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· choses sont-elles données au dehors comme nous le croyons ? Les réalistes l'affirment, les nominalistes le nient ou en doutent et le scepticisme tient naturellement pour ces derniers. De là sa dernière formule, qui est la plus subtile, la plus perfide : La vérité est toute relative, toute subjective ; le vrai est ce qui paraît tel à chacun.

207. Scepticisme et dogmatisme comparés. — Au scepticisme est opposé le dogmatisme. On peut les comparer comme systèmes et comme esprits. Comme systèmes, ils sont incompatibles, car « on ne fait pas au scepticisme sa part ». Si l'on doute de la raison spéculative comme l'a fait Kant, il faudra douter logiquement de la raison pratique ; si l'on nie l'autorité de la raison, il faudra nier celle des sens, et douter des corps après avoir douté des esprits ; si l'on refuse d'admettre l'autorité divine, il n'y a plus de raison d'admettre l'autorité humaine : le rationalisme, qui est un scepticisme religieux, prépare la défaite du spiritualisme. Bref, comme l'a dit Pascal, « il faut que chacun prenne parti et se range nécessairement ou au dogmatisme ou au pyrrhonisme ; car qui penserait demeurer neutre serait pyrrhonien par excellence ; cette neutralité est l'essence du pyrrhonisme ; qui n'est pas contre eux est évidemment pour eux. » | Mais, considérés comme esprits, le scepticisme et le dogmatisme se limitent, se balancent, et la vérité est, pour ainsi dire, entre les deux. L'esprit dogmatique, en effet, consiste à affirmer plus qu'il ne convient, à changer les probabilités en certitudes, les opinions en doctrines, à multiplier les thèses et les conclusions absolues, comme s'il était toujours possible d'emprisonner la vérité, surtout la vérité métaphysique et morale, en des formules rigides. Mais, en multipliant leurs dogmes outre mesure, les philosophes ne tardent pas à entrer en contradiction flagrante les uns avec les autres. De ces luttes interminables naît cette opinion, qu'il n'y a rien de certain en philosophie. L'esprit sceptique triomphe donc par l'intempérance même du dogmatisme.

Si l'esprit de doute se bornait à miner les faux dogmes philosophiques, son succès serait durable, mais il ne modère pas ses attaques et les dirige contre les bases mêmes de toute certitude. Cette injustice provoque des représailles Car l'esprit humain est fait pour la vérité, il ne peut se résigner au doute universel : de là un retour offensif du dogmatisme ou même du mysticisme. 208. Le mysticisme. — Celui-ci consiste à chercher la Certitude non plus dans la raison, reconnue si faillible, mais en Dieu ou dans un monde supérieur. On connaît les extravagances des gnostiques, des néoplatoniciens, des illuminés, des spirites et autres faux mystiques, comme aussi les erreurs moins graves des fidéistes, des traditionalistes, qui se sont trop défiés en définitive de la raison humaine, et, sous ce rapport, ont trop accordé au scepticisme. Il est bien évident qu'il n'est pas permis de confondre le mysticisme faux, que nous improuvons ici, avec la foi raisonnée et raisonnable, avec la religion surnaturelle et la théologie mystique. Les rationalistes ont affecté de ne pas les distinguer et de les soumettre à une même condamnation. 40 On le voit déjà, la question du scepticisme est trop vaste pour que l'on puisse la traiter tout entière en logique : elle comprend, en effet, toute la philosophie. Nous nous bornerons ici à jeter un coup d'œil sur les principales formes du scepticisme et à le réfuter dans ses principes généraux. Chacune de ses prétentions particulières sera réfutée au cours de la logique et des autres traités.

i 209. Scepticisme universel, particulier ; absolu, hypothétique. — En raison de son objet, le scepticisme est universel ou particulier. Le premier s'étend à tout ordre de vérités, le second est un demi-scepticisme ou moins encore. Il y a ainsi les scepticismes historique, religieux, philosophique, etc., l'idéalisme, le matérialisme, etc., suivant qu'on rejette tél ou tel critérium de vérité : le témoignage humain, celui de la révélation, celui des principes les plus abstraits, celui des sens ou celui de l'esprit. En lui-même le scepticisme est absolu ou hypothétique, c'est-à-dire réel ou supposé. Celui-ci ne consiste que dans un doute méthodique, une sorte d'impartialité où se renferme l'esprit avant toute étude. Tel fut, semble-t-il, le doute hyperbolique de Descartes. Même ce doute est condamnable, s'il s'étend à des principes indubitables et essentiels, sans lesquels il est impossible ensuite de revenir à la vérité. On peut abuser du doute comme de l'affirmation : celle-ci peut être téméraire, et celui-là pernicieux. 210. Scepticisme des sophistes, de Pyrrhon, etc. — Si nous le considérons dans l'histoire, le scepticisme revêt diverses formes suivant les écoles. On distingue surtout le scepticisme des sophistes, celui des nouveaux académiciens, et celui de Kant ou criticisme. Les plus célèbres sophistes furent Protagoras et Gorgias. Le premier, au dire de Cicéron, définissait déjà le vrai : « Ce qui paraît tel à chacun. » Mais ce qui paraît vrai à l'un peut paraître faux à l'autre ; en conséquence, Protagoras confondait le vrai avec le faux. Son scepticisme n'épargnait pas les vérités religieuses, et il fut banni d'Athènes pour son impiété. Gorgias était aussi vain. Dans un de ses livres il prétendit établir, autant du moins que peut l'espérer un sceptique : 19 que rien n'existe ; 2° que si quelque chose existe, nous ne pouvons le savoir ; 3° que si nous pouvons le savoir, nous ne pouvons le démontrer. Mais ce fut Pyrrhon qui attacha son nom au scepticisme, appelé de lui pyrrhonisme. Pyrrhon pense que nous ne connaissons que les apparences des choses ou phénomènes, le fond nous échappe : c'est ce que les phénoménistes redisent aujourd'hui. Selon Pyrrhon, il y a un éternel conflit de raisons pour et contre en toute matière, une antilogie perpétuelle — Kant dira plus tard antinomie qui nous empêche de rien conclure.

Pour ne pas errer, le sage doit donc suspendre son assentiment ; cette suspension est l'époché. A l'abstention du jugement doit correspondre dans l'esprit du sage l'ataraxie ou la sérénité parfaite, et dans le cœur l'apathie ou l'indifférence pour tous les objets qui le sollicitent. Pyrrhon aimait à répéter ce mot d'Homère : « Les opinions des hommes croissent et tombent comme les feuilles des arbres. » Son disciple, Timon, écrivit les silles ou satires contre les dogmatistes.

Parmi les sceptiques de la nouvelle Académie se signalèrent Arcésilas et Carnéade, fondateurs, l'undela seconde, l'autre de la troisième Académie. Arcésilas poursuivait de ses objections Zénon, le chef des stoïciens. Tout est probable ou vraisemblable, disait-il, rien n'est certain, il n'y a pas de critérium de vérité. Il n'est pas dans l'image de l'objet, car il y a des images fausses ; or il n'y a pas de critérium pour distinguer l'image vraie de la fausse ; car ce critérium à son tour pourrait être douteux, exiger un autre critérium et ainsi à l'infini. Le doute est donc invincible, il ne fait que reculer.

Carnéade, au siècle suivant, poursuivait Chrysippe des mêmes sophismes. La perception vraie, disait-il, ne se distingue de la fausse que par des degrés ; en d'autres mots, il n'y a que plus ou moins de probabilité, il n'y a pas de certitude. Il se piquait, à Rome, de plaider avec le même succès le pour et le contre, et il allait jusqu'à nier le principe d'identité. AEnésidème renouvela ces arguties au Ier siècle (1). # Au IIIe siècle, Sextus Empiricus fit siennes toutes les objections des sceptiques précédents.

(1) Ce fut lui qui, le premier, mit en ordre et énuméra avec une certaine méthode les tropes ou catégories du doute. Il en comptait dix, qui se ramènent à deux : la relation et la contradiction ; on reconnaît là le relativisme. moderniste et l'antinomie ou l'antithèse perpétuelle. (Cl. Le trope sceptique du diallèle, dans Revue des sciences phil. et théol. 1907 juillet.)

211. Montaigne, Bayle, Hume, Kant. Relativisme contemporain. — Venons aux temps modernes. Montaigne est plus sceptique par tournure d'esprit que par système. On peut en dire autant de Charron, son ami et son disciple, l'auteur de la Sagesse. Mais Bayle, l'auteur du Dictionnaire critique, est un vrai sceptique. Né dans le calvinisme, il l'abjura, puis finit par renoncer à toute foi religieuse comme à tout système philosophique. Un autre sceptique qui exerça une grande influence par ses écrits fut David Hume, qui s'évertua à douter philosophiquement du principe de causalité et de l'existence des corps. D'où le phénoménisme. C'est à le réfuter que s'exercèrent Reid et Kant. Mais Kant fit trop de concessions à son adversaire, en lui accordant que la raison spéculative est incapable de rien établir. Après Kant on a douté de la raison pratique " comme de l'autre, et le scepticisme a refleuri sous toutes ses formes. Hégel, par exemple, déclare souscrire à toutes les propositions des anciens sophistes ; il croit, avec eux, que le vrai n'a rien de fixe et d'absolu. Selon Renan, l'homme fait la vérité de ce qu'il croit comme la beauté de ce qu'il aime ». Et Caro a pu constater que « la marque la plus générale de l'esprit nouveau, c'est l'opinion partout répandue que la vérité est essentiellement relative » (1). Parmi les spiritualistes que l'esprit de doute a touchés, nous citerons Jouffroy. Non seulement il doute de la foi de son enfance, mais encore de la vérité philosophique : d'après lui, l'homme croit sans motif, il croit par instinct et doute par raison. — De nos jours plusieurs croyants,

(1) De là le relativisme ou la théorie de la relativité de la connaissance et le subjectivisme, On dira, par exemple, avec Renouvier et autres néo-criticistes, que nous ne connaissons que des relations, que toutes nos certitudes ne sont que des croyances, que nous faisons librement la vérité comme l'erreur. Sans aller aussi loin. on dira que l'homme ne connaît les choses que par rapport à lui, selon qu'elles sont en lui et pOur lui.

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