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sans douter de leur foi, doutent des vérités philosophiques es plus indispensables, renouvelant ainsi une sorte de fidéisme. - - - Ainsi Brunetière, qui a dit que l'existence de Dieu ne se démontre pas, mais qu'elle se croit. Au fond, cet agnosticisme n'est qu'une forme nouvelle de l'ancien scepticisme. — On voit par ce rapide aperçu combien le doute a fait de victimes. Voici maintenant ce qui le rend injustifiable. 212. Le scepticisme fait violence à la nature.— Car la nature intellectuelle est faite pour la vérité ; son besoin est de la chercher; sa joie, de la trouver; son repos, de la posséder. Cette curiosité instinctive et toujours insatiable est la mère des sciences : tous lui cèdent, sans en excepter les sceptiques. C'est elle qui nous explique pourquoi tous les domaines de la science sont explorés aujourd'hui avec une ardeur incroyable. Voir et apprécier par soi-même, ou , du moins interroger ceux qui ont vu en notre absence et ceux qui ont mieux appris ; chercher, derrière les phénomènes et les accidents, les réalités et les substances ; par delà les effets, les causes : telle est la préoccupation constante de l'esprit humain. On a beau lui dire qu'il ne peut connaître que des apparences, l'esprit humain s'obstine, il frappe à la porte de toute vérité : les positivistes euxmêmes font de la métaphysique, ils recherchent sans y prendre garde ou malgré eux l'absolu auquel ils avaient renoncé. Or ce besoin invincible de la nature est un signe infaillible que l'homme est fait pour la vérité et que par conséquent il peut l'atteindre de quelque manière; car la nature ne trompe pas : personne ne peut la suspecter, nous moins encore, qui croyons à la sagesse de son Auteur. De fait, tous sont convaincus et même se flattent de posséder certaines vérités, ils n'accueilleraient que par un sourire ceux qui tenteraient de les dissuader. Qui doute, par exemple, des vérités mathématiques? Qui peut douter, malgré ses égarements et ses erreurs, de toutes les vérités morales et religieuses ? En pratique, personne n'est sceptique ni ne peut l'être (1). Les sceptiques ont beau vouloir séparer les convictions naturelles les plus fortes de la certitude philosophique : puisque la certitude est un fait nécessaire, universel, il faut bien qu'elle soit un droit.

213. Pernicieux effets du scepticisme. —- Ajoutons encore que le scepticisme est une erreur parce qu'il ne fait pas de bien. Les doctrines ne fortifient les âmes et ne les élèvent que par les certitudes qu'elles donnent : celui qui croit ou qui sait peut s'élever au-dessus de toutes les faiblesses, mais celui qui doute est bien près de faiblir. Tous les grands peuples, ceux-là surtout qui conquirent leur indépendance avaient de profondes convictions morales et religieuses ; elles furent le principe de leur grandeur:une société qui s'est laissée envahir par l'esprit de doute est perdue. Si le demi-scepticisme, en s'opposant à un dogmatisme excessif, a paru faire quelque bien, c'est par les vérités qu'il conservait encore : en lui-même le scepticisme est une infirmité de l'esprit, un principe de décadence : il est donc une erreur (2).

214. Contradictions du scepticisme. — Nous ne vou

(1) Ecoutons Hume, qui niait, avec Berkeley, l'existence des corps : « Je mange, dit-il, je joue au trictrac, je parle avec mes amis, je suis heureux dans leur compagnie ; et, quand, après deux ou trois heures de récréation, je reviens à ces spéculations, elles me paraissent si froides, si en dehors de la nature, si ridicules, que je n'ai pas le courage de les continuer. Je me vois absolument et nécessairement forcé de vivre, de parler et de travailler comme les autres hommes dans le train commun de la vie. » (Traité de la nature humaine.)

(2) Sans faire ici aucune concession injuste au pragmatisme, nous pouvons réfuter le scepticisme par ses effets pernicieux. Sans doute, absolument c'est le vrai qui discerne et définit le bien ; mais le bien ou certains biens une fois connus en toute évidence nous permettent de remonter à la source première, qui est le vrai. Le vrai manifeste le bien, qui, à son tour, le justifie. C'est ce qu'il y a de juste dans le pragmatisme. Hors de là, le pragmatisme tourne au scepticisme, car le bien, comme le vrai, serait ce qui paraîtrait tel à chacun.

lons pas insister sur des preuves devenues banales. Elles n'en seront pas moins efficaces cependant, s'il s'agit du scepticisme en général, le seul que nous ayons à réfuter ici. Et d'abord les sceptiques doutent du témoignage des sens extérieurs et de celui de la raison, mais ils ne doutent pas du témoignage de leur conscience : ils croient penser, souffrir, sentir, etc. Mais de quel droit admettentils ce témoignage de la conscience, en rejetant celui des autres facultés ? Ensuite ils affirment que l'esprit humain est incapable d'arriver à la certitude philosophique ; ils ajoutent qu'à défaut de cette certitude il faut se fier aux usages et à la nature. Mais, ou bien ils sont certains de ces affirmations réfléchies, ou bien ils ne le sont pas. S'ils le sont, ils affirment au moins deux dogmes philosophiques et l'on ne voit plus pourquoi ils rejetteraient les autres de parti pris. S'ils doutent de ces affirmations, du moins ils sont " certains de leur doute, ils savent qu'ils ne savent pas, ils connaissent leurignorance, sans pouvoir douter de celle-ci; car il serait ridicule de reporter encore le doute plus loin. Bref, le doute délibéré, réfléchi, philosophique, comme celui des sceptiques, suppose quelque certitude de même nature. C'est le raisonnement que tenaient Lactance et saint Augustin contre les sceptiques de leur temps. Enfin, en reprenant l'attaque sous une nouvelle forme, nous demanderons aux sceptiques comment ils sont arrivés à formuler leur système, à renoncer à toute certitude scientifique, si ce n'est en raisonnant, en se fiant à toutes ces facultés dans lesquelles ils assurent n'avoir aucune confiance. Plus tard, nous constaterons les mêmes contradictions chez les sceptiques de toutes les écoles : c'est sans motif plausible que tantôt ils croient et tantôt ne croient pas à certaines facultés, qu'ils suspectent les unes et accordent toute confiance aux autres.

215. On ne réfute pas directement le scepticisme. — Comme on le voit, nous n'avons réfuté le scepticisme universel et absolu que d'une manière indirecte, en le con

vainquant d'absurdité. On ne saurait le réfuter directement, puisqu'il nie tout principe de démonstration et se place en dehors de toute discussion. Comme le remarque saint Thomas, ceux qui n'accordent rien tuent la dispute et l'argument (interimunt disputationem et omnem argumentativam rationem). On ne peut discuter avec un adversaire qui ne convient de rien : on ne peut que répondre à ses raisons.

| 216. Absurdité du scepticisme. — On remarquera aussi à quelle absurdité se condamnent ceux qui, à l'exemple de Kant, se demandent d'abord si la connaissance est pospossible. La possibilité de la connaissance est impliquée dans le fait même de la connaissance évidente. Mais douter positivement de cette possibilité c'est se rendre impossible toute démonstration. C'est ce qui apparaîtra mieux, . quand nous parlerons des vérités premières, indispensables à toute démonstration et qu'on ne démontre pas ellesmêmes. 217. Objections. — 1° La première est tirée des contradictions perpétuelles des philosophes et des erreurs sans nombre où ils sont tombés. Il n'y a rien de si absurde, disait déjà Cicéron, qui n'ait été enseigné par quelque philosophe. Que ne dirait-il pas aujourd'hui ? | | Rép. Les philosophes ont enseigné encore plus de vérités que d'erreurs. Pour ce qui est de leurs contradictions, elles portent souvent sur des conclusions de moindre importance, et nous avouons qu'en philosophie il y a plus de place pour le doute que pour la certitude. D'autres contradictions, qui paraissent graves, ne portent guère que sur des formules. Souvent aussi ces luttes sont dues à la vanité ou à d'autres préoccupations fort peu honorables. Enfin, s'il y a encore beaucoup trop de contradictions sincères, elles accusent la faiblesse de l'esprit humain, mais non son impuissance radicale. Au reste, les plus grands philosophes s'accordent souvent sur les vérités les plus importantes : celles-ci réunissent les esprits beaucoup mieux que l'erreur. Car il ne faut pas considérer comme d'accord des philosophes qui nient une même vérité pour des motifs différents, mais ceux-là seulement qui se réunissent dans une affirmation et une doctrine COIIlIIlllIl0S. 29 Toute connaissance est relative : c'est une relation du sujet à l'objet. Donc toute vérité est relative. Or c'est précisément là le scepticisme. Rép. — Toute connaissance est relative en ce sens que l'esprit se conforme à son objet et ne connaît rien indépendament de lui ; mais il ne s'ensuit pas que l'objet change selon l'esprit de chacun, ou que ce qui est vrai pour l'un soit faux pour l'autre. Il y a donc en ce sens des vérités absolues, indépendantes de notre esprit, bien que la vérité soit une conformité de l'esprit avec l'objet. C'est l'objet qui nous donne la mesure et il ne change point, bien que notre connaissance soit mobile et perfectible. - 3° Néanmoins, le sujet connaît selon sa nature (percipitur per modum percipientis). On peut en conclure que le sujet, en définitive, ne connaît que lui-même et que les connaissances varient avec la nature de chacun : ce qui est vrai pour l'un ne l'est pas pour l'autre. Rép. C'est un principe que le sujet connaît selon sa nature (modus cognoscendi sequitur modum essendi). C'est-à-dire que le sujet connaît de la manière que comporte sa nature et qu'il perçoit dans l'objet ce que ses facultés lui permettent d'atteindre. Les connaissances des êtres sont donc proportionnées à la perfection de ces êtres ; elles n'en sont pas moins objectives. Ensuite, en connaissant son objet de la manière qui lui est propre, l'être connaissant n'objective pas cette manière et ne la confond pas avec l'objet. Par exemple, nous savons très bien que les choses sont concrètes bien que notre esprit les conçoive d'une manière abstraite ; nous savons très bien que les corps sont matériels, bien que notre esprit les connaisse immatériellement. On le comprendra mieux,

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