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seraient modifiées. Donc, dira-t-on, elles n'ont rien de réel en elles-mêmes. — Mais c'est aller trop loin. D'abord la couleur est peut-être la qualité la plus superficielle, quoique la plus brillante : elle est comme l'aspect des corps ou plutôt la manière dont ils réfléchissent la lumière. On conçoit donc que la couleur change avec la lumière que le corps réfléchit et le point de vue où l'on se place : le même nuage éclairé par un soleil couchant paraîtra rouge, vert, etc., il passera par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Est-ce à dire que l'œil qui le contemple ait changé? — Non ; mais ce nuage était frappé diversement des rayons du soleil. Or c'est précisément cet état changeant du nuage par rapport au soleil et à l'observateur que l'œil a perçu, et cet état est objectif bien que relatif. Nous ne percevons en cela, si l'on veut, qu'une relation : on conviendra cependant qu'elle est réelle et objective. Mais nous avouons de nouveau que cet état perçu est par lui-même bien accidentel ; nos sens n'atteignent que · la superficie des corps et quelquefois moins encore : il ne faut pas cependant mépriser leur témoignage ni le suspecter de parti pris, il suffit de le critiquer. Ce que nous avons dit de la lumière et des couleurs il faut le dire du son, des saveurs, des odeurs, etc. Toutes ces qualités sensibles perçues exclusivement par certains sens sont, en effet, ce que les sens nous rapportent, si les organes sont bien disposés et si leur exercice n'est point troublé. Or il appartient à l'esprit d'examiner et de juger si ces deux conditions sont remplies.

224. Conditions pour les qualités communes. — Passons des qualités perceptibles par certains sens seulement aux qualités communes à plusieurs, c'est-à-dire à l'étendue et à ce qui s'y rattache : dimension, grandeur, distance, nombre, etc. Ici il ne suffit pas que l'organe soit bien disposé et que le milieu ne trouble pas la perception ; il faut encore des observations variées et même le conC0urs de plusieurs sens. Par exemple, le soleil nous

apparaît comme un disque lumineux ; mais il ne nous est pas permis de juger qu'il a cette forme : un cylindre, un cercle, une sphère peuvent nous présenter la même apparence ; et, comme les autres sens ne peuvent ici trancher le doute, il faut que la raison et la science nous découvrent la sphéricité du soleil. Mais si un corps de même apparence était à la portée de notre main, nous pourrions vérifier sa forme réelle en le touchant après l'avoir vu. S'il s'agit d'un corps qui n'est à la portée que de notre vue, il suffira souvent de le considérer sous divers aspects. Si nous ne pouvons varier le point de vue, nous serons facilement induits en erreur. e Ainsi les anciens se sont trompés en pensant que les étoiles sont fixées à une même voûte. Mieux informés aujourd'hui, nous savons que les étoiles sont à des distances variables et que le soleil ne se lève et ne se couche qu'en apparence. Il en est du mouvement de la terre comme de tout autre qui peut être une cause d'illusion : lorsque le bateau nous emporte loin du rivage, ce n'est pas le rivage qui fuit, mais le bateau. En réalité, les sens ne nous trompent pas : ils nous apprennent seulement que le rivage et le bateau ne sont plus dans les mêmes relations de distance et que le soleil disparaît à l'horizon. Tout ce qu'on peut reprocher aux sens, c'est d'incliner parfois à porter de faux jugements. Mais ces jugements l'esprit peut les éviter, il peut interpréter le témoignage des sens et apprendre d'eux bien plus qu'ils n'ont perçu.

225. Conditions pour les substances. — Passons maintenant à ce que les scolastiques appellent le sensible par accident, c'est-à-dire aux substances mêmes que nous percevons sous telle ou telle qualité sensible. Ici les causes d'erreur sont plus nombreuses, car le sens ne s'applique pas formellement à l'objet ; tel ou tel de ses témoignages sera donc forcément équivoque. Des substances très diverses peuvent offrir les mêmes qualités, présenter la même forme, la même dimension, les mêmes couleurs et le même poids. Comment distinguer, par exemple, le diamant du cristal? Evidemment, il faudra multiplier les observations, chercher des traits distinctifs parmi ceux que nos sens peuvent saisir. C'est à l'esprit d'ouvrir une enquête et de conclure.

226. Objections. — 10 Contre la véracité des sens extérieurs par rapport à leur objet propre, c'est-à-dire la lumière, les couleurs, les sons, les odeurs, etc., voici ce qu'on objecte avec Descartes, Malebranche, Berkeley. Ces qualités des corps ne sont que secondes et par conséquent subjectives ; telle est l'opinion de la plupart des écoles récentes : par exemple l'odeur est une modification de l'odorat ; la couleur, une modification de la vue.— Pour comprendre cette objection, il faut savoir que plusieurs Ont distingué les qualités premières et les qualités secondes des corps, bien qu'ils n'aient pas toujours défini ces qualités de la même manière. Les qualités premières sont Celles qui constitueraient le corps ; ce sont l'étendue et ce qui s'y rapporte. Les qualités secondes sont celles que n0us y ajoutons par suite des impressions produites en nous. Mieux vaudrait dire, avec l'Ecole, que parmi les accidents il en est un de fondamental, puisqu'on ne peut pas imaginer de corps sans lui, savoir la quantité; les autres s'y ajoutent. Mais la quantité elle-même est un accident, quoi qu'en disent les cartésiens ; car si on ne peut imaginer de corps sans elle, du moins on peut concevoir le corps sans elle, elle n'est pas l'essence du corps. La différence entre les qualités premières et les qualités sec0ndes n'est donc pas si grande qu'on a voulu la faire, et, au point de vue de l'objectivité des sensations, elle peut paraître nulle. Nous affirmons donc l'objectivité des qualités secondes, aussi bien que celle des qualités premières.

Rép. Pour répondre maintenant à l'objection proposée, il va sans dire que la sensation de la lumière, de l'odeur, etc., est dans le sujet et non pas-dans l'objet ;

mais ce n'est que par une misérable équivoque que l'on peut confondre les qualités des corps avec les sensations et dire que les premières sont subjectives comme les secondes. Il est évident que nos sensations sont déterminées par un objet extérieur qui est leur cause ; c'est ce principe extérieur et immédiat de nos sensations que nous appelons, suivant le sens qui le perçoit, lumière, chaleur, odeur, etc. Et là ne se borne pas l'efficacité de la sensation. Non seulement nous comprenons qu'il y a un principe qui nous détermine à sentir ; mais, comme ce principe n'agit sur nous que par un effet semblable à lui, il faut bien que, par cet effet, nous sentions le principe lui-même, sinon d'une manière adéquate, du moins d'une manière imparfaite et vraie. La lumière, les couleurs, le son, l'odeur, etc., sont donc dans les corps non seulement comme les principes ou causes de nos sensations, mais comme ce que nous sentons. Le nier, c'est tomber dans un subjectivisme absurde, qui ne peut pas même se garantir du ridicule (v. n. 822). Il faudra dire, par exemple, que la lumière n'existe que quand on la perçoit, et qu'il suffit de fermer les yeux pour l'éteindre, qu'avant l'apparition des êtres animés la terre était sans lumière, sans couleurs, sans chaleur, etc. De même un tableau ne serait beau que quand il se trouverait quelqu'un pour l'admirer. 2° Obj. Nous ne pouvons pas imaginer des corps sans étendue, mais nous pouvons fort bien les imaginer sans couleur, sans chaleur, sans aucune des qualités secondes. Celles-ci sont donc ajoutées au corps lui-même par notre propre esprit ou par nos sens, dont elles sont les modifications. . Rép. — De ce qu'on peut imaginer un corps sans telle qualité, il ne s'ensuit pas qu'il en soit dépourvu réellement; nous devons penser le contraire, si ce corps nous fait sentir cette qualité : comment, en effet, y suffirait-il s'il ne l'avait pas ? — Au reste qui prouve trop ne prouve rien. Nous pouvons concevoir l'essence des corps non seulement sans les qualités dites secondes, mais encore sans la quantité ou l'extension actuelle : dira-t-on pour cela que

l'étendue n'est que subjective ? C'est ce que font les idéalistes, qui nient l'objectivité de l'étendue. Ils rejettent l'objectivité des qualités premières, comme les cartésiens avaient rejeté celle des qualités secondes ; leur négation est plus complète et plus logique. Après cela nous convenons que la perception des qualités et ces qualités elles-mêmes sont fort relatives ; mais la perception de la quantité et la quantité elle-même le sont-elles moins ? Le grand et le petit sont dits relativement, remarque Platon, c'est-à-dire que ce qui est grand pour l'un est petit pour l'autre ; néanmoins la quantité est objective, elle affecte le corps lui-même avant d'affecter notre imagination et notre esprit.

227. Les sens et l'existence des corps. L'idéalisme. — Ne parlons plus maintenant des qualités des corps, mais des corps eux-mêmes, du monde corporel en général. Les sens, en nous instruisant de son existence, sont absolument infaillibles. Ici, nous avons à combattre les idéalistes. Les uns (les anciens idéalistes ; parmi les modernes, Fichte, etc.) prétendent que la représentation des corps provient de l'esprit lui-même, qui se crée ainsi un objet sensible, un monde qu'il objective ensuite ; les autres, avec Berkeley, pensent que Dieu est l'auteur unique de ces représentations en nous. A cette seconde erreur se rattache assez bien celle de Malebranche, qui, sans nier les corps, ne les regarde point cependant comme la cause de nos représentations ; il veut que Dieu nous donne celles-ci, et il ne croit à l'existence des corps qu'en se fondant sur la foi divine. Sans se tromper aussi gravement, Descartes incline à la même erreur, puisqu'il pense que Dieu pourrait nous donner l'illusion des corps sans l'existence d'aucun corps, et qu'il n'admet l'existence du monde qu'en se fiant à la véracité de Dieu. Pour nous, sans nier que Dieu ou tout autre esprit puisse nous donner l'illusion de la présence de certains corps, nous affirmons que nos représentations sensibles

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