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la connaissance du vrai et l'amour du bien, entre la science et la vertu. On le verra mieux en métaphysique et en morale. Venons aux espèces de vérités. Nous les ramenons à trois : vérité divine, vérité des choses, vérité humaine. 19 Vérité divine. — Elle consiste dans la parfaite conformité de l'Intelligence divine avec l'Essence divine. Dieu se connaît lui-même autant qu'il est connaissable, c'est-à-dire infiniment, Il est la Vérité subsistante. Il connaît aussi par son essence toutes les manières dont elle est imitable : d'où les types ou archétypes divins, qui ne diffèrent peut-être pas des idées ou essences intelligibles que supposait Platon. A cet égard les idées de Dieu sont multiples ; mais il connaît tout par une seule idée en tant qu'il connaît tout par sa seule essence. On voit aussitôt que la Vérité divine est une, immuable, éternelle, comme on l'expliquera en théodicée, au lieu que la vérité humaine se multiplie avec les intelligences humaines, avec leurs objets et même avec les actes ou les jugements. Autant de vérités que de jugements vrais. Cependant la vérité humaine n'est pas muable en ellemême ; mais l'esprit humain la reçoit plus ou moins. Même la vérité humaine est une de quelque manière ; car toutes les vérités sont liées, elles s'appellent et se cOncertent. 2° Vérité des choses. — Les choses sont rapportées à l'intelligence divine ou à l'intelligence humaine. De là deux manières d'entendre la vérité des choses (qu'on peut qualifier de métaphysique ou ontologique). Rapportées à l'intelligence divine, qui les connaît absolument, toutes les choses sont vraies. Elles sont vraies par cela même qu'elles sont ; non pas que l'être et la vérité se confondent ; mais elles ne sont qu'autant qu'elles sont connues de Dieu. Les choses sont aussi qualifiées de vraies par rapport à l'intelligence humaine ou toute autre intelligence créée. Mais ici les choses ne se mesurent plus sur l'intelligence humaine, qui ne les a pas créées : c'est, au contraire, l'intelligence humaine qui se mesure sur elles, qui se conforme à elles pour les connaître. Elles mesurent donc notre connaissance. Seulement, ce n'est pas leur vérité qui nous donne la vérité : c'est leur être, qui, en agissant sur nos facultés de connaissance, nous donne la vérité. Or, par cela même que l'intelligence humaine trouve la vérité en se conformant aux choses, les choses sont conformes à elle. Et voilà une seconde vérité des choses qui, bien que donnée par rapport à notre intelligence, n'implique aucun subjectivisme. Cette vérité résulte de ce que les choses sont ce que nous les connaissons et, si nous ne les connaissons pas encore, de ce qu'elles sont comme nous pourrions les connaître, en un mot, de ce qu'elles sont connaissables à nous ou à toute autre intelligence. Tout être est vrai encore de cette manière ; car tout être est connaissable, et précisément dans la mesure même où il est. On remarquera que cette vérité ontologique ne suppose point dans l'esprit humain la connaissance de la vérité divine. Ce n'est point dans la vérité divine que nous voyons la vérité des choses (comme les ontologistes l'ont supposé) ; mais c'est plutôt la vérité des choses qui nous induit à connaître la vérité divine. Toute vérité particulière démontre, en effet, qu'il y a une Vérité première (Voir aussi chap. XXIV, de la Vérité ontologique). 39 Vérité humaine. — Venons aux vérités humaines déjà indiquées dans les précédentes. Elles sont de plusieurs sortes. A) Les unes consistent dans la conformité de l'intelli· gence humaine avec les réalités ou les choses qui sont, comme on l'a dit, sa mesure. De là toutes les vérités réelles considérées par les diverses sciences hormis la logique. Elles se distinguent comme ces sciences mêmes : théologiques, philosophiques, métaphysiques ou ontologiques, psychologiques, mathématiques, physiques, historiques, expérimentales. Les vérités métaphysiques ou ontolo

giques énumérées ici ne"se confondent pas avec la vérité

ontologique ou métaphysique signalée plus haut. Celle-ci est dans la conformité actuelle ou possible de l'être réel avec notre esprit ou tout autre esprit créé, ou même et surtout avec l'intelligence divine ; au lieu que les vérités ontologiques dont il s'agit maintenant consistent dans la conformité de notre esprit avec les réalités les plus générales, les plus abstraites, que considère la science métaphysique. On peut désigner généralement toutes les vérités humaines de ce premier groupe sous le nom de

Vérités scientifiques ou vérités de connaissance, ou vérités

logiques, quoiqu'il y ait quelque équivoque dans ces expressions. B) D'autres vérités humaines consistent dans la conformité ou l'accord de la pensée avec elle-même. Ce sont les vérités proprement logiques. On les rencontre quand on tire d'un principe sa conséquence légitime, alors même que ce principe serait faux. Mais si nous voulons comprendre ici toutes les vérités proprement logiques, il faudra en distinguer deux sortes : d'abord celles que nous venons de dire et dont s'occupe la logique formelle ; puis celles dont traite la logique matérielle, critériologie,

méthode. Cette seconde partie de la logique détermine

les conditions générales de l'accord de l'esprit avec son 0bjet ; sans nous enseigner aucune vérité réelle particulière, elle détermine les lois à garder par l'esprit pour atteindre tout ordre de vérités.

Nombre de philosophes, à la suite de Kant, ne donnent

pas d'autre définition de la vérité en général que celle de

la logique formelle : « L'accord de la pensée avec elle

même ». Mais il est trop clair que s'il n'y a pas d'autre

vérité pour l'homme, et que s'il ne peut connaître que l'accord de ses propres pensées, il doit renoncer à toute

C0nnaissance réelle. La vérité en général est si peu l'accord de la pensée avec elle-même, que l'esprit doit d'abord

se conformer à quelque chose de réel, saisir quelque chose

de réel avant d'accorder entre elles ses propres idées.Les idées et les jugements directs sont, absolument parlant, antérieurs aux idées et aux jugements réfléchis. | Ajoutons encore cette remarqne sur les rapports des vérités proprement logiques avec les vérités scientifiques ou réelles. Il est évident que la logique est l'instrument de toutes les connaissances, des sciences les plus réelles, les plus objectives aussi bien que des autres. La vérité proprement et même purement logique intervient donc dans toutes les conclusions scientifiques ; elle intervient si souvent et si nécessairement que les constructions de la science en paraissent purement logiques (1). Mais, si la science a pris, comme elle le doit, ses principes dans la réalité, et si la logique qui a tiré de ces principes ce qu'ils contiennent n'est pas en défaut, les conclusions seront réelles comme les principes. Ainsi le géomètre qui calcule la distance d'un astre s'appuie sur la mesure expérimentale de la parallaxe et quelques principes évidents de géométrie ; il y ajoute une série de calculs purement logiques ; et si les calculs sont exacts la distance qu'il assigne à cet astre est réelle dans la même mesure où la parallaxe est exacte. De même le métaphysicien, partant de ce fait qu'il existe quelque chose et de ce principe que le contingent suppose le nécessaire et une cause absolument première, peut en déduire comme réelles toutes les perfections divines. C) D'autres vérités humaines (vérités de l'art et vérités esthétiques) consistent dans la conformité des œuvres de l'art ou de l'industrie avec l'intelligence qui les a bien conçues et bien réalisées, et qui en est par conséquent la mesure. On remarquera l'analogie de cette sorte de vérité humaine avec la Vérité divine. L'artiste ou l'ouvrier crée son œuvre, de même que Dieu crée le monde, qui, par rapport à son autèur, est comme une œuvre d'art.

(1) De là le subjectivisme plus ou moins prononcé de plusieurs de nos mathématiciens et physiciens, même de M. Poincaré (La valeur de la science).

Seulement l'artiste humain ne donne, avec la forme, qu'un être secondaire, au lieu que Dieu donne le fond même de l'être : absolument l'homme ne crée rien.

On remarquera, en outre, que les œuvres d'art peuvent manquer de vérité non seulement parce qu'elles ne réalisent pas l'idéal de l'artiste, mais encore et surtout parce que cet idéal n'est pas le vrai, l'artiste n'ayant pas su le concevoir. Seulement, il est clair que si l'artiste a mal conçu son idéal, c'est qu'il s'est trompé sur d'autres vérités supérieures à l'art lui-même : vérités logiques, morales, philosophiques, religieuses, etc.

D) Reste la vérité morale, qui est une vertu ou un acte de vertu. Elle consiste dans la bonne foi, dans la conformité ou l'accord de la conscience avec elle-même et avec tous les actes qui procèdent d'elle : paroles, démarches, etc. On ne saurait la confondre avec les vérités scientifiques morales signalées plus haut.

Toutes ces vérités rentrent dans la définition générale qui a été donnée. Mais ce qui suit se rapporte seulement à la vérité humaine, scientifique ou logique, et l'on se demande : Où est-elle et pouvons-nous l'obtenir ? Voici la réponse :

THÈsE. — A proprement parler, la vérité et l'erreur sont dans le jugement et non dans la pure appréhension ou l'idée ; elles ne sont pas non plus dans les sens, si ce n'est en tant qu'ils imitent le jugement de l'esprit. La vérité n'est possédée que par un jugement objectivement certain, qui exclut non seulement le doute, mais encore toute probabilité d'erreur. Au reste la certitude, bien qu'indivisible essentiellement, admet des degrés accidentels et même des espèces : il y a la certitude métaphysique, mathématique, physique, morale ; au-dessus de toutes il y a la certitude de la foi. Or, pour ne parler ici que de la certitude naturelle, il est possible de l'atteindre ; le nier, avec les sceptiques, c'est faire violence à la nature et tomber . dans toutes sortes de contradictions.

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