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Rép. La conscience ne témoigne ici que d'une douleur vague, mal localisée, et elle ne se trompe pas : c'est en vertu d'une habitude que le patient rapporte la douleur au membre absent, tandis qu'elle est éprouvée réellement dans les parties voisines qui étaient en communication avec ce membre. 5° Il arrive que des névropathes croient changer de nom, d'état, de sexe, et jouer successivement divers personnages. Cette aberration prouve bien que la conscience est faillible. Rép. Ce n'est pas la conscience qui est ici en défaut, mais la mémoire, qui doit lier entre eux les états de conscience présents et passés. A cette rupture de mémoire il faut joindre certaines hallucinations ; mais le malade sent toujours ce qu'il sent et sa conscience ne le trompe point. Sous ces divers personnages il y a toujours son même moi réel ; et la preuve en est que lorsqu'il a conservé quelque mémoire il dit : Quand j'étais telle ou telle personne, comme nous disons : Quand j'étais jeune, ou : Quand j'étais malade. 6° On doute souvent de la présence et de la nature de ses propres sentiments. Cède-t-on à la crainte de déplaire ou au désir d'obliger, au désintéressement ou à un secret amour-propre ? La conscience est obscure et faillible ; de là ses scrupules, ses erreurs, et les licences scandaleuses qu'elle se donne. Rép. On doute parfois de la nature et du caractère de ses propres sentiments, mais non de leur présence. Quant à la valeur morale des actes, la conscience ne suffit pas toujours à la déterminer; il y faut beaucoup de raison, de science, de bonne foi : de là tant d'erreurs. Il est si difficile de bien juger en sa propre cause !

239. Le critérium de la conscience. — On voit facilement par ce qui précède que le critérium de la conscience est impliqué dans tous les autres En effet, on ne peut rien connaître sans se connaître soi-même de quelque manière ; toute affirmation implique assez clairement l'existence d'un sujet qui affirme. Cependant la conscience n'est pas un critérium général et suffisant ; car elle ne nous apprend rien par elle seule de Dieu, du monde, de tout ce qui est extérieur au sujet pensant. C'est pourquoi on ne peut tirer toute science de la conscience ; les panthéistes allemands s'y sont trompés ; on peut bien avoir conscience de son être, mais non de l'être absolu qui est Dieu, ni de l'être fini qui nous est étranger (1). • Mais le témoignage de la conscience est des plus importants dans les sciences logiques, psychologiques, morales, toutes les fois qu'il s'agit de connaître la nature humaine et qu'il faut s'appuyer sur l'observation intérieure.

240. Le moi réel et la conscience. — Nous remarquerons en second lieu que, par la conscience, nous connaissons non seulement le moi phénoménal, mais encore le moi réel. C'est en vain que Kant a essayé d'opposer ici le moi empirique au moi pur : on ne les perçoit pas séparément. On ne déduit pas non plus l'un de l'autre ; car on ne peut démontrer sa propre existence. Ce serait donc se tromper que de voir une véritable démonstration dans le mot de Descartes : Je pense, donc je suis.

241. On se connaît soi-même par ses actes. — Enfin nous voyons très clairement comment l'homme se connaît lui-même:il ne se connaît pas directement par son essence, mais par ses actes : ainsi l'exige sa nature ; il se perçoit pensant, voulant, désirant, souffrant, etc., la conscience

(1) Paul Janet s'exprimait donc d'une manière équivoque et dangereuse lorsqu'il écrivait : « L'être est inné à lui-même, dit Leibniz. N'est-ce pas dire que nous sentons l'infini dans le fini?... Sentir le libre arbitre c'est sentir Dieu en nous, etc., » (Revue des Deux Mondes, 1er juin 1885.) — C'est une erreur analogue qu'on a proposée de nos jours en disant que « la révélation est la conscience que l'homme prend de Dieu ». (Erreur moderniste condamnée par l'Encyclique Pascendi, 8 septembre 1907.) On ne la corrige pas assez en ajoutant que la révélation n'est pas « la conscience que Dieu prend de lui-même dans l'homme ».

tombe directement et formellement sur l'état, indirectement sur tout le sujet (1). Il n'en est pas de même pour les esprits purs ni surtout pour Dieu. L'homme se connaît par une infinité d'actes distincts de sa substance et même de ses facultés : c'est pourquoi la connaissance de soi-même est si lente, si difficile et si imparfaite. 242. L'intelligence est infaillible. — Il s'agit ici de l'intelligence en tant que distincte de la raison. Souvenonsnous, en effet, que le rôle de l'intelligence ainsi comprise est de porter des jugements d'une évidence immédiate. Or ces jugements sont de deux sortes : analytiques (par ex. : Le tout est plus grand que sa partie) ou d'expérience (par ex. : J'existe). Mais l'intelligence ne peut se tromper sur les premiers, puisque l'attribut est alors de l'essence du sujet. Elle ne peut non plus se tromper sur les seconds, car ils résultent aussi d'une sorte d'analyse, · non pas de l'analyse d'une idée abstraite, mais d'un fait complexe, d'un état d'esprit. S'ils sont dits synthétiques, c'est à un autre point de vue, en tant que l'attribut n'est pas de l'essence du sujet. En d'autres termes, je me saisis existant, pensant, et, distinguant ma pensée et mon existence d'avec moi-même, je dis : Je pense, j'existe. Donc l'intelligence ne peut se tromper. Ou bien elle ne saisit rien, et alors elle ignore et ne se trompe pas ; ou bien elle saisit la vérité. C'est pourquoi saint Thomas établit cette thèse : L'intelligence, n'est jamais fausse (2). Aristote avait dit : L'intelligence est toujours vraie, Saint Augustin exprime la même vérité en ces termes : Si quelqu'un se trompe, il ne comprend pas ce en quoi il se trompe. 243. Objections. — 10 On nous objecte que même les

premiers principes sont sujets à mille négations. Hégel a nié le principe de contradiction ; Stuart Mill et bien d'au

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tres ont douté du principe de causalité. On peut donc se tromper sur ces jugements d'une évidence immédiate, et, comme tels, objets de l'intelligence. Rép. On ne peut nier ces principes qu'en apparence, en parole ou par écrit; caronne peut concevoir leur contradictoire. Lorsque Hegel, par exemple, dit que l'être c'est le néant, il entend que l'être purement possible est le néant de l'existence. Lorsque Stuart Mill dit qu'en dehors de ce monde le principe de causalité n'est peutêtre plus applicable, il entend qu'il peut y avoir un être (Dieu) sans cause. Mais on ne conçoit pas l'absurde, alors même qu'on l'exprime. 2° On ne peut démontrer l'infaillibilité de l'intelligence sans la supposer, sans commettre une pétition du principe. Rép. — Soit, mais elle s'impose et nous ne prétendons que l'expliquer. 39 Dieu seul est infaillible. Rép. Dieu seul est infaillible absolument ; mais la créature peut être infaillible sur certains points, dans la mesure où elle possède la vérité.

244. La raison, avec la mémoire, etc., est faillible. — Que la raison, la mémoire, etc., l'imagination surtout soient faillibles, cela n'est que trop évident. Ces erreurs s'expliquent si l'on considère l'exercice même de ces facultés, qui n'atteignent souvent leur objet que par mille moyens termes, dont chacun peut devenir une cause de confusion. Mais, à mesure que les intermédiaires s'effacent et que la faculté s'applique mieux à son objet, les causes d'erreur disparaissent. C'est ainsi que la mémoire, dans bien des cas, est très sûre ; elle ne donne prise à l'erreur qu'autant que les traits qu'elle conserve s'effacent et qu'il faut les rétablir par le raisonnement ou d'une autre manière, en ravivant ses impressions.

L'imagination surtout est faillible : elle est si mobile, elle touche de si près aux passions, aux sentiments d'où naissent la plupart des préjugés et des erreurs ! C'est elle qui, suivant un mot de Pascal, « grossit les petits objets jusqu'à en remplir notre âme par une estimation fantastique, et, par une insolence téméraire, amoindrit les grands jusqu'à sa mesure, comme en parlant de Dieu. » Elle s'ajoute à tous nos concepts pour les fixer, leur donner un corps ; elle nous permet de suivre notre propre pensée. Mais en même temps elle peut nous égarer en substituant ses propres représentations à ce qu'elles expriment. C'est ainsi que les matérialistes en viennent à nier l'esprit, parce que nous ne pouvons rien imaginer d'incorporel.

245. — L'erreur ne vient pas des facultés mêmes. — Mais quelles que soient les erreurs que nous commettons en nous servant de nos facultés de connaissance, nous ne sommes point trompés par ces facultés elles-mêmes, mais par ce qui s'ajoute à leurs données propres. Par exemple, la raison ne donne jamais comme évidente une proposition fausse : c'est nous qui transformons une affirmation douteuse de la raison en affirmation absolue. De même la mémoire pourra hésiter, être confuse, mais par ellemême elle ne nous exprimera que ce qui est : c'est l'imagination qui achèvera ses tableaux et induira la mémoire en erreur. Enfin l'imagination elle-même ne nous trompe point ; elle ne nous présente que des images réelles ou possibles, et l'erreur consiste à transporter indûment dans le domaine des réalités une chose purement possible ou réciproquement.

246. Objection. — Les sceptiques nous opposent ici toutes les erreurs dans lesquelles est tombé l'esprit humain : « Notre raison, dit Bayle, n'est propre qu'à brouiller tout, qu'à faire douter de tout ; elle n'a pas plus tôt bâti un ouvrage qu'elle nous montre les moyens de le ruiner. C'est une véritable Pénélope qui pendant la nuit défait la toile qu'elle avait faite pendant le jour. »

Rép. — Il est vrai que la raison nous égare autant qu'elle nous guide, mais elle n'est point par elle-même une cause d'égarement ; elle ne donnera jamais l'évidence

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