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ou obscurité; elle consiste à affirmer ce qu'on ne voit pas, ce qu'on ne sait pas, à généraliser imprudemment, à suivre des analogies trompeuses, à induire sans raison suffisante. L'erreur est sans doute formellement un acte de l'esprit, mais d'un esprit préoccupé et comme obscurci, contrarié par les sens ou d'autres facultés, et cherchant où il n'est pas le critérium de vérité (1).

185. Méthode morale. — Parmi tant de difficultés et de pièges le devoir du phliosophe est tout tracé. Il se gardera de ceux qui lui imposeraient leurs préventions ; il se gardera surtout de lui-même. Sa réserve extrême ne tournera pas en scepticisme : ce serait la plus grave de toutes les erreurs. Sa réserve sera une vertu : elle s'inspirera de l'amour pur et désintéressé de la vérité et du bien. Sans cet amour, toute lumière est trompeuse, toute méthode est incomplète, toute pensée avorte dans sa fleur, toute philosophie nous égare. Cet amour est à lui seul une philosophie (v. n° 1) ; il est au moins une méthode morale, la première de toutes, celle qui consiste, en définitive, à remplir tous les devoirs que l'on connaît déjà, afin de découvrir le vrai et le bien que l'on ne connaît pas encore : Qui facit veritatem venit ad lucem.

186. Classifications des sophismes et des erreurs d'après Aristote, etc. — Plus d'un philosophe s'est appliqué à déterminer les principales causes d'erreur et à classer les sophismes : Aristote, Bacon, Malebranche, etc.

Aristote, que nous avons à peu près suivi, compte treize

(1) Voir les chap. xII, xIII, xIv sur les critériums et leur emploi. L'erreur entre dans l'esprit par mille portes : les sens, la raison, la mémoire, l'imagination, l'autorité, etc.

Ici viendrait comme développement La Logique des sentiments (titre d'un ouvrage récent de M. T. RIBoT). Nous en avons déjà parlé au début de ce traité (N. 33 note). La Logique des sentiments comprend ce qu'on appelle les sophismes de justification, qui proviennent de cette tendance qu'on a de mettre sa pratique en maximes.— Sur les causes de nos erreurs on peut toujours lire avec fruit GRATRY (Logique, liv. I, chap. III-VI), BALMÈS (Art d'arriver au vrai).

genres de sophismes : six, de diction ; sept, de choses. Les sophismes de diction sont : la figure de diction, l'homonymie, l'équivoque, l'amphibologie, l'accent, le sens composé et le sens divisé. Nous n'avons pas parlé de la figure de diction, sophisme grossier qui provient d'une ressemblance dans la désinence des mots.Soit cet exemple tiré du latin et qui sera mieux compris : Amari est pati; ergo etiam operari est pati. Les sophismes de choses sont : le sophisme de l'accident, celui de l'affirmation relative prise pour une affirmation absolue, l'ignorance de la question, la pétition de principe et le cercle vicieux, le sophisme qui consiste à prendre pour cause ce qui ne l'est pas, celui de l'interrogation captieuse. Nous n'avons pas à y revenir. Bacon distingue quatre sortes d'erreurs : 1° Les unes proviennent de la nature humaine ellemême et il les désigne sous le nom métaphorique d'idoles de la tribu (idola tribus). Telles sont les erreurs dues à la propension trop naturelle de tout rapporter à notre manière de voir, de considérer toujours dans les faits ce qui justifie nos idées, etc. 2° D'autres proviennent des défauts personnels (idola specus, idoles de la caverne). Si l'individu est un spécialiste, un mathématicien par exemple, il rapportera tout à sa science favorite, il condamnera facilement ce qu'elle ne justifie pas. 3° D'autres proviennent du langage (équivoques, sophismes de l'éloquence). Bacon les appelle idoles du forum (idola fori), où retentit la parole publique. La parole en effet, tantôt dissipe les ténèbres et tantôt les amoncelle. 4° D'autres enfin proviennent des sectes des philosophes, comparés par Bacon à des charlatans sur le théâtre (idola theatri). Malebranche. — Dans son livre de la Recherche de la rité, Malebranche ramène toutes les erreurs à cinq classes : 1° erreurs des sens; 20 erreurs de l'imagination ; 30 erreurs de l'entendement ; 4° erreurs des inclinations (inquiétude, curiosité ; amour de la grandeur, des richesses, du plaisir, de l'approbation des autres hommes) ; 5° erreurs des passions. Port-Royal. Dans un chapitre sur les mauvais raisonnements que l'on commet dans la vie civile, l'auteur de la logique de Port-Royal divise les sophismes en deux classes : 1°sophismes d'intérêt, d'amour-propre et de passion; sophismes naissant des objets mêmes. Aux premiers se rapportent notamment les sophismes inspirés par l'esprit de contradiction et de dispute, ou bien, au contraire, par l'esprit de complaisance et de flatterie. Les seconds proviennent de ce que les choses offrent presque toujours un mélange de vrai et de faux, de bien et de mal ; de là le danger d'exagérer l'un ou l'autre ; on interprète le mal en bien ou le bien en mal ; on juge d'après quelques faits, Ou bien l'on s'en rapporte à telle autorité favorable ou défavorable. Comme on le voit, aucune de ces divisions, si riche par ailleurs, n'atteint le sophisme en lui-même. Elles sont donc accidentelles au sujet et ne sauraient remplacer la division d'Aristote, qui a obtenu nos préférences.

CHAPITRE X

DE LA DÉMONSTRATION

187. Raisonnement démonstratif, probable : absolument ou relativement. — Démontrer la vérité, c'est-à-dire partir de principes certains et arriver à des conclusions certaines, telle est la fin du raisonnement. Mais la certitude n'est pas toujours possible ; souvent l'esprit est condamné au doute, qui peut être irrémédiable. Cependant le raisonnement est encore nécessaire pour que le doute soit motivé et prudent. Il y a donc deux espèces de raisonnements : les uns nous donnent la certitude ; les autres des doutes ou des opinions réfléchis.

Considérons ensuite que la certitude n'entre pas avec la même facilité dans tous les esprits : tel raisonnement qui convaincra les uns, n'éveillera que des doutes chez les autres, dont l'attention ou la pénétration est moindre ; il ébranlera ceux-ci et persuadera ceux-là. Cette différence explique les hésitations d'un grand nombre, même après les enseignements les mieux donnés et les mieux reçus. Par contre, ce qui paraîtra certain à des esprits trop prompts restera douteux pour les autres. Mais ces dispositions ou ces capacités diverses des esprits ne changent pas la valeur du raisonnement en lui-même : ou bien il est démonstratif, ou bien il n'est que probable. Parlons d'abord de ce dernier.

188. Le raisonnement probable. Appartient-il à la Science ? — Il n'engendre que l'opinion ; par conséquent il ne donne pas la science par lui-même (la science en effet, - · est des choses certaines, scientia est de certis) : mais il la prépare, il l'accompagne, il la complète même ; il nous donne d'être certain qu'il y a doute, il nous permet de refuser ou de mesurer notre assentiment. Les conclusions certaines de la plupart des sciences sont rares en comparaison des doutes ; mais qui osera dire que ceux-ci ne peuvent devenir scientifiques ? Souvent le savant a plus de mérite à motiver ses doutes et ses opinions, qu'à bien établir ses affirmations. L'ignorance elle-même peut devenir scientifique. Car c'est une science précieuse que de savoir où se terminent nos connaissances et de mesurer l'étendue de notre ignorance. Socrate pouvait donc dire : . « Je sais que je ne sais rien. »

189. Ses espèces. Raisons de convenance. — On peut distinguer deux espèces de raisonnements probables : les uns sont fondés sur des raisons douteuses ; les autres, sur quelque autorité contestable. A ces raisons douteuses se rapportent les pures raisons de convenance que l'on invoque si souvent en théologie, non point pour établir mais pour expliquer certains dogmes (Trinité, Incarnation, nombre et distribution des sacrements, etc.). On dira, par exemple, que tout est marqué dans le monde au coin de la Trinité : omnia tribus constant. En ce qui concerne l'Incarnation, on dira qu'il convenait que Dieu achevât son œuvre par l'union hypostatique de son Verbe avec l'humanité; par ce moyen le monde est relié à son Auteur de la manière la plus étroite et la plus admirable, etc. — Plusieurs (Malebranche, Lamennais, etc.)ont regardé ces raisons de convenance comme de véritables démonstrations. Mais cette manière de voir incline à confondre l'ordre naturel et l'ordre surnaturel, la théologie et la philosophie.

190. Preuves d'autorité : leur rôle en philosophie.

Quant aux autorités, elles sont loin d'offrir, elles aussi, la même solidité. Les unes sont invincibles, comme l'autorité de Dieu et celle de l'Eglise dans son domaine. Les

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