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Dans l'ordre physique nous chercherons donc la cause efficiente et l'auteur, les instruments dont il s'est servi, la fin qu'il a obtenue, les éléments de son œuvre, la matière et la forme. Dans l'ordre logique, nous chercherons le genre, l'espèce, la différence, les propriétés et les accidents de la chose étudiée et par conséquent sa place dans une bonne classification. Dans l'ordre métaphysique, nous étudierons sa substance, et, s'il y a lieu, sa personne, ses facultés, ses qualités, ses relations avec le temps et l'espace, en un mot toutes ses circonstances possibles. Dans l'ordre moral, nous nous préoccuperons surtout de l'intention, c'est-à-dire de la cause finale et, par conséquent de l'attention, de la délibération, du libre arbitre. Remontant plus haut, nous considérerons l'objet à la lumière de toutes les idées supérieures d'être, d'unité, de beauté, d'ordre et de loi, de bonté et de perfection, etc. Chacune de nos idées deviendra ainsi un flambeau, un moyen, un terme de comparaison, un principe de recherche méthodique et peut-être de découverte. Ces lieux logiques ne remplaceront jamais sans doute le talent naturel, ce coup d'œil pénétrant de l'esprit qui s'empare de la vérité sans savoir comment ; mais ils serviront beaucoup, même aux esprits les mieux doués, ils épargneront de longues recherches et répareront ou dissimuleront bien des insuffisances naturelles.

196. L'argumentation ; son utilité et ses règles. Ajoutons ici quelques mots sur l'argumentation. Elle est un exercice dans lequel deux adversaires s'appliquent à soutenir, l'un une proposition ou thèse, et l'autre la contradictoire ou l'antithèse, de manière à éprouver la vérité, à la dépouiller de toute erreur accessoire, de toute exagération, à trouver enfin sa formule irréprochable. Les avantages de cet exercice de la pensée, sorte de gymnastique intellectuelle, sont précieux : l'argumentation affine l'esprit et le fortifie ; elle lui donne de la souplesse, de l'étendue, de l'aisance, de la précision et de la fermeté.

Obligé de parer aux objections de toute sorte, souvent imprévues, l'esprit doit avoir constamment à sa disposition toutes ses ressources, connaître le fort et le faible de ses opinions et ne rien affirmer dont il ne connaisse de quelque manière toutes les conséquences. Clairvoyance, pénétration, promptitude, jugement : il n'est pas de qualité d'esprit que l'argumentation ne suppose ou ne développe. Ses règles générales sont les suivantes : 19 Le soutenant. Après avoir établi, s'il y a lieu, la thèse dont il a entrepris la défense, le soutenant écoutera avec attention et sans préoccupation d'esprit, comme s'il était l'attaquant, l'argument qui lui est opposé ; puis il le reproduira fidèlement avec l'intention de le résoudre. Si l'argument ne conclut pas, c'est-à-dire si la conclusion ne découle pas des prémisses, il niera la conséquence et la conclusion. Mais si l'argument ne pèche pas quant à la forme, il le reprendra en détail, répétant successivement la majeure, la mineure et la conclusion, accordant la proposition considérée, si elle est vraie ; la niant si elle est fausse ; omettant de la juger, si elle est étrangère à la question (en disant par exemple transeat, au lieu de nego ou concedo) ; la distinguant, si elle est ambiguë. Il peut se faire qu'une première distinction ne suffise pas ; mais il évitera autant que possible les sous-distinctions, laissant à l'adversaire le soin de l'obliger à les introduire. Si ses distinctions offrent quelque obscurité, il les expliquera, mais brièvement ; car son rôle n'est pas de prévenir l'attaque, mais de lui résister. — Il en serait autrement dans une discussion où chacun des adversaires aurait à se défendre et à prendre l'offensive tour à tour. 2° L'attaquant. De son côté celui-ci portera ses attaques avec précision sur la thèse contestée ; sa première conclusion sera donc la contradictoire de cette thèse ; sa seconde conclusion, la contradictoire de la proposition niée par le soutenant, et ainsi de suite. Il prouvera la conséquence, si la négation porte sur la conséquence ; la mineure, si la négation porte sur la mineure. Si le soute

nant a introduit une distinction, il prouvera la proposition dans le sens même où elle a été niée, de manière à toujours tendre vers la première conclusion qui lui a été niée, c'est-à-dire vers la contradictoire de la thèse. Qu'il ait soin de ne pas s'appuyer sur des majeures contestables, afin de ne pas sortir de la question en portant le débat sur un autre terrain. Il peut emprunter ses moyens d'attaque à toute la philosophie, à toutes les idées et à tous les faits. Ses arguments seront en forme, clairs et concis ; il expliquera le sens des termes, s'il y a lieu d'en douter ; il se servira toujours des mêmes mots pour exprimer les mêmes idées. Enfin, il devra s'attacher à présenter la même difficulté sous toutes les formes jusqu'à ce qu'elle soit pleinement résolue. C'est à ces conditions seulement que l'argumentation portera tous ses fruits (1).

(1) Dans les argumentations plus ou moins solennelles des écoles, on emploie des formules telles que les suivantes : L'ATTAQUANT : « Si prius jusserit illustrissimus ac reverendissimus D. D. episcopus (vel archiepiscopus, etc.), hujus disputationis praeses, annueritque ornatissima adstantium corona, argumentabor, carissime (vel doctissime) condiscipule (vel respondens, etc.), contra propositionem sic positam : Anima est immortalis (ou toute autre thèse). Ego vero contradico : Anima non est immortalis. Ergo falsa thesis. » LE DÉFENDANT : « Contra thesim sic positam : Anima est immortalis ita argumentatur carissimus condiscipulus (vel doctissimus magister, etc.) : Anima non est immortalis. Ergo falsa thesis. Nego antecedens et probo thesim. » Le défendant explique et démontre la thèse ; puis il conclut : « Ergo stat thesis. » L'attaquant reprend : « Probo antecedens », et il donne son premier syllogisme, etc. Dans les exercices ordinaires, l'attaquant va droit à l'argument : « Contra thesim... sic argumentor, etc. » — On trouvera d'excellents modèles d'argumentation notamment dans Billuart.

CHAPITRE XI

DE LA CRITIQUE
ET D'ABoRD DE LA vÉRITÉ ET DE LA CERTITUDE

ExAMEN GÉNÉRAL DU sCEPTICISME (1).

197. La critique : son objet ; division. — La seconde partie de la logique prend le nom de critique, ou logique matérielle, ou logique appliquée. On la désigne encore sous les noms de critériologie et d'épistémologie (science de la science). Tandis que la dialectique traite de l'accord de l'esprit avec lui-même et par conséquent des actes de l'esprit en quête de la vérité : appréhension, jugement, raisonnement, la critique traite de la vérité elle-même et des moyens généraux de l'obtenir : critériums et méthodes.

Les critériums sont subjectifs ou objectifs. Par critériums subjectifs on entend les facultés de connaître : mémoire, raison, sens, etc. ; par critériums objectifs on entend l'autorité et surtout l'évidence. Aux critériums on peut rapporter encore les universaux, qui éclairent toutes les connaissances ; les premiers principes, d'où elles découlent ; les sciences, qui les embrassent. Les universaux, les premiers principes et les sciences se succèdent comme l'idée, la proposition et le raisonnement, dont nous avons traité en dialectique. C'est dire que celle-ci

(1) V. FARGEs, Etudes phil. Ix. La crise de la certitude, 1907.— VALLET, Les fondements de la connaissance et de la croyance, examen critique du néo-kantisme, 1905 ; DE ToNQUÉDEC, La notion de vérité dans la philosophie nouvelle, 1908.

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est complétée par la critique. Nous les acheverons l'une et l'autre par le traité de la méthode. La première question à traiter est celle de la vérité. Mais, avant d'aller plus loin, il faut donner de la vérité et de ses espèces une notion aussi claire et aussi complète que possible (1). 198. La vérité et ses espèces. — La question de la vérité déborde la logique ; car il y a des vérités métaphysiques, morales, etc. La vérité déborde en apparence l'être même ; car elle porte sur le possible et jusque sur le néant, comme quand nous disons que le néant n'est pas. C'est peut-être ici qu'il convient le mieux d'éclaircir à fond cette notion capitale. Qu'est-ce donc d'abord que la vérité ? C'est la conformité de l'intelligence et de l'objet. Cette définition s'applique à toutes les espèces de vérités. Elle est celle-là même que donne saint Thomas : adaequatio intellectus et rei, sauf en deux points que nous modifions pour écarter toute équivoque. Au lieu d'adéquation nous disons conformité, qui n'indique pas une idée ou une connaissance adéquate. C'est d'ailleurs le mot employé par saint Thomas lui-même dans ce passage : « Per conformitatem intellectus et rei veritas definitur » (2). Ensuite, à la place de res, rei (chose), nous disons l'objet, afin que notre définition puisse s'appliquer aux vérités purement logiques aussi bien qu'aux vérités réelles. · Remarquons aussi dès maintenant que la vérité est essentiellement un rapport, et un rapport avec l'intelligence. Il n'y aurait pas de vérité s'il n'y avait quelque | intelligence. Le vrai c'est l'être en tant qu'intelligible, comme le bien c'est l'être en tant que désirable. Le formel du vrai est dans l'intelligence, au lieu que le formel du bien est dans les choses. De là de grandes différences entre

(1) V. La Vérité, sa définition, ses espèces. (Revue de philosophie, 1901 avril.) (2) Io, q. 16, a. 2.

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