce qui a lieu pour tels grands faits historiques.Ainsi, il est absolument impossible que César, Alexandre et Napoléon n'aient pas existé ; car il faudrait supposer que tous les hommes se sont entendus pour tromper, ou que tous ont été des hallucinés, que l'Asie a été conquise sans conquérant, etc. ; mais ces suppositions sont contraires aux principes de métaphysique, particulièrement à celui de causalité.

277. Nécessité de la révélation pour les vérités surnaturelles. — La révélation est nécessaire pour ces vérités, car elles ne sont point des conclusions de la raison ; elles la dépassent, bien qu'elles s'harmonisent avec elle et s'expliquent par mille analogies : par ex. la Trinité, l'Incarnation. C'est donc par la révélation seulement que nous pouvons tenir ces vérités sublimes. I.a foi est raisonnable, comme le dit saint Paul, mais en ce sens que le fait de la révélation se démontre ; quant à la vérité révélée, si elle est surnaturelle, elle ne se démontre pas, elle s'explique. En essayant de faire de nos mystères une démonstration rigoureuse, plusieurs apologistes imprudents sont tombés dans la même erreur que les rationalistes, qui nient le surnaturel ; car c'est confondre le surnaturel avec le naturel que de chercher à les démontrer également.

278. L'existence du surnaturel s'impose. — Mais l'existence du surnaturel s'impose à la raison, au moins indirectement, et de cette manière. L'intelligence de l'homme est finie; donc il y a des vérités qui dépassent sa portée. Or, ces vérités peuvent lui être révélées de quelque manière, car toute vérité a son expression plus ou moins affaiblie ; rien n'est à tous égards ineffable. Il est évident que cette connaissance philosophique du surnaturel

est négative, c'est celle que nous accordent plusieurs de n0s adversaires, par ex. en admettant l'existence d'un inconnaissable. La révélation nous donne ensuite du surnaturel une connaissance positive, quoique imparfaite et analogue : elle nous dit par ex. que la grâce et la gloire consistent dans une adoption divine et dans la vision intuitive jle Dieu. 279. Utilité de la révélation. — Indispensable dans l'ordre surnaturel, la révélation est très utile, souvent même nécessaire, pour connaître certaines vérités naturelles. Ces vérités que la révélation nous apprend et nous prépare à entendre par nous-mêmes, ce sont principalement les vérités morales et religieuses, toutes celles qui contribuent à la dignité morale de l'homme : la grandeur et les perfections de Dieu, l'origine, la destinée de l'âme et les devoirs domestiques et sociaux. Ces connaissances précieuses ont plus ou moins manqué à tous les esprits, même les plus puissants, lorsqu'ils étaient dépourvus de la révélation. Ici viendraient tous les arguments apportés par les fidéistes pour soutenir que la révélation est le critérium suprême de vérité. Le traditionalisme ne pèche que par l'exagération. C'est la révélation qui nous livre de si bonne heure, dans le catéchisme, toutes les vérités essentielles qui manquaient si souvent aux Platon, aux Socrate, aux Aristote. Grâce à elle, tous possèdent la vérité, selon cette parole d'Isaïe : « Ponam universos filios tuos doctos a Domino » ; ils la possèdent plus vite et dès le bas âge, car la foi est prompte, tandis que la science est lente : ars longa ; ils la possèdent invariablement (1). Que de vérités importantes dont l'homme douterait, s'il ne les tenait que par sa propre raison ! (Cf. nos 17 et 1254.)

280. La révélation et les vérités scientifiques. — Ici l'on peut se demander si la révélation est très utile pour la connaissance des vérités scientifiques ; en d'autres termes,

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