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, 199. La vérité et l'erreur sont dans le jugement. Y a-t-il des idées fausses ? — On voit aussitôt, en effet, que la vérité et l'erreur ne sont pas précisément dans les termes, qui sont les signes de nos idées et de nos appréhensions, mais seulement dans les propositions, qui sont les signes des jugements. Par ex. ces mots : Dieu, âme, vertu, gloire, démon, Jupiter, ne sont ni vrais ni faux par eux-mêmes ; mais ils peuvent servir indifféremment à la vérité et à l'erreur : à la vérité, si nous disons par ex. : Dieu est juste ; — à l'erreur : si nous disons : Le vice est aimable, Jupiter existe. Nous ne faisons pas même d'exception pour les termes qui paraissent désigner des idées fausses, comme phénix, centaure, anthropopithèque, etc. Car ces mots n'affirment l'existence d'aucun être fabuleux, imaginé par les poètes ou par les évolutionnistes. Bref, « nous pouvons mentir avec des mots, mais les mots eux-mêmes ne peuvent mentir ». L'erreur et la vérité ne deviennent formels que par l'énoncé d'une proposition. Or ce qui se dit des mots et des propositions se dit des idées et des jugements ; il y a de part et d'autre mêmes propriétés, mêmes caractères, puisque les uns ne sont que la copie ou l'expression des autres. · Il n'y a donc pas, à proprement parler, d'idées fausses. Cependant, si l'on entend par les idées autre chose que de simples concepts ; si l'on entend les pensées, les jugements, les opinions, les croyances — et c'est ce qui arrive dans le langage ordinaire —, on peut dire que les idées sont vraies ou fausses, bonnes ou mauvaises (v.n.70).

200. La connaissance s'achève par le jugement. — Appuyons maintenant notre thèse sur une autre considération. Les idées, en tant qu'elles se distinguent des jugements, ne sont pas encore des connaissances proprement dites, mais plutôt des éléments de connaissance, un point de départ. Ainsi le veut la nature humaine, qui ne se développe que par le raisonnement.C'est peu d'avoir les idées premières des choses qui nous entourent ou même

les idées les plus abstraites, celles d'être, de substance, de cause, etc. : il faut, en outre, comparer ces idées, affirmer ou nier, raisonner et bien conclure. La connaissance n'est donnée qu'à cette condition. Or il en est de même de la vérité, qui est en nous une connaissance : elle se trouve dans le jugement et surtout dans la conclusion ; l'idée est son point de départ, l'idée est son germe, sa préparation et son espérance.

Pénétrons plus avant encore. La vérité consiste dans l'équation ou la conformité de l'esprit avec son objet. La vérité suppose donc deux termes. Or ces deux termes nous ne les trouvons bien que dans le jugement. Et qu'on ne nous oppose pas ici que l'idée exprime son objet et que par conséquent elle implique deux termes, un sujet pensant et un objet pensé, et par là même la conformité de l'un avec l'autre, c'est-à-dire la vérité. Car il ne suffit pas que cette conformité soit donnée matériellement : il faut encore qu'elle soit connue elle-même, c'est-à-dire affirmée. Il ne suffit pas que la vérité soit donnée dans l'intelligence comme dans toute chose vraie : il faut encore qu'elle soit donnée comme le connu dans le connaissant. En un mot, la vérité n'est possédée par nous qu'autant que nous savons que tel objet a l'attribut dont nous le qualifions (1). |

Il n'est pas nécessaire d'ailleurs que ce jugement soit réfléchi, c'est-à-dire pris lui-même pour objet de connaissance (in actu signato) : il suffit qu'il soit porté (in actu exercito), c'est-à-dire , que l'esprit # juge réellement et -bien (2).

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| (1) Cf. S. Th. Ia. q. 16, a, 2 : « Per conformitatem intellectus et rei veritas definitur. Unde conformitatem istam cognoscere est cognocere veritatem... Veritas igitur potest esse in sensu vel in intellectu . cognoscente quod quid est, ut in quadam re vera, non autem ut cognitum in cognoscente ; quod importat nomen veri. Perfectio enim intellectus est verum ut cognitum. » | (2) Il semble que la notion de vérité a été obscurcie de nos jours plutôt qu'elle n'a été éclaircie. Que l'on considère, par exemple, les définitions de la vérité (logique et ontologique) proposées par Mgr Mercier dans sa Critériologie générale (1899) et son Ontologie (1902, 3e éd.) Nous ne pouvons admettre que le jugement est vrai s'il est d'accord avec la vérité ontologique (Critériologie, p. 27). Car ce n'est pas la vérité des choses, mais plutôt l'être des choses qui cause la vérité de notre esprit. Nous ne saurions non plus souscrire sans réserve à cette interprétation de la définition de S. Thomas : « Veritas est adaequatio rei jam apprehensae adeoque intellectui objectae seu praesentis et intellectus rem prius apprehensam repraesentantis » (Ibid. p. 32). Selon cette formule, il semble que le jugement ontologique vrai aurait pour termes deux idées et non pas une idée et une réalité (res). Mais, à moins de tomber dans le subjectivisme et de dire que toute vérité, pour nous, se réduit à l'accord de l'esprit avec lui-même, c'est-à-dire à une vue de rapports d'idées, il faut convenir que l'on voit la conformité de l'idée avec l'objet réel (res) qu'elle exprime. Or c'est cette conformité qui est affirmée par le jugement ontologique, qui nous livre la vérité des choses. Et il ne servirait de rien de dire que le jugement ontologique a lieu entre . deux idées dont l'une est objective, réelle. Car, comment saurais-je que cette idée est objective, c'est-à-dire conforme à un objet réel, si ce n'est par un autre jugement, qui seul est ontologique et me donne la vérité réelle. L'autre ne me donne que la vérité logique. (Voir sur les discussions auxquelles ont donné lieu les vues de Mgr Mercier la Revue tho

201. Comment la vérité et l'erreur sont dans les sens. — La vérité et l'erreur ne sont pas non plus dans les sens, si ce n'est en tant qu'ils imitent le jugement de l'esprit. Tout ce qui a été dit, en effet, de la faculté intellectuelle de connaître doit s'appliquer à la faculté sensible. Elle aussi appréhende ou saisit son objet par des idées, des idées sensibles, il est vrai ; elle les combine de quelque manière les unes avec les autres par une sorte de jugement instinctif. Or il est évident que l'idée sensible ou la pure appréhension ne peut pas être fausse : le sens perçoit toujours ce qu'il perçoit ; c'est l'esprit qui peut se tromper en interprétant mal ces sensations ; en réalité l'erreur formelle n'est pas dans le sens, elle est dans l'esprit.

Mais si nous comparons le sens non plus à l'intelligence, qui vaut mieux que lui, mais aux choses sensibles, qui valent moins et auxquelles il s'applique, il rencontre la vérité ou l'erreur de quelque façon, mais imparfaitement, à l'imitation de l'intelligence. Car, de même que l'intelligence interprète bien ou mal ses sensations, de même le sens interprète bien ou mal les choses ; en d'autres termes, le sens peut associer des sensations de choses qui sont ou ne sont pas associées en réalité. Ainsi il est dans le vrai en percevant la verdure d'un arbre pour ce qu'elle est, mais il est dans le faux en percevant la verdure d'un tableau pour une verdure réelle. En particulier l'estimative, ou jugement instinctif de l'animal, peut se tromper dans certains cas, lorsqu'elle est égarée par des qualités sensibles qui lui donnent le change : ainsi le cheval frémit en flairant la litière du lion mort, et le chien malade refuse un aliment bienfaisant où il trouve un goût qui est d'ordinaire celui des poisons. Mais nul ne peut confondre cette vérité et cette erreur des sens avec celles que rencontre l'esprit quand il affirme ou nie. A proprement parler, l'animal est incapable de science et de vérité (1).

miste, la Revue néo-scol., etc. Voir aussi Revue Augustinienne 1907, mars.)

202. Objections. — 19 La vérité est universelle, sans limites : tout être est vrai, de même que tout être est un. Donc l'idée est vraie aussi bien que le jugement.

Rép. — La vérité métaphysique, celle qui consiste en ce que les choses sont ce que Dieu les connaît, convient à tout, nous l'accordons ; mais toute chose n'a pas la vérité logique, celle qui nous donne la science et qui consiste formellement dans la connaissance que l'intelligence a de sa conformité avec son objet. Sans doute l'idée est conforme à son objet, et, sous ce rapport, on peut dire qu'elle est vraie, elle est un germe de vérité ; mais par l'idée seule cette conformité n'est pas connue, il y faut le jugement. | 2° Il paraît étrange que l'idée ne soit pas éminemment

(1) Cf. S. Thomas, Quest disp. de Veritate, art. 11.

vraie ; car c'est l'idée claire, comme l'a dit Descartes, qui est le critérium de toute vérité. Rép. L'idée claire peut être le critérium suprême de la vérité sans être elle-même formellement une vérité : ainsi le point est le principe de la ligne, sans être lui-même une ligne ; ainsi l'unité est le principe du nombre, sans être elle-même un nombre. Au reste, on peut dire que cette idée claire de Descartes, c'est l'évidence même ou plutôt le principe de l'évidence : « Tout ce qui est évident est vrai », jugement premier, éminemment vrai et qui éclaire tous les autres de sa vérité. 3° Du moins en Dieu la vérité parfaite n'est pas dans le jugement, mais dans une pure intelligence. Rép. Soit ; mais l'intelligence de l'homme n'est point celle de Dieu : Dieu voit tout en lui-même, par lui-même et immédiatement ; l'homme, au contraire, ne comprend que par des idées reçues, par les principes qni résultent de ces idées, et par les raisonnements qui résultent de ces principes. 4° Il semble qu'il y a des idées fausses et des termes erronés ; par ex. : demi-dieu (la divinité ne se divise pas) ; - simio-humain (l'homme ne peut avoir d'animal pour ancêtre). Comme idées fausses citons encore le cercle carré, le triangle à quatre côtés, le nombre infini, etc. Rép. Ces idées, ces mots sont faux non pas én euxmêmes, mais par ce qu'on y ajoute (per accidens), c'està-dire par les jugements qu'ils impliquent chez ceux qui les ont formés. Remarquons aussi que ces idées ou ces mots sont complexes, ils renferment des éléments distincts et même inconciliables ; donc, en réalité, ces idées sont doubles, leurs éléments ne sont unis que par une fiction de l'esprit, par une composition verbale. On pourrait aussi bien représenter un être moitié homme et moitié cheval, une figure carrée à gauche et ronde à droite ; chacun de ces éléments est vrai ou plutôt n'est ni vrai ni faux ; l'erreur et la vérité sont dans l'affirmation. L'idée complexe n'affirme rien, elle juxtapose seulement des

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