Obrazy na stronie
PDF
ePub

Il s'ensuit seulement que la révélation et la tradition servent très heureusement d'introduction à la science ; elles la sauvegardent sans confondre jamais leurs principes avec les siens (v. n° 17). C'est donc avec raison que la Congrégation de l'Index a fait souscrire la proposition suivante à quelques écrivains catholiques : « Rationis usus fidem praecedit,et ad eam ope revelationis et gratiœ conducit. » Déjà Arnauld condamnait en ces termes le système de Huet : « Je ne sais ce qu'on peut trouver de bon dans le livre de M. Huet contre M. Descartes, si ce n'est le latin ; car je n'ai jamais vu de si chétif livre, pour ce qui est de la justesse d'esprit et de la solidité du raisonnement. C'est renverser la religion que d'outrer le pyrrhonisme autant qu'il fait : car la foi est fondée sur la révélation dont nous devons être assurés par la connaissance de certains faits. S'il n'y a donc point de faits humains qui ne soient incertains, il n'y a rien sur quoi la foi puisse être appuyée. »

265. Le consentement général. — Ni le consentement général n'est le critérium suprême. Lamennais, dans son Essai sur l'indifférence et dans la Défense de cet essai, s'efforça d'établir qu'il faut en appeler en définitive au tribunal du genre humain ou de la raison commune dans les questions de certitude. C'était tomber dans la même erreur que Huet, en y ajoutant un danger de plus, celui de placer l'autorité du genre humain au-dessus de celle de Dieu et de l'Eglise.

Il est évident que le critérium de Lamennais n'est point sans valeur et qu'il est même décisif dans les limites de son objet. Toutes les fois que les hommes tombent d'accord sur une affirmation philosophique ou morale qui intéresse essentiellement leur destinée, leurs devoirs, et doit par conséquent être à leur portée, leur affirmation commune ne peut être fausse. Mais combien de vérités qui peuvent échapper à la perspicacité du plus grand nombre et ne tomber que sous la connaissance de quelques-uns ! Telles sont les vérités des hautes mathématiques, d'astronomie transcendante, certaines vérités historiques, etc. Et combien d'autres vérités, qui, pour être claires à tous, n'empruntent aucune lumière au consentement général des hommes ! Par exemple les vérités de conscience et les mille faits qui n'intéressent que notre existence individuelle. Le consentement du genre humain n'est donc pas le critérium cherché. De plus, on voit déjà qu'il en suppose plusieurs autres : la conscience, qui nous apprend notre propre existence ; les sens extérieurs, qui nous font connaître le sentiment des hommes ; la raison, qui nous permet de juger si le consentement des hommes est assez général. Enfin, ajoutons qu'il trompe, non pas sur les principes généraux qui touchent à son objet, mais sur des conclusions, des déterminations particulières : ainsi l'idolâtrie avait passé dans les habitudes et mille conclusions morales étaient niées ou méconnues. Bref, « le nombre des insensés est infini », comme le dit l'Ecriture ; jamais le nombre, jamais le suffrage universel ne sera la marque absolue du vrai. « Ne suivez pas la foule, dit encore l'Ecriture, pour faire le mal, et, dans le jugement, ne vous rendez pas à l'opinion de la majorité, si pour cela vous deviez quitter la voie de la vérité. » (Exode, xxIII, 2.) 266. La raison commune, le sens commun. — Tout ce que nous venons de dire du consentement général des hommes doit s'appliquer au sens commun, à la raison commune ; elle n'est infaillible que sur certaines vérités qui intéressent essentiellement son objet. D'ailleurs la raison commune n'est faite que de raison particulières : c'est donc la raison particulière qui éclaire - d'abord la raison commune, avant d'être éclairée à son tour. On peut et l'on doit prendre conseil du nombre, mais on ne se décide scientifiquement que par ses propres lumières.

267. Opinion du P. Ventura. — Ceci nous permet de critiquer l'opinion du P. Ventura, qui constate la faiblesse de la raison individuelle et, tout en lui accordant d'arriver par elle-même à la certitude, insiste sur la nécessité d'en appeler tantôt à la raison commune et tantôt à l'autorité des savants, suivant l'objet dont il s'agit. On peut dire à l'appui de cette opinion, que bien des fois l'homme en serait réduit à de simples conjectures, s'il n'avait pour s'éclairer et dissiper ses doutes tantôt l'assentiment de tous et tantôt l'autorité des gens instruits. Il y a bien peu d'esprits capables de se suffire et de se créer toutes leurs convictions : le plus souvent on les reçoit toutes faites pour ainsi dire et sur la foi d'autrui. Mais malgré cet ascendant que prennent les esprits les uns sur les autres, particulièrement les plus forts sur les plus faibles, l'autorité, la raison commune n'est pas le motif dernier, absolu, universel de notre adhésion à la vérité : c'est toujours la raison personnelle, en vertu de quelque évidence, qui justifie de quelque manière toutes nos , croyances et toutes nos convictions.

268. L'idée claire et distincte de Descartes. — Ni l'idée claire et distincte de Descartes n'est le critérium suprême de la vérité, à moins qu'on ne l'assimile à l'évidence de l'objet. On peut considérer, en effet, de deux manières l'idée claire de Descartes : ou bien en tant qu'elle est une simple affection du sujet et un accord de ses propres pensées ; ou bien en tant qu'elle est l'effet d'un objet sur l'esprit, c'est-à-dire en tant qu'objective. Considérée de la première manière, l'idée de Descartes ne peut être le critérium universel, car elle nous donne seulement la vérité purement logique, elle ne nous apprend rien sur les objets. Considérée de la seconde manière, elle n'est que l'évidence de l'objet, en tant que l'esprit est éclairé. Quelle fut maintenant l'intention de Descartes ? On peut en douter : en parlant d'une manière équivoque, il a laissé une porte ouverte au scepticisme.

269. La raison éternelle des choses. — Ni la raison éternelle des choses considérée dans l'esprit divin n'est

le critérium suprême de vérité. Ici nous nous séparons de Malebranche, qui prétend que notre esprit voit tout en Dieu. Mais il est faux que l'homme jouisse de cette vue : personne n'en a conscience et ne recourt si haut pour critiquer ses opinions et celles d'autrui. Et voulût-on voir quelque chose de divin dans les principes supérieurs, éternels, absolus, qui éclairent toutes nos connaissances, qu'il faudrait convenir encore qu'ils ne nous éclairent que par leur évidence.

270. Les premiers principes. — Ni les premiers principes de démonstration ne peuvent être le critérium suprême de la vérité. Car ils sont irréductibles entre eux, comme nous l'expliquerons par la suite : chacun d'eux est évident par lui-même et ne se démontre pas. Les uns sont de l'ordre expérimental, par ex. : j'existe ; les autres sont de l'ordre rationnel et absolu, par ex. : le principe de contradiction. Or on ne peut prouver les premiers par les seconds, ni ceux-ci par les premiers. Il y a donc impossibilité de ramener toute science à un premier principe de démonstration ; ce n'est pas de ce côté qu'il faut chercher l'unité de la science et le critérium suprême. De plus, ces premiers principes ne sont pas absolument antérieurs à toute connaissance ; car ce sont des jugements, et le jugement procède de l'idée ; ainsi le principe de contradiction relève de l'idée d'être et de celle de nonêtre. — Néanmoins, on reconnaîtra facilement que les premiers principes de démonstration sont des critériums secondaires très importants. Car toutes les conclusions scientifiques se résolvent en ces principes et sont justifiées par eux. Mais ces principes eux-mêmes, nous ne les tenons que par l'évidence.

271. Opinion de Vico. — En terminant, nous dirons un mot de l'opinion de Vico et de celle de Rosmini. Vico prétend que la vérité ne nous apparaît définitivement comme telle que lorsqu'elle est construite ou faite par notre esprit. De même que la géométrie n'est bien com

prise que lorsqu'on s'est construit le monde géométrique et qu'on a prononcé toutes les lois qui gouvernent les sphères et autres figures, ainsi en serait-il de toutes les autres connaissances. L'esprit ne deviendrait le maître de la vérité qu'autant qu'il en serait, pour ainsi dire, la cause ou du moins le législateur (v. n° 362).

Critique. — Cette opinion offre quelque chose de spécieux et même de vrai. On ne possède, en effet, la vérité qu'autant qu'on la fait sienne, c'est-à-dire qu'on se l'assimile par une sorte de construction et de synthèse. Mais si c'est la construction ou la synthèse qui nous donne un système scientifique, ce n'est pas elle qui nous donne chaque vérité en particulier : le système suppose donc un critérium antérieur. Après cela nous convenons que la belle ordonnance d'un système, la concordance de toutes ses parties est à elle seule un critérium de vérité de grande valeur.

272. Opinion de Rosmini. — Quant à Rosmini, il cherche le critérium suprême dans l'idée d'être. D'après lui, elle serait innée et inséparable de l'esprit, dont elle serait la lumière permanente.

Critique. L'idée d'être n'est pas innée. Au reste, cette opinion peut paraître conciliable avec la nôtre ; car cette manifestation de l'être qui permet la vue de toute vérité, n'est-ce pas l'évidence de l'objet ou l'être évident ? Toutefois nous n'accepterons pas le langage de Rosmini, pas plus que nous n'avons accepté celui de Descartes, parce qu'il est équivoque.

273. Objections. — 19 On nous objecte que l'évidence de l'objet n'est autre chose que la vérité de l'objet ; mais la vérité de l'objet n'est pas le critérium de la vérité : on ne peut le dire sans tautologie.

Rép. L'évidence de l'objet est, si on le veut, la vérité de l'objet, et cette vérité objective est le critérium de la vérité qui nous est communiquée et devient subjective ;

« PoprzedniaDalej »