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autres méritent plus ou moins de considération : telle est l'autorité des philosophes, des penseurs et des historiens. D'une manière générale, aucune autorité purement humaine ne suffit à donner une certitude absolue en fait de doctrine ; car l'esprit humain est faillible (v, le chap. XIV). Cependant l'autorité peut nous guider, même en philosophie. « En général il est dangereux, dit Balmès, de traiter légèrement une opinion que des intelligences de premier ordre ont défendue ; si ces opinions ne sont pas toujours la vérité, il est rare qu'elles n'aient en leur faveur de fortes raisons et au moins une portion de vérité. » Il est très utile pour connaître la vérité, remarque à ce sujet saint Thomas, de peser les raisons des opinions opposées. Et c'est pourquoi lui-même, dans la Somme, s'est fait une méthode de commencer l'examen de toute question par celui des objections et l'énoncé d'une autorité à laquelle il se range. C'est qu'en effet le doute, la circonspection, l'esprit de conseil, joints à une déférence raisonnée, préparent à la science. Tout préjugé est un obstacle : il est capital de n'en point avoir. Si le doute obstiné et sceptique est un aveuglement, le doute raisonnable est déjà une lumière : douter de cette manière, ce n'est pas détourner ou fermer les yeux, mais les ouvrir et les fixer.

191. Utilité de l'histoire de la philosophie. — C'est pourquoi, avant que d'adopter un système philosophique, il faut s'enquérir des opinions des philosophes, s'instruire de leurs doutes, s'éclairer même de leurs erreurs.A ce point de Vue, l'histoire de la philosophie est indispensable : il n'y a pas sans elle de système complet. Le sort de quelques philosophes modernes a été seulement de paraître substituer l'histoire de la philosophie à la philosophie elle-même. Entre l'erreur de Descartes, qui se pique d'ignorer tous ceux qui ont philosophé avant lui, et celle de Cousin, qui parut Vouloir transformer la philosophie en une sorte d'enquête historique, il y a un juste milieu. La philosophie n'est pas une histoire critique des opinions et des systèmes : elle est une doctrine, un ensemble de conclusions certaines ; mais il faut ajouter que l'histoire des opinions éclaire la doctrine et la fortifie. *

Ainsi qu'on l'a remarqué, celui qui ignore l'histoire des systèmes, se prévaudra souvent de ses vues personnelles, comme si c'étaient des découvertes, tandis qu'elles sont fort anciennes en réalité ; il se consumera à la recherche de vérités fort bien établies avant lui et par de meilleures méthodes que la sienne ; enfin il tombera dans des erreurs déjà réfutées et qui ne devraient plus séduire personne. Que penserait-on d'un physicien, d'un géomètre, d'un savant qui s'obstinerait à ignorer ses prédécesseurs et à recommencer la science dont il s'occupe ? Le philosophe qui date de ses recherches la philosophie est aussi ridicule.

192. La démonstration. Pourquoi elle varie. — Il faut donc se hâter, et par tous les moyens, vers la vérité et sa démonstration. Celle-ci s'appuie en définitive sur des propositions évidentes par elles-mêmes (per se notae). Mais les propositions de cette nature ne sont pas toujours évidentes pour tous les esprits. Par exemple cette proposition : Dieu est un, est évidente par elle-même et pour le spiritualiste, mais elle ne l'est pas pour le polythéiste. Il faudra donc la lui démontrer, en partant de principes à lui COIlIlU1S.

Et ceci nous explique comment le changement s'impose aux démonstrations d'ailleurs les plus fortes ; elles changent, sans être faibles en elles-mêmes, parce que l'état des esprits a changé ; autres sont les temps, les lieux, les préjugés et les connaissances : de là cette transformation dans l'attaque et la défense, dans l'apologétique en particulier. Le scepticisme aurait tort de se prévaloir de cette abondance de preuves et de cette variété de méthodes. Souvent il est vrai, le nombre des arguments allégués provient de l'insuffisance de tous, une seule preuve satisfait les bons esprits ; mais la multiplicité des preuves tient aussi à la diversité des intelligences et des points de vue où elles se trouvent placées. Sans doute il y a un ordre absolu de vérités ; mais cet ordre n'est pas celui de nos progrès intellectuels. Absolument les effets dépendènt des causes et sont justifiés par elles, Dieu démontre la créature et il la connaît en se connaissant lui-même ; mais l'homme ne connaît le Créateur que par la créature, la première cause par ses effets : telle est la loi de l'esprit humain. Ensuite à cette nature qui nous est commune, viennent s'ajouter les tendances, les aptitudes particulières, l'éducation reçue, les connaissances acquises, les préjugés invétérés ; tous s'avancent ou croient le faire, mais dans les directions les plus diverses, et ce qui sert de principe à l'un ne sera pour l'autre qu'une conclusion. On constate cet ordre inverse de développement surtout pour les vérités morales et religieuses : tel n'arrive que bien tard à ces conclusions consolantes qui pour l'autre ont été la lumière de toute sa vie. Rien donc n'est à la fois plus rigoureux et plus flexible que la démonstration : elle est rigoureuse comme la vérité et flexible comme notre esprit. Chacun peut parcourir de quelque manière le cercle entier de la vérité, mais en le saisissant par n'importe quel point : tout se tient, tout s'enchaîne, grâce à la démonstration, et il suffit de bien saisir un premier chaînon.

193. Espèces de démonstration. — 19 Tantôt on démontre par la raison et tantôt par l'autorité, quelquefois par l'une et l'autre. C'est ce qui a lieu pour nombre de vérités à la fois théologiques et philosophiques. Les questions historiques comme tous les autres procès, se tranchent en définitive par les témoignages : la raison n'a pas d'autre rôle que celui de les comprendre et de les interpréter.

2° Distinguons ensuite la démonstration absolue et la démonstration relative ou ad hominem, déjà remarquées. La première est suffisante en soi : ainsi, la démonstra

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tion de l'existence de Dieu par le mouvement. Telles démonstrations mathématiques ou métaphysiques sont rigoureuses qui ne sont pas comprises par vingt personnes. La seconde tire sa force du savoir ou de la disposition d'esprit de celui à qui elle s'adresse. Ainsi on démontrera la vérité de la religion chrétienne à un homme bienfaisant, en prouvant qu'elle a inspiré constamment les actes de charité les plus héroïques. La démonstration relative cesse d'être concluante, si elle s'appuie sur une simple opinion, dont l'adversaire ne consent pas à se départir. Mais quelle que soit la valeur intrinsèque de l'argument ad hominem il ferme la bouche au contradicteur, en le réfutant par ses propres principes. · 30 La démonstration est directe ou indirecte.La première va droit à la conclusion et l'établit formellement. Ex. : Dieu existe parce qu'il est la première cause et qu'il n'y a pas de réalité dans le monde qui ne la suppose. La seconde arrive à son but par des voies détournées : ainsi la démonstration par l'absurde, si fréquente en géométrie. Souvent il n'est pas d'autres moyens d'établir la vérité. 4° On distingue encore la démonstration pure ou rationnelle, la démonstration expérimentale, et la démonstration mixte. La première s'appuie sur des principes rationnels, des jugements analytiques ; le seconde, sur des vérités d'expérience, des propositions synthétiques; la troisième, sur ces deux ordres de vérités. Cette troisième est la seule qui arrive à des conclusions à la fois théoriques et pratiques. | 5° La division suivante rentre dans la précédente. La démonstration est dite à priori, si elle se fait par les causes intrinsèques ou la cause efficiente, par l'analyse des idées et des autres éléments dont il s'agit de prouver l'accord. La démonstration est dite, au contraire, à posteriori, si elle se fait par les effets et par l'expérience. | 6° Encore une division analogue aux précédentes. La démonstration est dite par les scolastiques propter quid (pour quoi), lorsqu'elle se fait par l'essence de la chose ou

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ses causes nécessaires. Elle est dite quia (parce que), lorsqu'elle se fait par d'autres moyens, par les effets (1). Nous démontrons l'existence de Dieu par les effets posteriori et quia) ; mais le pourquoi de la nature divine nous échappe, nous ne la connaissons point par elle-même, encore moins par ses causes priori et propter quid). Il est évident que la démonstration propter quid est la plus parfaite, car elle nous donne de savoir non seulement qu'il en est ainsi, mais encore pourquoi il en est ainsi.

194. Questions qu'on peut soulever en présence d'un objet. — Ces espèces de démonstrations nous indiquent déjà quelles sont les ressources du philosophe et du savant en face d'une vérité à pénétrer, d'un problème à résoudre. Selon Aristote, toutes les questions qu'on peut agiter sur un objet se réduisent à quatre : Cet objet existe-t-il? (An sit res?) Qu'est-ce qu'il est en lui-même ? (Quid sit?) Quelles sont ses propriétés ou ses qualités?(Qualis sit?) Quelle est sa fin et quel est son principe ? (Cur et unde sit?) Ces questions générales embrassent, en effet, toutes les autres.

195. Moyens de recherche, lieux de démonstration. — Mais il ne suffit pas de poser les questions, il faut les résoudre et, à cet effet, trouver des moyens de démonstration. Eh bien, les questions précédentes nous fournissent déjà un premier plan de recherches : ce sont des lieux de démonstration. Achevons de les décrire : ils sont plus vastes et plus importants que les topiques de la rhétorique. · Tous les lieux de démonstration peuvent se ramener aux causes, car la science est la connaissance par les causes. Or les causes, entendues dans le sens le plus

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(1) Plusieurs regardent comme une démonstration de ce genre celle qui se fait par les causes éloignées. Mais il nous semble que, si ces causes sont nécessaires, la démonstration ne change pas pour cela de caractère. - -- .. -

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