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termes : si ces termes répugnent entre eux, elle est dite absurde, non point pour elle-même, mais à cause du jugement où elle aboutit.

5° Cependant le mot est susceptible d'une définition : il la signifie et peut lui être substitué ; or la définition est vraie ou fausse.

Rép. Le mot exprime la définition comme saisie, perçue, mais non comme affirmée. Ainsi le mot Dieu exprime l'idée de première cause ; mais il n'affirme pas que Dieu est la première cause. Le mot induit en erreur, quand il n'engendre pas la vérité ; mais il n'exprime formellement ni l'une ni l'autre.

203. La vérité n'est possédée que par un jugement · objectivement certain. — C'est-à-dire que le jugement qui donne la vérité exclut non seulement le doute, mais encore toute probabilité d'erreur. Nous avons vu (chap. · Ix) que l'esprit peut se trouver par rapport à la vérité dans plusieurs états : l'ignorance, l'erreur, le doute, l'opinion, la certitude. Or la vérité n'est que dans la certitude, et dans la certitude objective. Pour l'ignorance et l'erreur nulle difficulté. Quant au doute, il n'est pas encore un jugement, il ne donne donc pas la vérité. L'opinion, il est vrai, est un jugement, mais avec doute : l'opinion peut donc rencontrer la vérité, mais elle ne la donne que matériellement ; celui qui opine juste trouve le vrai, mais sans le voir, sans se l'approprier; il a soupçonné, mais il n'a pas vu la conformité de sa pensée avec l'objet. Par exemple, de deux contradicteurs dont l'un soutient que les planètes sont habitées et l'autre le nie, l'un se trompe et l'autre ne sait pas, aucun n'a la vérité. On ne possède donc la vérité que par la certitude. De plus celle-ci doit provenir de l'évidence de l'objet, c'est-à-dire être objective, être une certitude parfaite : une simple conviction ou persuasion peut être erronée et n'est au fond qu'une opinion, à laquelle on a donné les apparences de la certitude.

204. Comment la certitude admet des degrés et des espèces. — Nous avons déjà remarqué (n° 177) que la certitude est indivisible en elle-même ; elle ne résulte pas d'une accumulation de probabilités. Plusieurs ont fait cette confusion et se sont rapprochés ainsi des sceptiques, que nous réfuterons tout à l'heure. Sans doute les probabilités paraissent plus d'une fois se continuer avec la certitude; mais il y a un point où la probabilité fait place à la certitude sans la devenir elle-même : c'est lorsque les observations ou autres conditions de la certitude permettent d'appliquer un principe qui bannit toute probabilité d'erreur. Tout au plus pourrait-on dire avec quelque vraisemblance que la certitude morale est une accumulation de probabilités. Cependant, si l'on y réfléchit, elle est autre chose; ses conditions, si l'on veut, sont probables, mais elle provient elle-même d'un principe qui bannit le doute. En tant qu'elle exclut le doute et toute probabilité d'erreur, la certitude est donc indivisible, elle n'admet pas de degrés essentiels.

Mais en tant qu'elle est une connaissance, une adhésion de l'esprit, une vue plus ou moins claire et distincte, elle admet des degrés accidentels. En effet, l'intelligence qui est certaine peut être d'ailleurs plus ou moins éclairée, plus ou moins attentive à son objet et captivée par lui ; elle peut y adhérer pour différents motifs : sa certitude peut provenir d'une évidence immédiate ou de longs raisonnements, d'une vue personnelle ou de là confiance dans l'autorité d'autrui. C'est ainsi que nous sommes plus certains de ce que nous avons vu que de ce qu'on nous rapporte, plus certains des principes que des conséquences, plus certains de l'existence du soleil que de celle d'une étoile perdue au fond du firmament.

On voit par là que la certitude admet non seulement des degrés, mais encore des espèces. Car les motifs ou les causes formelles de la certitude ne sont point les mêmes. Autre est la certitude fondée sur l'autorité de l'évidence scientifique, et autre la certitude fondée sur l'évidence

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de l'autorité, comme la certitude historique et celle de la foi. De plus la certitude scientifique peut porter sur des principes différents : métaphysiques, mathématiques, physiques, moraux. Autre est la certitude d'une proposition de géométrie ; autre eelle d'une prévision astronomique, par ex., d'une éclipse ; autre enfin celle d'une prévision morale, par ex., qu'un fils aimera son père. Il est bien évident que la prévision astronomique et la prévision morale sont hypothétiques : la première suppose que Dieu n'interviendra point par un miracle ; la seconde, que la liberté humaine ne s'opposera point aux sentiments naturels du cœur humain. Les certitudes naturelles les plus parfaites sont les certitudes mathématique et métaphysique ; l'une et l'autre ne souffrent aucune exception : voilà pourquoi elles ne ressemblent d'aucune manière à une accumulation de probabilités. - Au-dessus de toutes nous placerons la certitude de la foi, qui offre quelque chose de plus absolu encore et de plus invincible ; car elle repose sur l'infaillibilité même de Dieu, et procède d'une intelligence et d'une volonté que l'Esprit-Saint lui-même éclaire et fortifie. 205. Objections. — 1° La certitude ne peut être diminuée ; donc elle ne peut être augmentée. Rép. — La certitude ne peut être diminuée quant à ce principe ou cette clarté qui est nécessaire pour exclure le doute ; mais quant aux autres principes et circonstances qui s'y ajoutent, elle peut augmenter ou diminuer indéfiniment. Et qu'on ne nous presse pas, en disant que si la certitude peut être augmentée, c'est qu'elle est incomplète; car nous répondrons que cette perfection est accidentelle, elle s'ajoute à la perfection essentielle. Qu'on ne nous Oppose pas non plus que la certitude est indivisible ; car cette indivisibilité consiste en ce que la certitude exclut le doute ; mais les motifs qui excluent le doute peuVent être plus ou moins nombreux, plus ou moins forts, ils sont divisibles.

20 Du moins la certitude de la foi n'est pas la première ; car on peut douter des vérités de la foi, tandis qu'on . ne peut douter de certaines vérités de raison. Rép.— Et cela prouve la faiblesse de l'esprit et du cœur, mais ne diminue en rien l'efficacité et la force de la foi. Il est plus facile de renoncer à la grâce qu'à la nature, de même qu'il est plus facile de renoncer à la raison qu'aux sens : mais la raison est plus forte que les sens, et la grâce est plus forte que la nature. Les vérités sensibles sont les plus difficiles à méconnaître, mais ne sont point pour cela les plus certaines. 30 Du moins, les certitudes physique et morale ne sont que des probabilités plus ou moins fortes et nombreuses. Par exemple, il est certain moralement que cet enfant aimera son père, c'est-à-dire qu'il est bien probable qu'il ne sera pas ingrat ; il est physiquement certain que le soleil se lèvera demain, c'est-à-dire qu'il est infiniment probable, pour ainsi dire, que la fin du monde n'arrivera pas avant demain. Au fond, les lois physiques et morales n'engendrent pas la certitude. Rép. Ces lois n'engendrent pas une certitude absolue, nous en convenons ; mais elles engendrent une certitude hypothétique, qui est vraie cependant. Je suis certain, par exemple, que le soleil se lèvera demain, s'il n'y a pas de miracle ; je suis certain que cet enfant aimera son père, s'il ne contrarie pas les sentiments les plus forts de la nature. A considérer les principes sur lesquels elles s'appuient, la certitude et l'opinion diffèrent donc essentiellement. Maintenant nous accordons que, dans le fait, la certitude morale et même la certitude physique se confondent avec une probabilité plus ou moins forte ; car l'exception à la loi physique ou morale peut être plus ou moins probable. Telle certitude peut même, à cet égard, le céder à telle probabilité. Par exemple, il est certain moralement que tel enfant sera reconnaissant envers son père, et il est très probable qu'il mourra avant d'atteindre sa centième année : évidemment cette probabi

lité l'emporte en définitive sur cette certitude ; il y a moins de centenaires que de fils ingrats.

206. Du scepticisme et de ses métamorphoses. — Nous venons de voir où est la vérité. Maintenant est-elle accessible à l'homme ? — Ici nous trouvons le scepticisme (V. vocab. : Scepticisme).

A le considérer superficiellement, le scepticisme est une erreur puérile qui tombe d'elle-même : en réalité, c'est une des erreurs capitales contre lesquelles la philosophie doit toujours se défendre ; elle se glisse partout et semble triompher par ses défaites mêmes. Si l'on réfute le scepticisme sur un point, il se fortifie sur un autre : si on lui démontre, par exemple, la réalité des choses de l'esprit, il nie les réalités de l'ordre sensible ; l'idéalisme, en effet, est une forme de scepticisme. Si on établit, au contraire, les vérités de l'ordre sensible, il s'y attache pour mieux nier ce que l'on ne voit pas, les essences, les substances, les causes, les natures, il ne reconnaît que les phénomènes ; car le matérialisme, avec le positivisme et le phénoménisme, est encore une sorte de scepticisme.

Véritable Protée, le scepticisme ne se tient pas pour battu, si on lui démontre par un raisonnement trop facile qu'il y a des certitudes invincibles, et que le doute luimême renferme une affirmation, celle de l'existence du doute. Car il accorde le fait de la certitude, mais non le droit : il accorde la certitude subjective, la conviction, la persuasion naturelle, cette certitude vulgaire que peu d'hommes sont capables d'analyser et à laquelle nul ne · peut se soustraire, pas plus qu'à la nature même ; mais il nie qu'il y ait une certitude objective, scientifique, refléchie, excluant toute probabilité d'erreur, et nous donnant la conscience de savoir ; il nie tout critérium de vérité, tout motif suffisant de certitude, tout principe absolu de démonstration. La sagesse consiste, d'après lui, à conVenir que tous les critériums sont suspects. Toute vérité ne serait qu'une probabilité plus ou moins grande, ou bien encore, une vue particulière de notre esprit. Mais les

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