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de ce qui est faux ; l'erreur est toujours voulue de quelque manière (nous ne disons pas qu'elle soit toujours libre, car il y a des erreurs et des préjugés nécessaires et même honorables) ; la raison ne s'égare que parce qu'elle est entraînée hors de sa voie naturelle. Ce n'est donc pas elle qu'il faut accuser ici, mais ce sont les autres facultés, les passions surtout, si promptes à usurper un rôle de direction qui n'était pas le leur.

CHAPITRE XIII

DES CRITÉRIUMS OBJECTIFS OU MOTIFS DE CERTITUDE

ET, EN PARTICULIER, DE L'ÉVIDENCE (1)

247. Les critériums objectifs. — Les uns sont intrinsèques, c'est-à-dire qu'ils nous sont donnés par la nature même des choses : tels sont l'évidence, les premiers principes ; les autres extrinsèques : ce sont les diverses autorités.

Ensuite, parmi ces critériums, l'un est suprême et les autres sont subordonnés. Par le premier il faut entendre celui qui, en définitive, nous permet de distinguer toute vérité de l'erreur. Tous les autres relèvent de lui en quelque manière. Rien n'empêche d'ailleurs que chacun d'eux ait une supériorité relative dans un ordre particulier de connaissances : ainsi, en physique, le témoignage des sens est le motif principal de certitude ; en psychologie, la conscience ; en métaphysique, la raison pure ; en théologie, l'autorité divine ; en histoire, l'autorité humaine. Chaque science a de cette manière son critérium préféré.

248. Nécessité d'un critérium suprême. — Mais il est déjà évident que ces divers critériums doivent s'appuyer sur un critérium commun et fondamental : c'en serait fait autrement de l'unité de la science. Quelles que soient la variété de nos connaissances et la différence des certitudes,

(1) V. FARGEs, Le crutère de l'évidence (Revue thomiste, 1907, mars

avril.— BLANCHE, Sur l'usage de l'évidence comme suprême critérium.) Ibid., 1903, nov-.déc.

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elles ont toutes cela de commun qu'elles sont la vérité et excluent toute probabilité d'erreur. Sous ce rapport la certitude, comme la vérité, est une : il faut donc qu'elle soit donnée par un même principe. Ce principe, quel est-il? Il n'est autre que l'évidence de l'objet, dite évidence objective ou ontologique, C'est ce que nous allons démontrer, en la comparant successivement à tous les autres critériums, que nous ne déprécierons point en les lui subordonnant, mais dont nous nous attacherons, au contraire, à montrer la juste valeur et à préciser le légitime emploi.

THÈSE. Le critérium suprême de la vérité, ou le dernier motif de la certitude, n'est autre que l'évidence de l'objet. Aucun autre critérium, quelque important qu'il Soit d'ailleurs, ne peut disputer ce premier rôle à l'évidence : ni les sens ni la conscience, ni la foi dans la véracité de nos facultés, ni l'instinct aveugle de la nature, - ni le sentiment (religieux ou autre) avec l'action bonne 0u la pratique du bien, ni la révélation divine, ni le consentement général du genre humain, ni l'idée claire et distincte, à moins qu'on ne l'assimile à l'évidence de l'objet, ni les raisons éternelles des choses considérées dans l'esprit divin, ni les premiers principes de démonstration, etc. |

249. L'évidence de l'objet.—Comme le mot l'indique, l'évidence est une vue claire, c'est « l'éclat même de la vérité à laquelle l'esprit ne peut refuser son assentiment ». Obligés que nous sommes de comparer les choses intellectuelles aux choses sensibles, nous parlons de la vue de l'esprit C0mme de la vue des sens, de la lumière qui éclaire notre intelligence comme de celle qui éclaire nos yeux. Entre les deux l'analogie est frappante : l'une nous révèle le monde réel et tangible ; l'autre, le monde idéal et le monde Supérieur ; la première nous ouvre le monde des corps, et l'autre le monde des esprits. A cause de son étendue et de sa subtilité, le sens de la vue règne de quelque manière Sur tous les autres ; selon une remarque de saint Thomas, il est le moins matériel et partant le mieux instruit (1).

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250. Evidence et certitude : objective, subjective. — Mais laissons de côté la comparaison : l'évidence est la manifestation de ce qui est. On voit déjà par là qu'elle vient de l'objet, elle est objective par nature, elle ne devient subjective que par participation. Le langage témoigne clairement de cette vérité profonde. On ne dira point : Je suis évident, mais bien : L'objet est évident, et aussi : J'ai l'évidence. L'évidence passe de l'objet au sujet, comme la lumière passe du soleil dans les yeux. Au contraire, on dira non seulement : L'objet est certain, mais encore : Je suis certain.

On voit dès lors que l'évidence et la certitude sont dites l'une et l'autre objectives ou subjectives, suivant qu'on les considère dans l'objet ou dans le sujet ; mais leurs titres à ces dénominations ne se confondent point. On conviendra que l'évidence est plus objective de sa nature que la certitude. Celle-ci est un état de l'esprit qui ne doute plus ; l'évidence est la lumière de l'objet, cause naturelle mais non pas unique de la certitude. Il y a donc, si on le veut, des certitudes fausses, ou plutôt des convictions fausses ; mais il répugne qu'on se trompe en ayant pour soi l'évidence. C'est le cas de répéter avec S. Augustin : « Omnis qui fallitur, id in quo fallitur non intelligit. »

251. Définition de Descartes. Critique. —Ces remarques nous permettent de critiquer la définition que Descartes nous donne de l'évidence, qu'il ne rattache pas assez à l'objet, son principe essentiel. « L'évidence, dit-il, est la perception claire et distincte de la convenance ou de la répugnance des idées entre elles. » — Mais cette définition est incorrecte ou équivoque. Les idées sont dans le sujet : percevoir les idées et en juger, c'est donc connaître le sujet plutôt que l'objet. Et puis l'évidence ne s'étend pas seu

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lement aux idées, mais aux faits, elle s'étend à tout, et , c'est la définir bien étroitement que de la regarder comme une simple perception d'idées. Enfin cette définition est dangereuse, elle ouvre la porte au subjectivisme, au phéno- . ménisme ; car, si l'évidence n'est que la perception de l'accord des idées, elle ne donne que la vérité logique, le vrai ne sera plus que ce qui paraît tel à chacun. La définition de Descartes est donc fausse ou du moins insuffisante. Si telle évidence en particulier est une perception d'idées, ce n'est qu'autant que ces idées sont prises à leur tour pour objet ; mais avant cette évidence logique ou psychologique, comme on voudra l'appeler, il y a l'évidence de l'objet ou ontologique, dont nous avons parlé dans notre thèse et qui les domine toutes (V. n° 268.)

# 252. Evidence intrinsèque, extrinsèque, médiate, etc. — On distingue encore l'évidence intrinsèque et l'évidence extrinsèque. Celle-ci est l'évidence de l'autorité ou des motifs de crédibilité. On a bien marqué cette distinction en disant que l'esprit cédait toujours à l'autorité de l'évidence ou à l'évidence de l'autorité. Mais l'évidence de l'objet et celle de l'autorité, malgré cette alliance, sont fort distinctes. A proprement parler, il n'y a pas d'évidence extrinsèque, pas plus qu'il n'y a d'autorité intrinsèque. Si les arguments d'autorité, en théologie, sont dits intrinsèques, c'est parce que cette science est fondée sur l'autorité. Une autre distinction est celle de l'évidence en immédiate et médiate. La première est donnée sans moyen terme, par un seul coup d'œil de l'esprit ; la deuxième est le fruit d'un raisonnement : ainsi l'évidence, après démonstration, d'un théorème de géométrie.

253. Preuves : le critérium suprême est objectif. — Prouvons maintenant notre affirmation. 1° Qu'il y ait un critérium suprême, nous l'avons déjà montré en faisant remarquer que sans ce critérium la science humaine manquerait d'unité. Mais il faut ajouter maintenant que l'évidence objective est ce critérium nécessaire. C'est ce

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