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en psychologie quand nous traiterons de l'origine des idées. 4° Tout ce qui est certain peut être démontré ; or les premiers principes sont indémontrables ; donc on ne peut pas donner la dernière raison des choses, et le doute philosophique est au fond de toutes nos convictions naturelles. Rép. Les premiers principes ne se démontrent pas et démontrent tout le reste, parce qu'ils sont plus clairs que toute démonstration. Le soleil éclaire tout et n'est pas éclairé lui-même, sans être pour cela obscur. 5° Quoi qu'il en soit, le scepticisme est irréfutable, car on ne le combat qu'en partant d'un principe qu'il n'accorde pas. Rép. Il n'y a que le scepticisme universel et absolu qui soit, à proprement parler, irréfutable, parce qu'il n'accorde rien ; mais quelle gloire y a-t-il à se mettre ainsi, avec le rien, non pas au-dessus, mais au-dessous de toute démonstration ? 6° Il est prudent de douter et le scepticisme n'aspire qu'à cette prudence. Rép. — Il est plus imprudent de douter de certaines choses que de les affirmer. Trop affirmer, c'est de la témé- . rité ; mais trop douter, c'est de l'injustice ou delapusillanimité, quand ce n'est pas une affectation de science et une secrète vanité.

CHAPITRE XII

DES CRITÉRIUMs sUBJECTIFs oU DEs FACULTÉs

DE CONNAITRE

218. Objet de ce chapitre. — Après avoir considéré la vérité elle-même, il faut traiter des moyens de l'atteindre. Les premiers sont les facultés de connaissance. Remarquons d'abord qu'il ne peut s'agir ici que des facultés de connaître, puisqu'elles sont seules en rapport avec la vérité : les autres ne peuvent concourir à sa découVerte qu'en facilitant l'exercice des premières. Remarquons ensuite qu'il ne s'agit point d'étudier ces facultés en elles-mêmes, dans leur nature, leurs caractères et leurs rapports ; car l'étude présente n'appartient pas à la psychologie : nous les considérons en tant qu'elles sont des moyens d'atteindre la vérité. 219. Les facultés de connaître. Or les facultés de COnnaître se ramènent toutes en définitive aux sens et à l'intelligence. Les sens nous découvrent le particulier, le contingent ; l'intelligence nous découvre l'universel, le nécessaire. Mais les sens sont de plusieurs sortes : les uns sont externes (la vue, l'ouïe, etc., qui s'exercent par des Organes distincts) ; les autres, internes (au nombre de quatre : le sens commun ou conscience sensible, qu'il ne faut pas confondre avec le bon sens ou sens commun ; l'estimative, sorte de jugement instinctif ; la mémoire sensible et l'imagination). Toutes ces facultés sensibles ' s'exercent par des organes et nous sont communes avec les animaux supérieurs.

Il n'en est pas de même de l'intelligence. Elle prend divers noms suivant son exercice. Si elle s'applique aux premiers principes, aux vérités qui lui sont d'une évidence immédiate, elle garde le nom d'intelligence ; si elle s'applique aux conclusions tirées de ces principes, si elle induit ou déduit, elle prendle nom deraison; sielles'applique aupassé, elle prend le nom de mémoire; si elle revient sur elle-même ou sur les autres facultés du sujet, elle prend le nom de conscience (conscience intellectuelle ou proprement dite). La conscience, à son tour, est psychologique ou morale.

Or il s'agit de savoir comment toutes ces facultés sont véridiques et dans quelle mesure on peut se fier à chacune d'elles. Nous le déterminerons dans la thèse suivante :

THÈSE. Les sens externes sont infaillibles sur ce qu'ils perçoivent, à certaines conditions qu'il appartient à l'esprit de déterminer. En ce qui concerne non plus telle ou telle qualité des corps ou tel corps en particulier, mais l'existence même du monde corporel, les sens sont absolument infaillibles : les sensations ne sont explicables que par cette , existence. Pour ce qui est de la conscience, soit sensible, soit intellectuelle, elle est infaillible dans les limites de son propre objet. Il en est de même de l'intelligence en tant qu'elle se distingue de la raison. Celle-ci, avec la moire et les autres facultés, surtout l'imagination, est faillible ; mais l'erreur ne provient jamais des facultés elles-mêmes, elle s'y ajoute comme un accident.

220. Les sens externes. — Ils sont infaillibles à certaines conditions que l'esprit détermine. Nous pourrions ici nous borner à cette preuve générale : la nature ne fait rien en vain, et partant elle ne peut se tromper absolument, manquer son but par insuffisance ; autrement il faudrait accuser la sagesse de son Auteur. Si donc elle nous a doués des sens, c'est pour connaître les choses sensibles et nous donner la vérité à leur sujet. Or, si les sens peuvent donner la vérité, ils sont infaillibles dans certains cas, puisqu'on ne peut posséder la vérité que par la certitude et l'infaillibilité. Mais qui jugera des conditions de l'infaillibilité des sens, si ce n'est l'esprit ? Recourir à la foi, à une autorité extérieure, serait ici ridicule : la foi suppose certaines vérités naturelles et il n'en est pas d'antérieures aux premières vérités de l'ordre sensible. Donc. Entrons maintenant dans quelques détails. Il est évident, après ce qui a été dit touchant l'idée et l'appréhension, que toute sensation est vraie par elle-même ou du moins qu'elle n'est pas fausse. En tant qu'ils saisissent leur objet, les sens ne peuvent se tromper, ils ne rapportent que ce qu'ils éprouvent, ils sont infaillibles. Mais ils sont faillibles en tant qu'ils provoquent certaines associations d'idées ou inclinent l'esprit à porter un jugement faux. Toutefois, même alors, les sens ne nous tromperont que si nous ne savons pas critiquer leur témoignage.

221. Critique du témoignage des sens. — Sachons donc d'abord que les sens ne seront des témoins véridiques qu'à la condition de n'être pas empêchés dans leur exercice. L'empêchement peut provenir du dedans ou du dehors : de l'organe lui-même, blessé, malade, fatigué ou surexcité ; ou du milieu où se trouve l'objet. On voit tout jaune, si On a la jaunisse; on ne distingue plus les couleurs, si on est affecté de daltonisme : l'empêchement, dans ces cas-là, est subjectif. Il est objectif, il vient du milieu, de la distance ou de l'aspect, lorsque nous voyons le soleil rougir à l'horizon, un bâton se briser au point d'immersion, une tour carrée s'arrondir dans l'éloignement. Dans tous ces cas, la sensation est toujours vraie par elle-même, n0us sentons ce que nous sentons ; mais le sens se trompe en tant qu'il provoque des associations d'images et des interprétations qui ne répondent pas à la réalité, en tant qu'il porte l'esprit à penser que la tour est ronde, que le bâton est brisé, ou que la couleur du soleil est changée. | Au fond, le sens est comme un témoin de bonne foi, mais borné, et pouvant induire un juge peu sage en toutes sortes d'erreurs. Or il appartient à l'esprit de déterminer les conditions où la déposition des sens est au-dessus de tout soupçon d'ignorance ou de légèreté.

222. Conditions requises. — Ces conditions requises pour que le témoignage des sens soit valable sont d'autant plus nombreuses que les sens s'appliquent moins bien à leur objet. Entrons ici dans quelques distinctions. L'objet du sens, c'est le sensible. Or le sensible est propre à un sens : ainsi la lumière pour la vue, le son pour l'ouïe, la dureté, pour le toucher, etc. ; — ou bien il est commun à phusieurs sens : ainsi l'étendue, qui est à la fois vue et touchée ; — ou bien enfin, il ne tombe pas par lui-même sous le sens, mais seulement par les accidents ou qualités qu'il possède. C'est ainsi que nous ne voyons pas formellement la substance du soleil, mais seulement sa lumière ; de même d'un arbre nous voyons sa verdure, son port et ses dimensions ; d'une pièce de monnaie ou d'un diamant nous voyons leurs qualités sensibles, leur poids, leur couleur, etc. : de là le danger d'accepter du cuivre pour de l'or et de la verroterie pour du diamant.

Cela étant, il est évident que les conditions d'infaillibilité des sens sont d'autant plus nombreuses qu'ils atteignent moins leur objet. Si l'objet du sens lui est propre, il suffit que l'organe soit bien disposé et que lemilieu ne l'empêche pas de recevoir l'impression naturelle de l'objet. Par exemple un œil sain distinguera parfaitement toutes les couleurs à la lumière du jour. Ce serait différent s'il considérait les couleurs à travers un verre coloré ou même à une lumière artificielle qui ne serait point semblable à celle du soleil. On sait qu'à la lumière du gaz certaines couleurs, certaines teintes disparaissent ou changent tout à fait.

223. Difficulté sur la couleur : sa réalité. — On pourra même de ce fait tirer un argument pour soutenir que toutes nos sensations sont subjectives et que la couleur n'est que dans nos yeux. Si à la place du soleil il y avait telle étoile, toutes les couleurs de la nature en

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