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supposent absolument un monde corporel. Voici nos preuVeS :

228. Conviction naturelle indéclinable. — 19 La nature nous persuade et à chaque instant que les corps existent ; les idéalistes ne sont pas exempts de sa loi impérieuse, ils obéissent forcément à cette conviction naturelle, nécessaire, indéclinable. Mais la nature ne peut tromper ; une telle conviction est infaillible ; un fait si absolu ne peut être qu'un droit.

229. Disposition des organes. 20 D'ailleurs la disposition des organes des sens extérieurs nous manifeste clairement l'intention de la nature. Les yeux sont placés à la tête et à la surface, de manière à voir de loin et à éclairer la marche ; les oreilles s'ouvrent près des deux tempes de manière à entendre des deux côtés ; les nerfs olfactifs s'épanouissent à l'entrée des voies respiratoires, comme pour mieux apprécier les qualités de l'air et les émanations qui le pénètrent ; la langue se mêle aux aliments et aux boissons pour mieux en apprécier la saveur et le goût; les mains, en saisissant les corps, et les doigts, en s'appliquant sur les objets les plus menus, nous permettent de percevoir toutes les qualités tactiles. Or il est évident que si ces organes ne nous avaient été donnés que pour juger de notre propre état, pour sentir nos propres modifications, il n'y aurait pas de raison pour qu'ils fussent placés à la superficie du corps ou à l'extrémité des membres plutôt qu'au centre du corps ou dans la cavité du crâne.

230. Les représentations sensibles supposent la réalité corporelle. — 3° Nous irons plus loin, et nous montrerons que les représentations sensibles sont inexplicables sans l'existence des corps. Quelle cause, en effet, peut-on chercher de ces représentations en dehors de leur objet ? — L'esprit ou la volonté du sujet pensant ; l'influence de Dieu ou d'un autre esprit.

Or 1° l'esprit du sujet n'explique pas les représentations

sensibles. Il est simple ; et le simple n'explique pas l'étendue, il ne peut l'engendrer ni la constituer. Et qu'on ne nous objecte pas ici que l'esprit peut agir sur le corps, qui est composé, et le modifier assez pour se donner toutes sortes de représentations. Car le corps lui-même, pour les idéalistes conséquents, n'est qu'une affection de l'esprit, une représentation de l'esprit, une habitude de l'esprit, le corps n'existe pas, il n'y a de lui qu'une apparence. Mais (et on ne le remarque pas assez) cette apparence elle-même est inexplicable ; car l'esprit ne peut percevoir l'apparence d'un corps s'il n'est pas uni à un corps, s'il n'a pas de corps réel. Un esprit peut bien percevoir l'essence d'un corps, d'une couleur ou autre qualité, il les conçoit d'une manière toute spirituelle, il perçoit ainsi d'une manière éminente tout le monde corporel qui est au-dessous de lui; mais comment le percevrait-il d'une manière formelle ? Il faudrait pour cela qu'il eût un corps. Une seule représentation imaginaire, la plus fantastique, est la réfutation péremptoire de l'idéalisme absolu, de même qu'une seule possibilité est la réfutation de l'athéisme et de la philosophie du rien. Il n'y aurait pas d'ombre, sans quelque lumière ; ni d'apparence, sans quelque réalité. Remarquons, en outre, que toutes les productions propres de l'esprit, toutes ses conceptions sont abstraites, générales ; or les représentations sensibles sont particulières, concrètes ; elles ne proviennent donc pas de l'esprit. En 2e lieu, les représentations sensibles ne proviennent pas davantage de la volonté. Pour que la volonté : les recherchât et les produisît, il faudrait qu'elle les connût, c'est-à-dire qu'elles fussent données préalablement. . Car on ne désire, on ne veut que ce qui est connu de quelque manière. Les représentations, du moins les premières, peuvent donc bien provoquer les actes de la volonté, mais non pas en procéder ; elles leur préexistent absolument. De plus, si notre volonté les créait, nous aurions conscience de cette création, comme nous avons conscience

de composer tel objet imaginaire qui nous plaît. Or nous n'avons pas conscience de vouloir les premières représentations qui nous sont données : nous les subissons, elles s'imposent, et quelquefois cruellement. Quelle différence entre ces représentations premières, naturelles, qui paraissent provenir de la nature extérieure, et ces représentations mobiles, fugitives, fruits des caprices de l'imagination ou de nos désirs délibérés ! Et les idéalistes voudraient expliquer les unes et les autres par les mêmes principes, les mêmes causes ? Ils confondent grossièrement la vue avec l'imagination, le sens externe avec le sens interne, la réalité avec la fiction. En 3° lieu, l'action de Dieu ou de quelque autre esprit ne peut expliquer nos représentations sensibles. Sans doute, à ne considérer que sa puissance, Dieu peut donner à un être corporel toutes les illusions ; mais, sans parler ici de sa véracité, qui s'y oppose, Dieu lui-même ne peut donner l'illusion d'un corps à un être incorporel. A plus forte raison les esprits finis en sont-ils impuissants. L'imagination dans un pur esprit répugne, Dieu lui-même n'imagine rien et il ne peut rien faire imaginer à personne, si ce n'est en lui donnant préalablement des organes et un corps. Mais si nous admettons l'existence de notre corps, il n'y a pas de raison de nous borner là ni de douter d'aucun. Au reste, ce qui montre bien que nos représentations ne viennent pas des esprits, mais des corps, c'est leur caractère fatal, nécessaire : elles sont soumises à des · lois physiques, elles ne relèvent pas de la liberté ou du caprice d'un esprit trompeur. Si elles relèvent de Dieu, · c'est par le moyen de causes physiques et en tant qu'il est l'Auteur de toute la nature. 231. Absurdités où tombe l'idéalisme.—Terminons par une autre preuve, tirée des absurdités où tombe l'idéalisme. S'il n'y a pas de corps, il n'y a plus de monde : le soleil, les étoiles, le globe terrestre et tout ce qu'il renferme ne sont que des représentations, c'est-à-dire des apparences. La société, l'Eglise, la patrie, la famille, les amis : apparences ! Et l'amour que nous leur portons n'est au fond que l'amour de nos propres représentations, c'està-dire de nous-mêmes. Et quant à ceux qui nient seulement l'étendue et la matière, sans vouloir nier les réalités extérieures, ni surtout l'existence des autres hommes, ils sont inconséquents. Car, si l'on nie l'étendue, il faut nier tout ce qu'elle renferme et n'est connu que par elle ; si l'étendue n'est qu'en moi, je deviens aussi tout ce qu'elle renferme : je ne sens que moi-même, je ne vois que ma propre image, je n'entends que mes propres paroles ; la société n'est qu'une partie de mes entretiens, la moins intime ; l'histoire n'est que le développement de m0n être, dont je ne vois pas l'origine et dont je n'aperçois pas la fin. En niant la réalité des corps, on ne peut échapper logiquement à ce monstrueux solipsisme.

232. Conclusion contre Descartes, Malebranche. — De là on peut tirer une réfutation de Descartes et de Malebranche, qui recourent à l'autorité divine ou même à la révélation surnaturelle (Malebranche) pour admettre l'existence du monde corporel. Ce recours est dangereux ; car l'existence de Dieu n'est pas une vérité première de la philosophie ; et quant au fait de la révélation, il supp0se l'existence des corps.

233. La perception externe est immédiate. - Il suit encore que la perception extérieure est immédiate. Dire avec nos adversaires : Descartes, Malebranche, Locke, Kant, que nous ne sentons que nos propres sensations, c'est une erreur, c'est ramener la sensation externe à la sensation interne.Celle-là exprime l'objet et nous ne la percevons dans sa réalité subjective qu'après avoir perçu ce qu'elle exprime ; par exemple on voit le soleil avant de sentir qu'on l'a vu. — Il n'est donc pas nécessaire de chercher un autre moyen de communication entre l'objet et le sujet : il y a ici mieux qu'un pont, il y a une assimilation par la connaissance, il y a relation immédiate. Il n'est pas

nécessaire ni possible que l'objet senti entre dans l'organe : il suffit que le sens l'exprime et soit le moyen par lequel (medium quo) l'objet se manifeste ; l'essence réelle de l'objet n'est pas en nous, mais seulement sa représentation, son image, son acte et sa forme (v. n° 813).

234. Toutes les perceptions externes sont objectives. — Il suit encore que Condillac n'était pas fondé à regarder les perceptions du tact comme seules objectives. Il n'y a pas lieu ici d'établir une différence essentielle entre les , divers sens extérieurs. On peut dire seulement que le tact est le sens fondamental ; les sens supérieurs, la vue et l'ouïe, s'exercent à son image, avec plus de subtilité ; l'objet n'agit sur eux que par des intermédiaires, des vibrations de l'air ou d'un autre fluide : de là des occasions d'erreur ; mais il appartient à l'esprit de les prévenir.

235. Objections. — 19 On nous objecte que l'existence des corps, aussi bien que leurs qualités, ne nous est rapportée en définitive que par nos sens. Or, il n'y a rien de plus trompeur que les sens : ce n'est pas à eux qu'il appartient d'éclairer l'esprit et de motiver ses conclusions. Rép. — Les sens sont trompeurs, mais non par euxmêmes : il appartient à l'esprit de critiquer leurs témoignages. En réalité donc, c'est toujours l'esprit qui nous éclaire et nous convainc. 29 On insiste en disant que telles et telles sensations induisent fatalement l'esprit en erreur. C'est ainsi que dans le rêve, dans la fièvre, on est persuadé de voir ce qu'on ne voit pas réellement. On cite des faits singuliers d'hallucination qui semblent prouver que la différence entre l'apparence et la réalité est insaisissable. Et qui sait si ce que nous appelons la réalité n'est pas simplement une apparence, plus soutenue et plus frappante ? Rép. Aucune sensation n'induit fatalement en erreur un esprit qui délibère et critique. Même dans les rêves, lorsque la vie intellectuelle n'est pas trop empêchée, il arrive souvent que l'esprit distingue très bien

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